Accusé, levez-vous: vendredi à Vienne, l'athlétisme russe -son dopage institutionnalisé et ses efforts pour revenir dans le droit chemin- sont jugés par la Fédération internationale d'athlétisme (IAAF), qui réunit son Conseil pour décider de sa présence aux jeux Olympiques de Rio (5-21 août).
C'est peu dire que le vote du Conseil, le gouvernement de l'instance, est attendu. Une conférence de presse est programmée à 17h00 locales (15h00 GMT) et la question qui sera soumise au vote des 27 membres sera simple: faut-il lever ou non la suspension infligée à la Fédération russe d'athlétisme (ARAF) en novembre 2015 ?
Une question simple pour un vote Ă la majoritĂ© simple, comme un pied de nez Ă ce dossier complexe, roman noir de l'athlĂ©tisme mĂȘlant dopage, corruption et diplomatie sportive jusqu'au plus hauts sommets du pays et de l'IAAF.
La Russie, ses instances sportives et antidopage, a organisé et couvert le dopage dans "son" athlétisme, en rackettant ses propres athlÚtes et allant jusqu'à corrompre l'ancien président de l'IAAF, Lamine Diack (1999-2015), mis en examen pour blanchiment aggravé et corruption. Avec l'affaire russe, l'athlétisme mondial a plongé dans la plus grave crise de son histoire.
Comme depuis sept mois et l'éclatement au grand jour de la triche, les déclarations, affirmations, accusations et démentis se sont entrecroisés ces derniÚres heures.
Mercredi, l'Agence mondiale antidopage (AMA), à l'origine du rapport accusatoire, a frappé la premiÚre. Avec un document de 23 pages qui dresse le bilan -peu glorieux- de ce qui se passe en Russie depuis sa suspension.
- ContrĂŽles impossibles -
"Des agents armĂ©s du FSB (les services secrets russes) ont menacĂ© d'expulser du pays des contrĂŽleurs", a assurĂ© l'AMA dans son rapport, prĂ©cisant qu'il avait Ă©tĂ© impossible de mener 736 contrĂŽles antidopage en Russie depuis fĂ©vrier 2016, un ratio trĂšs important au regard du nombre total de tests complĂ©tĂ©s dans la mĂȘme pĂ©riode (prĂšs de 3000 depuis novembre 2015).
Au-delĂ des chiffres, l'AMA dresse surtout le portrait d'un pays qui est loin d'en avoir fini avec la culture du dopage.
L'AMA cite ainsi l'exemple d'un "laboratoire analytique opérationnel" présent sur les lieux du championnat national d'haltérophilie. Il comportait "une centrifugeuse et d'autres équipements d'analyses en action et les sportifs y allaient librement", écrit l'Agence internationale.
De mĂȘme, "un certain nombre de laboratoires accrĂ©ditĂ©s par l'AMA (et chargĂ©s d'analyser les Ă©chantillons prĂ©levĂ©s en Russie) ont constatĂ© que les boĂźtes d'expĂ©dition contenant les Ă©chantillons avaient Ă©tĂ© ouvertes par les douanes russes".
Jeudi, la Russie a répondu par la voix de son ministre des Sports Vitali Moutko. "Nous avons rempli tous les critÚres demandés, tous les athlÚtes sont contrÎlés. Que peut-on faire d'autre?", s'est-il interrogé.
Le ministre a par ailleurs dénoncé une "pression constante sur la commission (d'évaluation des efforts) et le conseil de la Fédération internationale d'athlétisme (IAAF)".
Une pression effectivement ressentie par certains membres du conseil... mais dans les deux sens.
Si les athlÚtes russes devaient manquer Rio, cela reviendrait aussi à priver l'athlétisme, sport olympique N.1, de la deuxiÚme nation au monde dans ce sport, derriÚre les Etats-Unis. Un choix grave.
- 'Beaucoup de pressions' -
"Il y a beaucoup de pressions, politiques, de toutes sortes, directes ou indirectes dans chacun de nos pays, qui font que certains vont hésiter", explique auprÚs de l'AFP Bernard Amsalem, président de la Fédérations française d'athlétisme, membre du Conseil appelé à voter et tenant d'une ligne dure à l'égard des Russes.
Mais comme souvent, entre l'intransigeance et le pardon, une troisiĂšme voie peut se dessiner.
Elle verrait le Comité international olympique (CIO) adoucir une éventuelle décision négative de l'IAAF, en mettant sur pied de son cÎté une équipe d'athlÚtes russes propres, comme il va déjà le faire avec des réfugiés.
Le CIO tient justement une réunion sur les questions d'éligibilité aux JO le 21 juin.
"C'est une option plausible", reconnaĂźt M. Amsalem. "Mais quelles sont les garanties que l'on peut avoir sur les Russes ? C'est un systĂšme d'Etat et il est difficile de faire la part des choses. C'est aussi un problĂšme de crĂ©dibilitĂ© pour notre fĂ©dĂ©ration. Notre image est extrĂȘmement ternie et le seul moyen de la redresser c'est d'ĂȘtre dur", souligne-t-il.
Par Sarah BENHAIDA - © 2016 AFP
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