Alors que l'écrivaine réunionnaise vient de recevoir le prix Anna de Noailles de l'Académie française pour son recueil de nouvelles “Sud Sauvage”, une des histoires de ce même livre a "séduit un réalisateur et va faire l’objet d’une adaptation au cinéma" indique Gaëlle Bélem. À l'heure où l'écrivaine, loin de La Réunion, poursuit son aventure littéraire, elle garde un œil sur son île et partage sa vision des débats qui animent son île dans un communiqué que nous partageons ci-dessous. (Photo : Gaëlle Bélem)
"De passage à La Réunion, je constate que le monde de la culture est en ébullition. C’est un mal nécessaire, malgré les maladresses et controverses qui accompagnent cette effervescence. On dénonce les privilèges des uns, on déplore l’assignation à résidence des autres. Mais on est tous d’accord sur un fait : les inégalités de traitement ! Une quasi malédiction créole née du temps de l’esclavage et qui perdure sous différentes formes.
L’obligation de faire mille fois ses preuves, la présomption d’incompétence, la discrimination, l’entrisme, et même les efforts faits constamment pour vous empêcher de réussir, tout cela je l’ai subi et le vis encore à La Réunion.
Le monde de la littérature et de la culture en est gangréné. Aujourd’hui, j’ai une renommée qui dépasse les frontières de l’Hexagone et même de l’Europe, mes livres sont traduits en plusieurs langues et je suis lauréate 2026 d’un prix décerné par l’Académie française.
Je m’en réjouis. Je vis de moins en moins à La Réunion, mais je reste préoccupée du développement économique, culturel et politique de l’île. Monopole, favoritisme, clientélisme, injustice sociale, je crois que nous avons encore un long chemin à faire pour changer tout cela.
C’est et ce sera difficile mais mon parcours personnel de Créole issu d’une minorité visible montre que c’est possible".
