Loin de l'opulence de son demi-frĂšre

Kim Jong-Nam : une vie modeste qui ne le protĂ©geait en rien

  • PubliĂ© le 17 fĂ©vrier 2017 Ă  14:26
Kim Jong-Nam (G), le 4 mai 2001, et Kim Jong-Un (D), le 10 mai 2016

Avec son train de vie modeste Ă  Macao, Kim Jong-Nam Ă©tait loin de l'opulence et du pouvoir de son demi-frĂšre, leader suprĂȘme de la CorĂ©e du Nord. Mais il a toujours Ă©tĂ© vu comme un danger pour la dynastie au pouvoir Ă  Pyongyang.


Des amis dans l'enclave chinoise mondialement connu pour ses jeux d'argent parlaient cette semaine d'un homme assez libre qui offrait des dßners bien arrosés, malgré un "ordre permanent" de son demi-frÚre Kim Jong-Un pour l'éliminer physiquement, selon des chefs du renseignement à Séoul.
Cet ordre, disent-ils, a été exécuté lundi quand Kim Jong-Nam a été assassiné à l'aéroport international de Kuala Lumpur par des femmes agissant pour le compte de la Corée du Nord.
Pourtant, les gens qui connaissent l'aßné des Kim le décrivent comme un homme vivant sans grande protection et pas excessivement prudent.
"Je pense que ce n'était tout simplement pas dans son caractÚre", a confié un ami au quotidien South China Morning Post, ajoutant que Kim se déplaçait sans gardes du corps, à Macao ou ailleurs.
"Il menait une vie tranquille ici. Evidemment, il se sentait protégé par la Chine. Macao lui convenait personnellement. Il y aimait les bons cÎtés de la vie. Macao lui offrait sécurité et divertissement", raconte cet ami, décrivant un homme joyeux et facile à approcher.
Fils aĂźnĂ© de l'ancien dirigeant nord-corĂ©en Kim Jong-Il, Kim fut un temps pressenti pour ĂȘtre l'hĂ©ritier du rĂ©gime communiste. Mais son pĂšre a changĂ© d'avis pour une raison inconnue.


L'aventure de Kim Ă  Tokyo en 2001, oĂč il avait Ă©tĂ© arrĂȘtĂ© Ă  l'aĂ©roport avec un passeport falsifiĂ© de la RĂ©publique dominicaine -- apparemment pour visiter Disneyland -- est souvent citĂ©e pour expliquer la raison de sa disgrĂące.
En exil, il commentait réguliÚrement les affaires nord-coréennes. Sans réformes, le régime de Pyongyang s'écroulerait, est-il ainsi cité par le journaliste japonais Yoji Gomi, qui a écrit un livre sur lui en 2012.
Il avait mĂȘme qualifiĂ© le rĂ©gime hĂ©rĂ©ditaire nord-corĂ©en comme Ă©tant "la risĂ©e de tous" et confiĂ© au journaliste que Kim Jong-Un ne durerait pas longtemps en tant que dirigeant.


- Trois raisons -


En Corée du Nord, pays trÚs patriarcal, le fils aßné est considéré comme l'héritier officiel de la famille: au pÚre fondateur Kim Il-Sung, décédé en 1994, a succédé son premier fils Kim Jong-Il, qui s'est éteint en 2011.
Pour Kim Jong-Un, le fait d'ĂȘtre le fils de la troisiĂšme femme de son pĂšre Ă©tait vu en quelque sorte comme une tache sur son blason qui en ferait un dirigeant peu sĂ»r de lui et paranoĂŻaque, selon des experts.
"S'il se confirme que l'assassinat a été ordonné par le Nord, ce serait un signe de la personnalité paranoïaque de Kim Jong-Un", a déclaré le chef du renseignement sud-coréen lors d'une réunion à huis clos mercredi, selon le député sud-coréen Kim Byung-Kee.
Aux yeux de Jun Byung-Kon, analyste à l'Institut coréen d'unification nationale, la Chine pourrait aussi avoir été un facteur.
PĂ©kin reste la bouĂ©e de sauvetage Ă©conomique de la CorĂ©e du Nord et le seul alliĂ© diplomatique de ce pays pauvre, mĂȘme si les relations se sont tendues Ă  la suite d'une sĂ©rie d'essais nuclĂ©aires et de tests de missiles effectuĂ©s depuis que Kim a accĂ©dĂ© Ă  la fonction suprĂȘme fin 2011.
"MĂȘme aprĂšs la prise du pouvoir par Kim Jong-Un, il y avait cette idĂ©e en Chine que Kim Jong-Nam, homme Ă  l'esprit ouvert, avait un bien meilleur profil pour ĂȘtre dirigeant", a-t-il ajoutĂ©.
Cela a donné à Kim Jong-Un trois raisons d'espérer la mort de son frÚre aßné, a estimé Hong Hyun-Ik, de l'Institut Sejong, groupe de réflexions à Séoul.
"Outre le fait de critiquer ouvertement le régime du Nord, Jong-Nam est l'aßné, le premier fils légitime... et il soutenait la Chine", explique M. Hung-Ik.
"Du point de vue de Jong-Un, il y avait suffisamment de raisons pour le tuer".

Par Sebastien BERGER - © 2017 AFP

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