Indonésie

Islam: deux ans de prison pour blasphĂšme pour le gouverneur de Jakarta

  • PubliĂ© le 9 mai 2017 Ă  09:38
Le gouverneur chrétien de Jakarta Basuki Tjahaja Purnama parle à ses avocats aprÚs avoir été condamné à deux ans de prison pour blasphÚme à Jakarta le 9 mai 2017

Le gouverneur chrétien de Jakarta a été condamné mardi à deux ans de prison pour insulte à l'islam, dans un procÚs perçu comme un test de la tolérance religieuse dans le plus grand pays musulman au monde.


Cette dĂ©cision surprise dans une affaire oĂč le parquet avait requis deux annĂ©es de mise Ă  l'Ă©preuve a Ă©tĂ© saluĂ©e Ă  l'extĂ©rieur du tribunal par des musulmans conservateurs scandant: "Dieu est le plus grand!" ("Allah ouakbar"). Le juge Dwiarso Budi Santiarto a dĂ©clarĂ© que les cinq magistrats du tribunal avaient estimĂ© que Basuki Tjahaja Purnama Ă©tait "de façon probante, coupable de blasphĂšme" et l'ont "condamnĂ© Ă  deux ans de prison".

Il a Ă©galement ordonnĂ© l'incarcĂ©ration de celui qui est surnommĂ© Ahok, qui a Ă©tĂ© battu en avril aux Ă©lections mais reste encore en poste jusqu'en octobre. "Nous ferons appel", a toutefois rĂ©pliquĂ© le prĂ©venu. Connu pour son franc-parler, Ahok avait dĂ©clarĂ© en septembre que l'interprĂ©tation par certains oulĂ©mas (thĂ©ologiens musulmans) d'un verset du Coran, selon lequel un musulman ne doit Ă©lire qu'un dirigeant musulman, Ă©tait erronĂ©e, provoquant une vague de contestation dans ce pays d'Asie du Sud-Est oĂč toute rĂ©fĂ©rence Ă  l'islam est trĂšs sensible.

Cette déclaration avait été instrumentalisée par des islamistes partisans d'une ligne dure, des experts dénonçant des motivations politiques. Sous la pression et les appels à l'emprisonner, le gouverneur a été inculpé fin 2016 de blasphÚme, délit pour lequel il était passible de cinq ans de prison.

- 'ColĂšre des musulmans' -

Cette affaire avait planĂ© sur la campagne Ă©lectorale et le scrutin pour le renouvellement de son poste de gouverneur. Mi-avril, le gouverneur, qui caracolait naguĂšre en tĂȘte des sondages, a finalement Ă©tĂ© battu par l'ancien ministre de l'Education, le musulman Anies Baswedan.

Ahok, premier gouverneur non musulman depuis un demi-siÚcle et premier issu de la minorité chinoise, avait accédé automatiquement à cette fonction en 2014, aprÚs l'élection à la présidence de son prédécesseur Joko Widodo, dont il était alors l'adjoint. L'influent poste de gouverneur de la capitale de 10 millions d'habitants est considéré comme un tremplin pour l'élection présidentielle de 2019.

Mi-avril, le procureur en chef, Ali Mukartono, avait requis deux années de mise à l'épreuve en estimant que le délit de blasphÚme était caractérisé, et que le prévenu avait exprimé "de l'hostilité, de la haine ou de l'humiliation à l'égard d'une partie de la population indonésienne", musulmane à prÚs de 90%.

Mardi, un des juges du tribunal, Abdul Rosyad, a justifié la sévérité du verdict par le fait que le prévenu ne ressente "aucune culpabilité" et qu'il ait "suscité la colÚre et blessé les musulmans". Le procÚs avait débuté en décembre et duré de longs mois, chaque camp appelant plus d'une quarantaine de témoins à la barre.

M. Purnama avait accusĂ© le ministĂšre public de faire tĂ©moigner des personnes qui n'Ă©taient mĂȘme pas prĂ©sentes au moment des faits. L'affaire a mis en lumiĂšre l'influence croissante de musulmans conservateurs partisans d'une ligne dure dans ce pays de 255 millions d'habitants pratiquant en grande majoritĂ© une forme d'islam modĂ©rĂ©. Des islamistes radicaux ont organisĂ© ces derniers mois des manifestations de masse contre le gouverneur.

AFP

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