L'impossible retraite d'Emmanuel Macron

  • PubliĂ© le 22 octobre 2025 Ă  11:49
  • ActualisĂ© le 22 octobre 2025 Ă  15:27
Le président français Emmanuel Macron lors d'une conférence de presse à Ljubljana, le 21 octobre 2025 en Slovénie

En semant la confusion sur la suspension de la réforme des retraites, aprÚs avoir laissé "carte blanche" à son Premier ministre, Emmanuel Macron a pris le risque de raviver le débat, illustrant sa difficulté à rester en retrait pour achever son deuxiÚme quinquennat.

Charm-el-Cheikh (Egypte) la semaine derniĂšre pour un sommet sur l'avenir de Gaza, Portoroz et Ljubljana cette semaine, pour un sommet des pays du sud de l'UE et une visite bilatĂ©rale en SlovĂ©nie: Emmanuel Macron poursuit sa tĂąche intense sur la scĂšne internationale, rĂŽle premier du chef de l’État.

Difficile, pour autant, d'échapper aux questions nationales dans un contexte d'instabilité politique inédite. A commencer par la si symbolique suspension de la réforme des retraites, annoncée par Sébastien Lecornu pour éviter la censure immédiate de l'Assemblée.

Or le prĂ©sident n'a pas changĂ© d'avis car "les faits sont tĂȘtus": la rĂ©forme de 2023 "Ă©tait nĂ©cessaire". Quant au "choix pour apaiser le dĂ©bat actuel" de son Premier ministre, il ne signifie "ni l'abrogation, ni la suspension" de la rĂ©forme mais seulement "le dĂ©calage d'une Ă©chĂ©ance", celle du relĂšvement progressif de l'Ăąge lĂ©gal de dĂ©part, a-t-il expliquĂ© depuis la SlovĂ©nie.

Pas de "suspension" ? Le mot fut érigé en condition par le Parti socialiste. Il a été explicitement formulé par le Premier ministre la semaine derniÚre lors de sa déclaration de politique générale.

Et rĂ©pĂ©tĂ© mardi Ă  l'AssemblĂ©e aprĂšs la sortie prĂ©sidentielle, M. Lecornu expliquant ĂȘtre allĂ© "plus loin" que le prĂ©sident qui, souligne Ă©galement son entourage, Ă©voquait uniquement la mesure sur l'Ăąge lĂ©gal de dĂ©part.

Dans cet imbroglio, la sortie du prĂ©sident est vue comme une heureuse clarification pour La France insoumise. "Emmanuel Macron dĂ©voile l'arnaque", tempĂȘte la prĂ©sidente des dĂ©putĂ©s LFI, Mathilde Panot.

-Rester "dans le jeu"-

En nourrissant ses oppositions, le prĂ©sident semble avoir inscrit un but contre son camp. Pourquoi ? Emmanuel Macron "fait ça pour ĂȘtre encore dans le jeu", soupire un dirigeant socialiste.

"Il essaie de continuer Ă  exister alors mĂȘme que tout le monde a dĂ©jĂ  tournĂ© la page", renchĂ©rit sur Sud Radio le dĂ©putĂ© RN Thomas MĂ©nagĂ©, quand le patron de l'UDR Eric Ciotti raille sur TF1 une supposĂ©e "maladie de tout contrĂŽler et de tout diriger".

"C'est son tempĂ©rament, son caractĂšre", "du Macron dans le texte", rĂ©sume sobrement un conseiller gouvernemental fidĂšle au prĂ©sident. Le cĂŽtĂ© "je me mĂȘle de tout" du chef de l'Etat, ajoute un cadre d'un parti alliĂ©.

L'épisode illustre la difficulté pour M. Macron de demeurer en retrait dans une situation de grande précarité politique, et à 18 mois encore de la fin de son bail présidentiel.

Sans majorité à l'Assemblée, avec un parti (Renaissance) et un groupe de députés (EPR) passés aux mains d'un Gabriel Attal chaque jour de plus en plus distant, le président se replie sur ses prérogatives constitutionnelles - nommer un Premier ministre, dissoudre l'Assemblée - pour exercer un pouvoir de plus en plus ténu.

Une situation forcément frustrante pour celui qui eut tous les leviers en mains à son arrivée en 2017.

Depuis la dissolution en 2024, les solutions Ă©lysĂ©ennes de "socle commun" avec la droite, dĂ©sormais rebaptisĂ© "plateforme de stabilitĂ©", n'ont empĂȘchĂ© ni la censure de Michel Barnier, ni la confiance refusĂ©e Ă  François Bayrou. Elles ont mĂȘme gĂ©nĂ©rĂ© un couac majeur avec le gouvernement le plus Ă©phĂ©mĂšre de l'histoire de la Ve RĂ©publique, dit Lecornu 1.

IncitĂ© Ă  "partager le pouvoir" par Gabriel Attal, et mĂȘme, fait inĂ©dit, au dĂ©part anticipĂ© par un autre de ses anciens Premiers ministres, Édouard Philippe, Emmanuel Macron a optĂ© pour renommer SĂ©bastien Lecornu.

AprĂšs lui avoir confiĂ© une mission auprĂšs des partis "refusant la dissolution" qu'il a finalement reçus lui-mĂȘme Ă  l’ÉlysĂ©e, et conservĂ© la haute main sur la formation du gouvernement.

De quoi alimenter l'idée que décidément, ce président n'aime guÚre ses Premiers ministres, y compris ceux piochés parmi ses lieutenants.
"Vous avez un Sébastien Lecornu, Premier ministre, qui déjà est dans un numéro de funambule en train d'avancer sur sa corde raide. Et il y a un président de la République qui lui agite la corde", métaphorise le député de gauche François Ruffin sur BFMTV.

Mais l'entourage du président récuse tout "coin" entre le chef de l'Etat et celui du gouvernement. Opposer les deux, "c'est vieux comme le monde", minimise sur France 2 la porte-parole du gouvernement Maud Bregeon.

AFP

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5 Commentaires
Missouk
Missouk
5 mois

Il serait temps qu'une motion de destitution finisse par aboutir. Ce président n'en a rien à faire de la France et encore moins des français. Seul lui compte, et son ego démesuré!

Bulldozers
Bulldozers
5 mois

IL faut encore faire barrage, voilĂ  le rĂ©sultat de Huguette BELLO des socialistes, Écologistes et d 'une partie de la droite 974.Bravo pour ces rigolos qui mangent des toutes les Rateliers.

Missouk
Missouk
5 mois

LE PEN c'était mieux ?

Bertone2
Bertone2
5 mois

Ps c fini ce parti en 2026 n'existera plus

HULK
HULK
5 mois

C'est sa nature,il ne peut pas s'en empĂȘcher. Il n'a jamais voulu suspendre quoi que ce soit, c'est simplement de l'enfumage pour ne pas que le gouvernement soit censurĂ© avant d'avoir commencĂ©.MACRON est un psychopathe autoritaire et il ne changera pas. La catastrophe est lĂ , bien sĂ»r il ne l'assume pas,mais il continue. Encore une fois, merci Ă  ceux qui l'ont Ă©lu et qui n'assument pas non plus.