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Israël: le renouveau du jazz s'amorce

  • PubliĂ© le 26 avril 2016 Ă  14:51
Des musiciens membres du trio "Ehud Ettun", Daniel Schwarzwald au piano, et Ehud Ettun à la basse, jouent pendant un concert de jazz à Jérusalem, le 12 avril 2016

Lorsque le saxophoniste Eli Degibri a quitté Israël à 18 ans pour étudier le jazz au prestigieux Berklee College of Music américain, il avait la conviction qu'il reviendrait vivre dans son pays.


Quinze ans plus tard, aprÚs avoir joué avec les plus grands noms du jazz --de Herbie Hancock au batteur favori de Miles Davis, Al Forster--, Eli Degibri est de retour. Et il n'est pas le seul. D'autres jazzmen israéliens forts d'une riche expérience à l'étranger ont pris le chemin du retour et contribuent aujourd'hui à faire vibrer la scÚne locale.
La vague israĂ©lienne du jazz qui avait "conquis New York" Ă  la fin des annĂ©es 2000, selon les termes du cĂ©lĂšbre magazine amĂ©ricain Jazz Times, a ainsi dĂ©ferlĂ© dans sa patrie d'origine. Outre Eli Degibri, le bassiste AvishaĂŻ Cohen est dĂ©sormais basĂ© Ă  JĂ©rusalem tandis que le trompettiste du mĂȘme nom revient rĂ©guliĂšrement Ă  Tel-Aviv.
"J'attendais une occasion de revenir, je savais qu'Ă  partir du moment oĂč je pourrais le faire sans sacrifier ma musique, je sauterais le pas", explique Ă  l'AFP Eli Degibri, revenu en IsraĂ«l il y a cinq ans.
Il y a pris la direction artistique du festival de la Mer Rouge Ă  Eilat (sud), qui fĂȘtera en aoĂ»t son 30e anniversaire, et enseigne Ă  l'AcadĂ©mie de musique et de danse de JĂ©rusalem.
Et les Avishaï Cohen et les autres grands jazzmen revenus au pays servent désormais de modÚles pour "les jeunes musiciens de quinze ans", suscitant émulation et inspiration, explique Ben Shalev, critique musical du quotidien Haaretz.
Les lieux dédiés aux jazz fleurissent.
Yael Hadany, amoureuse de musique, a ainsi réussi à convaincre en 2011 le patron d'un bar qui battait de l'aile à Tel-Aviv d'accueillir des concerts de jazz.
Au fil des soirées, "Beit Haamudin", situé au milieu du marché populaire Carmel, a trouvé son public, devenant un haut lieu du jazz, reconnu au-delà des frontiÚres. "Il y a maintenant six concerts par semaine dont l'entrée est libre", explique-t-elle.
A la suite de ce succÚs, Yael Hadany a créé "Pannonica jazz", une association qui fournit notamment des possibilités d'enregistrements studio pour les musiciens.
- "Jazz falafel" -
Concerts gratuits et albums accessibles doivent permettre d'attirer de nouveaux publics, estime-t-elle. Cette stratégie avait réussi pour la musique orientale, qui combine les influences méditerranéennes et arabes, dont la diffusion s'est faite à l'origine par des cassettes et des concerts dans de petits clubs.
Dans le passĂ©, les musiciens israĂ©liens utilisaient les thĂšmes de ce qui Ă©tait prĂ©sentĂ© de façon un peu pĂ©jorative comme du "jazz falafel", une expression dĂ©signant un jazz mĂȘlant des thĂšmes orientaux. Mais les jazzmen israĂ©liens s'en sont Ă©loignĂ©s, affirme Ben Shalev.
Ce style "existe toujours, mais il s'est épuisé. Les jeunes musiciens ont le sentiment qu'ils n'ont plus à exprimer leur identité israélienne de cette façon".
Mais si les musiciens israéliens n'ont pas forcément un "son" distinct, ils bénéficient d'atouts qui expliquent leur succÚs dans le monde et leur présence aux cÎtés des grands Herbie Hancock ou Chick Corea.
"Le jazz, c'est l'individualisme au sein d'une dynamique de groupe et en Israël l'individualisme est fort", avance Yael Hadany.
Et Eli Degibri, qui participera Ă  un concert Ă  la Maison Blanche le 30 avril pour la journĂ©e mondiale du jazz, attribue la percĂ©e des IsraĂ©liens Ă  une solide Ă©ducation musicale, qui a des racines culturelles, mais aussi Ă  leur "volontĂ© continuelle de se prouver Ă  eux-mĂȘmes" leurs capacitĂ©s.
Par une fraßche nuit de printemps à Jérusalem, le bassiste Ehud Ettun, 28 ans, se prépare à jouer avec son trio à Hamarakia, un restaurant connu depuis des années pour ses concerts de jazz.
Elevé à Jérusalem, il y est revenu lui aussi aprÚs avoir étudié et joué aux Etats-Unis.
Cette ville "a le potentiel pour devenir une capitale du jazz", estime le musicien.
"Jérusalem est une ville trÚs diverse comme New York. La différence c'est qu'à New York les gens disent 'oh c'est trop cool la diversité' alors qu'à Jérusalem les gens ne voient que les problÚmes".

Par Jonah MANDEL - © 2016 AFP
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