En centre de rétention

Isolement et incertitude: les sept mois Ă  Guantanamo d'une migrante cubaine

  • PubliĂ© le 9 fĂ©vrier 2025 Ă  14:02
  • ActualisĂ© le 9 fĂ©vrier 2025 Ă  14:46
Photo diffusĂ©e par le ministĂšre amĂ©ricain de la SĂ©curitĂ© intĂ©rieure montrant l'embarquement de migrants dĂ©tenus sur un vol Ă  destination de la base navale de Guantanamo, depuis un lieu non prĂ©cisĂ© aux États-Unis, le 4 fĂ©vrier 2025

Sentiment d'isolement et incertitude: une migrante cubaine ayant fui son pays par la mer en 2022 raconte les sept mois qu'elle a passĂ©s sur la base militaire de Guantanamo, oĂč un centre de rĂ©tention a commencĂ© Ă  recevoir des migrants expulsĂ©s des Etats-Unis.

Dix personnes arrĂȘtĂ©es sur le sol amĂ©ricain sont arrivĂ©es mardi sur la base navale situĂ©e dans l'est de l'Ăźle de Cuba, aprĂšs que le prĂ©sident Donald Trump a ordonnĂ© de l'amĂ©nager pour accueillir 30.000 migrants sans papier.

Des milliers de Cubains et Haïtiens avaient déjà été retenus sur place lors des crises migratoires des années 1990. En septembre, un article du New York Times a révélé que, outre la prison, la base était utilisée pour incarcérer des migrants interceptés en mer et que 37 migrants y avaient été retenus entre 2020 et 2023.

Parmi eux, Yeilis Torres, une Cubaine de 38 ans. "Le plus dur à la base, c'est l'incertitude, l'attente de ce processus si long" pour tenter d'obtenir l'asile aux Etats-Unis, raconte-t-elle à l'AFP par téléphone depuis Miami.

Elle a débarqué à Guantanamo mi-2022, aprÚs avoir été secourue dans le détroit de Floride par les garde-cÎtes américains, alors qu'elle dérivait sur une embarcation de fortune avec 16 autres Cubains.

Ces derniers ont été renvoyés à Cuba comme des milliers d'autres qui sont interceptés chaque année en mer. Yeilis Torres est la seule du groupe à avoir obtenu une "protection politique", invoquant les risques qu'elle courait en retournant dans son pays.

Une fois à Guantanamo, elle raconte avoir ressenti de la solitude, avoir eu des difficultés pour parler à sa famille et qu'il lui a été impossible de contacter son avocat.

"Je n'ai jamais eu la possibilité de parler avec lui", relate-elle. Quant à ses deux enfants, "je ne savais pratiquement pas comment ils allaient parce qu'on ne te donnait que cinq ou six minutes tous les trois jours pour pouvoir leur parler".

- Pays tiers -

Parmi les 21 migrants - 18 Cubains, deux HaĂŻtiens et un Dominicain - qui se trouvaient dans le centre de rĂ©tention de Guantanamo en mĂȘme temps qu'elle, Yeilis Torres a Ă©tĂ© la seule Ă  obtenir l'asile aux Etats-Unis. Les autres ont trouvĂ© refuge dans un pays tiers, comme le Canada ou l'Australie.

Au cours du processus de demande d'asile, elle a passé sept mois à Guantanamo, quatre mois dans un centre de rétention pour étrangers en situation irréguliÚre sur le territoire américain et connu trois audiences de demande d'asile.

La base de Guantanamo, territoire de 117 kilomĂštres carrĂ©s, abrite depuis 2002 une prison qui a vu dĂ©filer des centaines de prisonniers, dont des membres d'Al-QaĂŻda, et a provoquĂ© de vifs dĂ©bats aux Etats-Unis Ă  cause de ses conditions de dĂ©tention extrĂȘmes et de son recours Ă  la torture.

Cette prison, à l'écart du centre de rétention, compte encore 15 détenus.

A l'arrivée à la base, "ils nous mettent automatiquement les menottes et nous mettent des lunettes noires pour que l'on ne voie rien", raconte Yeilis Torres. Les migrants sont ensuite transportés dans un centre de santé pour un examen médical, puis dirigés vers un dortoir.

C'est là, raconte la Cubaine, que "le processus éprouvant commence", dont plusieurs entretiens scrupuleux avec des fonctionnaires du Département d'Etat qu'il faut convaincre du risque encouru en cas de renvoi dans son pays d'origine.

"J'ai été isolée trois jours. Il y a des personnes qui sont restées isolées dans leurs chambres (...) pendant environ trois, quatre mois", souligne celle qui travaille aujourd'hui dans une usine textile.

Parmi les détenus, elle raconte qu'il y avait deux familles avec des enfants et une femme enceinte. Les mineurs faisaient face à des conditions particuliÚrement difficiles, dit-elle, car ils ne pouvaient pas aller à l'école ni cÎtoyer d'autres enfants de la base.

Cependant, Yeilis Torres s'oppose à la fermeture du centre de rétention car elle considÚre qu'il offre aux "personnes qui fuient" leur pays une possibilité de défendre leur cause.

Elle-mĂȘme dit avoir fui Cuba aprĂšs avoir passĂ© dix mois dans une prison de La Havane, accusĂ©e d'avoir portĂ© atteinte Ă  un journaliste local, membre du ComitĂ© central du Parti communiste.

 AFP

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