Galyna Tchorna sanglote en racontant la frappe russe qui a anĂ©anti les appartements au-dessus du sien, brisant ses fenĂȘtres, sa porte et le fragile sentiment de sĂ©curitĂ© auquel elle s'accrochait encore.
Cette femme de 75 ans est la seule habitante qui soit restée dans son immeuble de neuf étages à Saltivka, un quartier de Kharkiv, dans l'est de l'Ukraine, bombardé sans relùche depuis le début de l'invasion russe en février.
"J'ai tellement peur parce que je suis seule ici, je suis vraiment seule. J'avais une fille mais elle est morte il y a un an parce qu'elle buvait trop", dit-elle en tremblant malgré la chaleur.
"Alors maintenant, je suis juste assise ici, sur ce seau. Quand un missile arrive, je tombe par terre, sur le ventre. C'est peut-ĂȘtre pourquoi je suis encore en vie."
Saltivka était autrefois un quartier prospÚre de Kharkiv, construit dans les années 1960 comme "cité-dortoir" pour les ouvriers soviétiques et abritant plus d'un demi-million de personnes.
Une grande partie du quartier est maintenant en ruines. Le début du printemps a été si froid que les ongles de Galyna Tchorna sont devenus noirs à cause d'engelures.
L'eau courante a été coupée pendant les six premiÚres semaines de guerre, et l'électricité n'a été rétablie que le mois dernier. Le gaz est revenu cette semaine.
- Herbe et cerises -
Dans les rues, des bĂątiments brĂ»lĂ©s aux fenĂȘtres brisĂ©es et aux façades percĂ©es de trous bĂ©ants tĂ©moignent de la violence des bombardements.
De nombreux immeubles sont éventrés et semblent sur le point de s'effondrer. Des voitures dont les toits ont été transpercés par des décombres rouillent dans les rues. Plus aucun endroit ne semble sûr.
Selon Amnesty International et Human Rights Watch, de nombreuses attaques ont été menées à l'aide de bombes à fragmentation interdites, des accusations que le Kremlin a démenties.
Dans certaines zones du quartier, l'herbe a poussé jusqu'à hauteur de la taille. La plupart des enfants étant partis, les cerises n'ont pas été cueillies et jonchent les trottoirs creusés de cratÚres.
Les habitants encore présents survivent grùce aux aides gouvernementales de moins de 100 euros par mois et des plats cuisinés livrés par la police et des associations caritatives.
Certains voisins de Galyna Tchorna ont trouvĂ© refuge dans une Ă©cole, oĂč la faible lueur des ampoules nues rĂ©vĂšle un sol crasseux.
Des lits ont Ă©tĂ© fabriquĂ©s Ă partir de pupitres d'Ă©coliers, de chaises et autres palettes en bois. Une cuisine de fortune a Ă©tĂ© installĂ©e oĂč sont rĂ©chauffĂ©es des casseroles de soupe.
- 70 bombes par jour -
Antonina Mykolaïeva, 71 ans, a emménagé dans cet abri avec son mari et une quarantaine d'autres personnes lorsque la guerre a éclaté, mais son époux décédé d'une insuffisance cardiaque un mois plus tard.
Leur fils, un ancien soldat de l'armée soviétique, a été tué il y a longtemps alors qu'il avait 21 ans. Antonina Mykolaïeva n'a pas pu enterrer son mari à ses cÎtés car le cimetiÚre a été pulvérisé par des tirs d'obus.
"Quand j'entendais des explosions, j'avais peur que l'immeuble nous tombe dessus", dit-elle. Selon Oleg Sinegubov, le gouverneur de la région de Kharkiv, le quartier de Saltivka a été "presque complÚtement détruit".
Il explique à l'AFP que la tùche la plus importante est de rétablir le chauffage avant le début de l'hiver, quand les températures seront en moyenne de -7°C la nuit.
"Mais les dégùts des bùtiments ne permettront pas de les reconstruire tels qu'ils étaient auparavant", reconnaßt-il. Volodymyr Manjossov, un plombier de 57 ans, fait partie des services techniques de la ville, chargés de remplacer les canalisations bombardées.
Il a envoyé sa femme et ses deux enfants dans l'ouest de l'Ukraine, relativement plus sûr, et vit seul à Saltivka avec quatre autres personnes dans un immeuble de 15 étages.
"La période la plus difficile a été le mois de mars, car il faisait froid et il y avait environ 70 bombes par jour ici", se souvient-il. Mais il garde espoir d'un avenir meilleur, avec le retour des transports en commun et la réouverture de quelques commerces dans son quartier.
"J'habite au rez-de-chaussĂ©e, donc mĂȘme si l'immeuble est touchĂ©, tout ira bien", sourit-il. "J'ai une bouteille d'eau et une torche prĂšs du lit au cas oĂč je me retrouve sous les dĂ©combres".
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AFP





