Présidentielle américaine

Joe Biden, discret jusque dans sa ville

  • PubliĂ© le 24 juillet 2020 Ă  10:13
  • ActualisĂ© le 24 juillet 2020 Ă  10:40
PrĂšs de la gare de Wilmington (Delaware), le 21 juillet 2020

Des voitures banalisées du service de protection des personnalités barrent jour et nuit l'accÚs à la résidence de Joe Biden dans un quartier cossu de Wilmington, dans l'Etat du Delaware à l'image de sa campagne présidentielle jusqu'ici: calme et discrÚte.

Aucune des luxueuses demeures voisines n'arbore sur leurs gazons religieusement entretenus les panonceaux Ă©lectoraux que les AmĂ©ricains se plaisent d'habitude Ă  planter devant chez eux pour afficher leur couleur politique. Seul l'imposant dispositif de sĂ©curitĂ© dĂ©ployĂ© au numĂ©ro 1209 de la Barley Mill Road laisse deviner que se joue peut-ĂȘtre lĂ , au milieu des conifĂšres, l'avenir proche du pays.

Depuis que la pandĂ©mie de Covid-19 l'a poussĂ© Ă  mener campagne dans son sous-sol, Joe Biden, 77 ans, ne s'en est extirpĂ© publiquement qu'Ă  une poignĂ©e de reprises. Et jamais bien loin. Demi Kollias se souvient l'avoir vu pour la derniĂšre fois dĂ©but mars dans sa sandwicherie, Claymont Steak Shop, une institution locale oĂč l'ancien vice-prĂ©sident a ses habitudes. Comme Ă  chacune de ses visites, il a pris le temps, entre deux bouchĂ©es de "cheesesteak", la spĂ©cialitĂ© de la maison, d'Ă©changer et de prendre des photos avec le personnel.

"Il est trÚs amical, plaisant et agréable. Il parle à tout le monde", raconte la patronne d'origine grecque, qui devine son plus célÚbre client forcément "frustré" de ne pas pouvoir mener campagne normalement. "Tout le monde l'est et je pense que c'est son cas également, alors qu'il aspire à devenir président des Etats-Unis. C'est une situation complÚtement folle".

- Amtrak Joe -

Les 70.000 habitants de Wilmington savent qu'en rÚgle générale leur meilleure chance de croiser Joe Biden est à la gare qui porte son nom. Sénateur du Delaware pendant prÚs de quatre décennies, il a toujours préféré le train à la voiture pour ses allers-retours quotidiens entre sa ville et Washington, à deux heures de là.

Il a mĂȘme officialisĂ© depuis la gare sa candidature - vite abandonnĂ©e - Ă  la prĂ©sidentielle de 1988. Mais la prĂ©sence de celui qui a longtemps Ă©tĂ© surnommĂ© "Amtrak Joe", en rĂ©fĂ©rence Ă  la sociĂ©tĂ© ferroviaire publique amĂ©ricaine, s'y rĂ©sume aujourd'hui Ă  une plaque Ă  son nom prĂšs d'une porte condamnĂ©e en ces temps de Covid-19. "C'est la campagne la plus bizarre que j'aie jamais vue. Une campagne sur Zoom et les rĂ©seaux sociaux", tĂ©moigne Ray Saccomandi sur le trottoir presque dĂ©sert de la principale artĂšre commerciale de la ville.

Pour l'Italo-Américain de 54 ans, gestionnaire immobilier, "Joe", comme beaucoup l'appellent simplement ici, n'a "pas vraiment besoin de faire activement campagne" dans le Delaware, un petit Etat de la cÎte est américaine, avantageux fiscalement, qui vote traditionnellement démocrate.

Et mĂȘme s'il n'en fait pas beaucoup plus ailleurs aprĂšs avoir dĂ©cidĂ©, sur les conseils de son mĂ©decin, de ne tenir aucun meeting Ă©lectoral, sa stratĂ©gie d'attente lui rĂ©ussit plutĂŽt jusque-lĂ : les sondages lui donnent tous une avance confortable sur Donald Trump.

- Lifeguard Joe -

A Wilmington, une autre installation municipale a Ă©tĂ© baptisĂ©e du nom de l'enfant du pays: le centre aquatique Joseph R. Biden Jr, dont la devanture porte fiĂšrement le sceau officiel de la vice-prĂ©sidence des Etats-Unis. ArrivĂ© dans le Delaware Ă  l'Ăąge de 10 ans aprĂšs ĂȘtre nĂ© en Pennsylvanie voisine, l'ancien bras droit de Barack Obama y a officiĂ© dans sa jeunesse comme maĂźtre-nageur, au coeur d'un quartier majoritairement noir. Une expĂ©rience qu'il raconte avoir Ă©tĂ© au fondement de son engagement politique.

Mais prĂšs de soixante ans plus tard, sa campagne prĂ©sidentielle sans vagues ne semble pas dĂ©chaĂźner les passions dans le North Side, oĂč Michael Oliver, un Afro-AmĂ©ricain de 30 ans, s'entraĂźne seul au basket prĂšs de la piscine sous une chaleur suffocante.

Le coach sportif attend surtout du prochain prĂ©sident des Etats-Unis qu'il soit "Ă  la hauteur" de la fonction. "Si c'est quelqu'un qui se trouve venir du mĂȘme endroit que moi, tant mieux. Mais aujourd'hui, j'attends surtout des rĂ©sultats".

Au bord du bassin, dans lequel se rafraßchissent des enfants du quartier, le maßtre-nageur Brandon Crooks, 23 ans, sifflet autour du cou, dit lui s'intéresser davantage aux élections locales qu'à la présidentielle. "Car c'est ce qui nous touche directement".

Comme les centaines de milliers de personnes descendues dans les rues du pays pour protester contre le racisme et les violences policiĂšres aprĂšs la mort de George Floyd fin mai, le jeune homme rĂȘve avant tout d'"Ă©galitĂ© des chances" et de respect. Se voit-il un jour aspirer Ă  la Maison Blanche, comme son lointain prĂ©dĂ©cesseur sur la chaise haute du "lifeguard"? "Pas vraiment, mais qui sait? Il n'avait probablement pas non plus envie de devenir prĂ©sident Ă  19 ans quand il travaillait ici".

AFP

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