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Japon: démission du gouverneur de Tokyo mis en cause dans un scandale financier

  • PubliĂ© le 15 juin 2016 Ă  09:36
Le gouverneur Yoichi Masuzoe le 14 juin 2016 Ă  Tokyo

Le gouverneur de Tokyo, Yoichi Masuzoe, accusé d'avoir utilisé des fonds politiques à des fins personnelles, a remis sa démission mercredi à quelques heures du vote d'une motion de défiance, a indiqué une source officielle.


Le départ du responsable politique de 67 ans, trÚs impliqué dans la préparation des jeux Olympiques de 2020, est une ombre de plus sur l'organisation de cet événement, déjà éclaboussé par plusieurs scandales.
M. Masuzoe a informé le président de l'assemblée de la capitale de sa décision, a indiqué un porte-parole de cette derniÚre.
Neuf partis, dont ceux qui avaient soutenu sa candidature en 2014, rĂ©clamaient le dĂ©part de M. Masuzoe, qui devrait ĂȘtre effectif le 21 juin, alors que son mandat aurait dĂ» prendre fin en 2018.
La loi précise qu'une élection doit avoir lieu dans un délai de 50 jours pour désigner un replaçant.
M. Masuzoe a été incapable de justifier la gestion jugée brouillonne de ses comptes, révélée par les médias fin avril.
Il a reconnu avoir indûment déclaré comme frais liés à son statut d'élu des dépenses et achats personnels, dont des séjours en famille dans des hÎtels de luxe ou de coûteux repas dans des restaurants multi-étoilés. Un comité d'experts juridiques mandaté par ses soins a effectivement qualifié d'inappropriées plusieurs dépenses, mais jugé que cela n'était pas pour autant illégal.
- Lùché par les politiques et l'opinion -
Selon des informations de presse, avant de dĂ©cider de jeter l'Ă©ponge, le gouverneur avait tentĂ© de nĂ©gocier un report du dĂ©pĂŽt de motion, arguant qu'il n'Ă©tait pas trĂšs pertinent de provoquer une Ă©lection lors de la pĂ©riode des jeux Olympiques de Rio en aoĂ»t, Ă©vĂ©nement auquel la ville de Tokyo doit d'autant plus ĂȘtre reprĂ©sentĂ©e qu'elle organisera les JO d'Ă©tĂ© suivant, en 2020.
La prĂ©paration de cette manifestation sportive internationale a dĂ©jĂ  connu plusieurs Ă©pisodes embarrassants: leur attribution est entachĂ©e de soupçons de corruption, le premier projet de stade devenu trop onĂ©reux a dĂ» ĂȘtre annulĂ© et le logo initial retirĂ© aprĂšs des accusations de plagiat.
Ex-ministre de la Santé (2007-2009), politologue polyglotte et ancien commentateur de télévision, Yoichi Masuzoe est un homme atypique dans l'univers politique nippon.
Candidat sans Ă©tiquette mais initialement soutenu par le puissant Parti libĂ©ral-dĂ©mocrate de Shinzo Abe (qui l'a lĂąchĂ© cette fois), il avait pris en fĂ©vrier 2014 la tĂȘte de la capitale japonaise, un centre Ă©conomique de plus de 13 millions d'habitants et au budget total de quelque 13.600 milliards de yens (113 milliards d'euros).
M. Masuzoe avait alors succédé à l'écrivain Naoki Inose qui avait été chassé au bout d'un an, lui aussi par un scandale politico-financier.
DiplÎmé de droit de la prestigieuse Université de Tokyo, M. Masuzoe, francophone et anglophone, est un auteur prolixe qui a écrit, traduit ou supervisé des dizaines d'ouvrages, sur des sujets politiques et historiques (de la fin de la démocratie à Saddam Hussein en passant par la secte Aum).
Il n'a débuté une carriÚre d'élu qu'en 2001 au Sénat.
Amateur de ski, golf et judo, M. Masuzoe est réputé pour avoir un caractÚre difficile et pour avoir collectionné les aventures féminines. Une de ses ex-femmes n'a pas été la derniÚre à le traßner dans la boue via la presse ces derniÚres semaines.
Plusieurs sondages récemment par deux quotidiens (Sankei et Asahi) et une chaßne de télévision privée (FNN) ont montré que 80% des citoyens de la capitale souhaitaient son départ.

Par Brigitte DUSSEAU à New York et Franck IOVENE à Paris - © 2016 AFP
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