L'audience de jugement dans le procÚs en appel de Jadranko Prlic et cinq autres ex-dirigeants et chefs militaires des Croates de Bosnie, accusés notamment de crimes de guerre, a commencé mercredi devant le tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie (TPIY).
Une peine de 40 ans de prison est requise contre Jadranko Prlic, l'ex-dirigeant des Croates de Bosnie, condamné en 2013 à 25 ans de prison en premiÚre instance pour avoir mené le transfÚrement de populations musulmanes lors de la guerre de Bosnie. Et pour avoir eu recours à des meurtres, des viols et des destructions de biens civils dans le but de créer une "grande Croatie".
Des actes qualifiés par l'accusation de crimes de guerre et de crimes contre l'humanité, commis lors de la guerre en Bosnie (1992-1995) qui a fait plus de 100.000 morts et 2,2 millions de déplacés. Siégeant à La Haye, le TPIY se prononce pour la toute derniÚre fois avant de baisser le rideau le mois prochain, aprÚs prÚs d'un quart de siÚcle consacré à juger ceux qui ont commis les pires atrocités en Europe depuis la Seconde guerre mondiale.
Pour M. Prlic, ùgé de 58 ans, fines lunettes cerclées sur le nez, qui répondent plus au stéréotype du cadre bancaire que du criminel de guerre, son procÚs est "la face sombre de la justice internationale".
- Meurtres, viols et destruction -
Celui qui fut notamment "Premier ministre" de la Herceg-Bosna, entité autoproclamée par des nationalistes croates, est jugé avec cinq autres ex-chefs de cette "République", condamnés en premiÚre instance à des peines allant de dix à vingt ans de prison. Comme pour M. Prlic, quarante ans de détention sont requis en appel à l'encontre de trois d'entre eux: Bruno Stojic, son ancien ministre de la Défense, Slobodan Praljak, ancien officier supérieur dans l'armée croate, et Milivoj Petkovic, ancien responsable des forces armées de la Herceg-Bosna.
Ils avaient été reconnus coupables d'une "entreprise criminelle commune" pour imposer une domination croate. Si la guerre de Bosnie a essentiellement opposé les musulmans aux Serbes, Croates et musulmans se sont également combattus. L'image la plus symbolique de la guerre qui opposa en 1993 et 1994 Croates catholiques et Bosniaques musulmans fut la destruction du "Stari Most", le pont ottoman de Mostar, ville multiethnique, encore aujourd'hui peuplée pour moitié de Bosniaques musulmans et de Croates catholiques.
Lors de la guerre, "des dizaines de milliers de musulmans ont Ă©tĂ© expulsĂ©s de leur maison... des milliers ont Ă©tĂ© arrĂȘtĂ©s et dĂ©tenus dans d'horribles conditions", avait dĂ©clarĂ© la reprĂ©sentante du procureur, Barbara Goy, lors des rĂ©quisitions en appel.
"Des musulmans ont été tués lors d'attaques ou lorsqu'ils étaient forcés de travailler au front. Ils ont été violés", leurs "maisons et mosquées détruites", avait-elle poursuivi.
- Baisser de rideau -
"Je ne faisais pas partie de la chaßne de commandement" des forces croates de Bosnie, le HVO, a assuré M. Prlic aux cinq juges du TPIY lors du procÚs en appel, assurant que les Croates avaient été "forcés" de se défendre. En prison, au sein du centre de détention du TPIY situé aux confins des dunes du quartier de Scheveningen, à La Haye, il a écrit un ouvrage de 2.000 pages sur l'histoire de la Herceg-Bosna.
Ce professeur d'économie aux maniÚres policées y est détenu aux cÎtés des Serbes Radovan Karadzic, qui a interjeté appel de sa condamnation à 40 ans de prison, et Ratko Mladic, l'ancien chef des forces serbes de Bosnie, condamné à la perpétuité par le TPIY la semaine derniÚre, notamment pour génocide.
AprÚs ce jugement historique, le tribunal baissera le rideau avec le procÚs Prlic et consorts, l'un des plus longs et complexes de son histoire, mentionnant 326 témoins et 465 jours d'audience.
AFP

