(Actualisé) Ce lundi 8 juin 2026 - au lendemain d'une marche blanche pour Lyhanna - La Réunion se rassemble, à 17h30 devant le tribunal de Champ-Fleuri et à 21 heures devant l'église de L'Etang-Salé-les-Hauts. Une mobilisation pour dénoncer "une défaillance sociétale" et rappeler "qu’au-delà du prénom de Lyhanna, il y a des enfants victimes de violences, ceux dont la parole n’a pas été entendue, ceux qui attendent encore que les adultes les protègent", souligne le collectif Stop VIF. (Photos Stephan Laï-Yu / www.imazpress.com)
En fin de journée ce lundi, plusieurs dizaines de personnes se sont rassemblées à Champ Fleuri. Plusieurs associations et citoyen.ne.s ont pris parole. La présidente de Région, Huguette Bello, ainsi que de nombreux élu.e.s, notamment de la ville de Saint-Denis ou encore Philippe Naillet étaient présents devant le Palais de justice de Saint-Denis. Écoutez.
Peu après 18 heures, une minute de silence a été observée, en hommage à la petite Lyhanna. Regardez.
"Nous lançons un appel à toutes celles et ceux qui, chaque jour, sont dépositaires de la parole des enfants et des familles", écrit le collectif Stop Vif. "Au-delà de nos fonctions, de nos institutions et de nos différences, nous avons une responsabilité commune : protéger les enfants."
La Fédération réunionnaise du Parti Socialiste appelle à se joindre à la mobilisation, "pour Lyhanna, pour sa famille, et pour tous les enfants de La Réunion".
- La protection des enfants ne peut plus attendre -
Pour l'UFR, "au-delà de l’horreur des faits, les révélations concernant le parcours du principal suspect soulèvent des questions extrêmement graves sur le fonctionnement des institutions chargées de protéger les enfants et il apparaît déjà que des dysfonctionnements institutionnels sont aujourd’hui interrogés au plus haut niveau de l’État".
"L’affaire Lyhanna ne peut être considérée comme un simple fait divers. Elle rappelle des alertes déjà exprimées à La Réunion concernant les difficultés de notre système de protection de l’enfance : saturation des services, manque de moyens humains, insuffisante coordination entre les acteurs, traitement parfois tardif des signalements et difficultés de suivi des situations les plus complexes", exprime l'Union des femmes réunionnaises.
À La Réunion, cette affaire résonne avec une force particulière car depuis plusieurs années, associations, travailleurs sociaux, professionnels de l’enfance et familles tirent la sonnette d’alarme. Ils doivent être entendus.
"Ils décrivent un système placé sous tension permanente, confronté à une augmentation des situations de vulnérabilité, des violences intrafamiliales et des atteintes sexuelles commises sur des mineurs."
Pour Maître Brigitte Hoarau, avocate au Barreau de Saint-Pierre, "la parole des victimes ne peut plus être ignorée".
Lire aussi - Mort de Lyhanna : un rassemblement organisé à l'Etang-Salé ce lundi
- 6.000 personnes rassemblées pour une marche blanche -
Ce dimanche, à Fleurance dans le Gers, 6.000 personnes rassemblées pour une marche blanche après ce drame doublé de polémiques sur les défaillances de la justice dans le pays.
"Lyhanna doit être tellement émue de voir depuis là-haut, tout ce monde rassemblé pour elle", a lancé une tante de la petite fille de 11 ans, depuis une estrade sur laquelle se tenaient les parents de l’enfant et le maire de Fleurance, petite ville du Gers (sud-ouest).
"Notre petit monde tout entier s’est effondré", a-t-elle poursuivi, demandant "pardon" à sa nièce. Derrière elle, les parents de l’enfant se tenaient dans les bras, effondrés.
La famille a fait corps derrière une banderole sur laquelle est écrit: "Plus jamais ça! On t’aime. Tu nous manques", a constaté une journaliste de l’AFP.
Lyhanna, 11 ans, a été retrouvée morte après dans le sud-ouest de la France avoir été vue avec un homme déjà visé par des plaintes pour viol.
- "Défaillance systémique" -
A Montestruc-sur-Gers, village des environs où réside le principal suspect, le panneau du village a été recouvert d’un drap blanc sur lequel a été tagué "PDM (peine de mort, ndlr) pour les pédos", a constaté dimanche un photographe de l’AFP. La peine de mort a été abolie en France en 1981.
Le principal suspect, Jérôme B., 41 ans, est le père d’une amie de Lyhanna, dont le corps a été retrouvé jeudi dans un silo agricole après six jours de recherche.
Inculpé pour enlèvement et séquestration - les circonstances de la mort ne sont pas encore connues -, il avait jusque-là échappé à la justice malgré des soupçons de pédocriminalité. Il est visé par quatre plaintes et deux signalements.
"Un dysfonctionnement (...) inacceptable", a déclaré le président français Emmanuel Macron, tandis que le ministre de la Justice Gérald Darmanin a présenté des excuses à la famille de la victime et promis de sanctionner des magistrats pour "fautes professionnelles".
La collégienne avait été vue la dernière fois le 29 mai devant son collège, montant dans le véhicule du suspect qui la connaissait, étant le père d’une de ses amies.
Pendant plusieurs jours, des battues citoyennes, encadrées par les gendarmes, ont été organisées pour retrouver la jeune fille.
"Ce n’est pas un fait divers. C’est une défaillance systémique des institutions", a dénoncé la Fondation des femmes sur Instagram.
C’est notamment le traitement d’une plainte pour viols sur une enfant de 10 ans déposée contre Jérôme B. en août 2025 qui ulcère le pays. Près de neuf mois plus tard - après la transmission de la plainte d’un parquet à un autre -, les investigations étaient toujours en cours et le suspect n’avait pas été auditionné.
Lire aussi - De la disparition de Lyhanna à l'affaire d'Etat, une semaine entre larmes et colère
- Gérald Darmanin demande aux procureurs généraux de reprendre "l’intégralité des plaintes qui touchent les enfants", soit 70.000 dossiers -
Signe d’un malaise qui touche les plus hauts sommets de l’Etat, Gérald Darmanin a ordonné dimanche une revue de 70.000 plaintes impliquant des enfants d’ici au 14 juillet.
"Je ne partirai pas en vacances" et "il n’y a pas un haut magistrat qui va partir en vacances" tant qu’il n’aura pas reçu "un par un les procureurs généraux" pour faire le bilan, a prévenu, dimanche, le garde des sceaux, qui réunit lundi matin, à la chancellerie, les procureurs généraux.
"Il y a eu des défaillances graves' dans cette affaire, a affirmé Gérald Darmanin, citant les remontées de ses procureurs généraux. Il a assuré qu’il rendra public le rapport de l’inspection qui, "sous quinze jours, dira qui sont les responsables de ces défaillances".
Des sanctions sont "possibles" et "prévues par la Constitution", a-t-il mis en garde, précisant qu’en tant que ministre de la justice, il avait "le droit de proposer des sanctions" contre les magistrats du parquet, allant jusqu’à la révocation. "Et si cela mérite la révocation, je proposerai la révocation", a lancé Gérald Darmanin.
La Cour européenne des droits de l’Homme (CEDH) avait condamné la France en 2025 pour l’absence de réponse judiciaire apportée à trois mineures qui avaient dénoncé en vain des viol, l’épinglant pour "victimisation secondaire".
www.imazpress.com avec AFP/[email protected]








