Saint-Denis : à Saint-François, une ancienne pension marron accueille de nouveau des locataires dans des conditions dégradées

  • Publié le 8 juin 2026 à 21:27
  • Actualisé le 8 juin 2026 à 21:28
Intervention dans une pension à Saint-François

Une des anciennes pensions marrons, situées dans le quartier de Saint-François, à Saint-Denis, et fermée en 2020 après plusieurs incidents graves, seraient de nouveau occupées en 2026 pour accueillir des personnes vulnérables. Sous le couvert d'une colocation, selon un témoignage recueilli par Imaz Press, ces personnes se trouveraient dans des conditions dénoncées comme dangereuses et hors cadre légal. (Photo Richard Bouhet / www.imazpress.com)

Les lieux accueilleraient notamment des personnes en situation de handicap, des personnes atteintes de troubles psychiatriques sévères et des familles précaires, dans des conditions décrites comme critiques : absence d’encadrement structuré, suivi médical insuffisant et difficultés d’accès aux secours.

- Des personnes vulnérables hébergées dans des conditions "dégradées" -

Une résidente, Aurore Alfonsi, actuellement hébergée dans l’ancienne pension Naze à Saint-François avec sa fille en situation de handicap, décrit une situation qu’elle estime gravement dégradée.

Elle affirme notamment "nous vivons dans un bâtiment officiellement fermé après un décès".

Elle ajoute que, selon elle, "les risques électriques et incendie signalés par le SDIS sont toujours présents" et dénonce un état général de dégradation : "les meubles sont cassés, les lieux sont sales, aucune mise aux normes n’a été réalisée".

Elle rappelle également que "aucune autorisation de réouverture n’a été délivrée", soulignant que les lieux avaient été évacués en urgence en 2020 mais seraient aujourd’hui réoccupés sans cadre légal clair.

Aurore Alfonsi affirme également payer 500 euros pour elle et sa fille dans ce qu’elle décrit comme une chambre de 8 m², dans des conditions qu’elle juge indignes.

Elle estime que la situation constitue "un détournement de la loi en se faisant passer comme une colocation", évoquant un logement insalubre et une cuisine inutilisable.

- Une personne malade en rupture de soins -

Interrogée par Imaz Press Réunion, Aurore Alfonsi revient sur son parcours après son arrivée à La Réunion le 11 novembre 2026, dans un contexte de violences conjugales en Corse et de tentative de féminicide selon son témoignage.

Elle explique avoir été orientée par le CCAS vers l’AMAFAR, puis hébergée dans les hauts de Saint-François pour, à la base, une durée de 24 à 48 heures.

Elle affirme avoir "été agressée par un des résidents sur place, il a tenté de m’agresser sexuellement", décrivant un résident qu’elle dit alcoolique et non pris en charge.

Elle indique également être en grande difficulté médicale, tout comme sa fille. "Nous sommes toutes les deux gravement malades, toutes les deux en rupture de soins. Les amublances ne veulent pas venir jusque là-haut. Seul le CCAS de Saint-Denis m'emmène faire des courses", dit-elle.

- Des démarches administratives restées sans effet -

Selon des documents que nous avons pu consulter, elle a saisi plusieurs autorités, dont le procureur, la préfecture, l’ARS La Réunion, Matignon, le ministère de la Santé, l'AMAFAR-EPE (Association au service des Réunionnais) et le Défenseur des droits, sans qu’aucune mesure de protection immédiate n’ait été mise en place.

À la préfecture, elle a adressé la demande d'un relogement d'urgence ainsi que l'"orientation immédiate vers un logement d'autonomie ou adapté, idéalement dans le secteur de la Sainte-Trinité, conforme à nos besoins médicaux et à notre sécurité".

Le 15 mai 2026, se sentant en "insécurité sanitaire majeure", "contrainte de dissimuler mes médicaments pour éviter qu'ils ne soient volés ou détournés par des tiers avec qui je partage des parties communes", la résidente a demandé à l'Agence régionale de santé son rapatriement sanitaire vers l'Hexagone, "seule solution permettant de garantir ma sécurité vitale et l'accès à mes soins".

Elle rapporte : "l’ARS a répondu qu’il fallait se tourner vers une assistante sociale".

Des solutions lui auraient été proposées mais jugée inadaptées à son handicap et à son isolement, elles ont été refusées.

Contactée, l'ARS confirme à Imaz Press avoir reçu une réclamation de Mme Alfonsi en janvier 2026. "Les faits signalés, après instruction, relevaient en grande partie de problématiques de nature pénale (menaces, violences), déjà portées à la connaissance du Procureur de la République", précise l'organisme.

Toujours d'après l'ARS, l’AMAFAR (Association des Maisons de la Famille de La Réunion) a été saisie. "Il a été communiqué que Mme X a bénéficié d’un accompagnement avec trois propositions d’hébergement adaptées à sa situation, mais refusées par l’intéressée". En réponse à son signalement, un courrier de l’ARS lui a été adressé, afin de l’inviter à se rapprocher du CCAS de la commune dans le cadre d’une demande de relogement.

Mme Alfonsi a de nouveau sollicité l’ARS le 5 juin 2026, en faisant référence à un nouvel élément inconnu jusqu’à lors de nos services. Cette réclamation fait actuellement l’objet d’une investigation.

"Toutefois, il est évident que si ces faits sont avérés (résurgence d’une pension "marron") , en contrevenant au code de la santé publique et au code de l’action sociale et des familles, l’ARS et le Conseil départemental, en lien avec les autorités compétentes (notamment judiciaires) prendront toutes les dispositions nécessaires dans les meilleurs délais afin de remédier à cette situation, conformément au plan de résorption mis en place en 2020, aux fins de protéger les personnes, prioritairement les plus vulnérables", assure l'ARS.

Également interpellée, la préfecture n'a pas encore répondu à nos questions.

- Deux pensions marrons fermées en 2020 -

En 2020, les deux pensions ont été fermées pour mise en danger de personnes vulnérables. Le 4 juin, un résident de 57 ans est décédé, suite à un malaise et une chute, donnant lieu à l'ouverture d'une enquête.

En juin, l’Association Saint-François d’Assise (ASFA), avec l’appui de l’ARS et du Conseil Départemental de La Réunion avait procédé au relogement de l’ensemble des résidents de la pension Naze.

26 personnes avaient été admises dans des établissements médico-sociaux, ou familles d’accueil agréés, 6 résidents avaient été hospitalisés et un résident avait été accueilli par sa famille. Enfin, 19 résidents avaient été hébergés dans les anciens locaux de l’Hôpital Gabriel Martin, mis à disposition par le CHOR.

En tout, 52 résidents ont été évacués et transférés dans divers établissements en raison des conditions de vie de la pension.

La pension avait été placée sous administration provisoire. 

Lire aussi - Saint-Denis : 52 gramounes évacués des pensions marrons de Saint-François et du Brûlé

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