L'ONU fustige "l'apathie" du monde en lançant son appel humanitaire 2026

  • PubliĂ© le 8 dĂ©cembre 2025 Ă  11:03
  • ActualisĂ© le 8 dĂ©cembre 2025 Ă  11:47
Des bùtiments détruits dans le camp pour déplacés palestiniens de Nousseirat, dans le centre de la bande de Gaza, le 2 décembre 2025

L'ONU a fustigé lundi "l'apathie" du monde face aux souffrances de millions de personnes à travers la planÚte, en lançant un appel humanitaire 2026 largement restreint pour répondre à des financements en chute libre.

"C'est une époque de brutalité, d'impunité et d'indifférence", s'est emporté lors d'une conférence de presse à New York le chef des opérations humanitaires de l'ONU, Tom Fletcher, dénonçant la "férocité et l'intensité des tueries", le "mépris total du droit international "et les "niveaux terrifiants de violences sexuelles".

"Une Ă©poque oĂč notre sens de la survie a Ă©tĂ© engourdi par les distractions et corrodĂ© par l'apathie, oĂč nous mettons plus d'Ă©nergie et d'argent pour trouver de nouveaux moyens de nous entretuer, tout en dĂ©mantelant les moyens durement gagnĂ©s de nous protĂ©ger de nos pires instincts, oĂč les politiciens se vantent de couper les aides", a-t-il accusĂ©, en prĂ©sentant le plan humanitaire 2026.

Alors que quelque 240 millions de personnes, victimes de guerres, d'épidémies, de séismes ou de l'impact du changement climatique, ont besoin d'aide urgente, l'ONU réclame 33 millions de dollars pour soutenir 135 millions d'entre elles en 2026 à Gaza, au Soudan, en Haïti, en Birmanie, en RDC ou en Ukraine.

Mais dans un contexte de coupe drastique de l'aide extĂ©rieure amĂ©ricaine dĂ©cidĂ©e par Donald Trump, l'ONU a rĂ©duit d'emblĂ©e ses propres ambitions, en prĂ©sentant en mĂȘme temps un plan resserrĂ© demandant 23 milliards de dollars pour sauver au moins 87 millions des personnes les plus en danger.

Ce plan "hyperpriorisé", qui passe également par des réformes pour améliorer l'efficacité du systÚme humanitaire, est "basé sur des choix insoutenables de vie ou de mort", a commenté Tom Fletcher, espérant qu'avoir pris ces "décisions difficiles qu'ils nous ont encouragés à prendre" convaincra les Américains de revenir.

- "Le plus bas en une décennie" -

En 2025, l'appel humanitaire de plus de 45 milliards de dollars n'a été financé qu'à hauteur d'un peu plus de 12 milliards, "le plus bas en une décennie". Permettant d'aider seulement 98 millions de personnes, soit 25 millions de moins que l'année précédente.

Selon les chiffres de l'ONU, les Etats-Unis sont restés en 2025 le premier pays donateur des plans humanitaires dans le monde, mais avec une chute majeure: 2,7 milliards de dollars, contre 11 milliards en 2024.

En haut des crises prioritaires en 2026, Gaza et la Cisjordanie pour lesquels l'ONU rĂ©clame 4,1 milliards de dollars pour aider 3 millions de personnes, ainsi que le Soudan (2,9 milliards pour 20 millions de personnes) oĂč le nombre de dĂ©placĂ©s par le conflit sanglant entre gĂ©nĂ©raux rivaux ne cesse d'augmenter.

Parmi ces dĂ©placĂ©s, cette jeune mĂšre que Tom Fletcher a rĂ©cemment rencontrĂ©e au Darfour, Ă  Tawila, oĂč affluent les survivants des combats dans la grande ville voisine d'El-Facher.

Elle a vu son mari et son enfant tuĂ©s sous ses yeux, avant de s'enfuir, avec le bĂ©bĂ© affamĂ© de ses voisins morts eux-aussi, puis d'ĂȘtre attaquĂ©e et violĂ©e "sur la route la plus dangereuse du monde" qui la conduira enfin Ă  Tawila, a-t-il racontĂ©.

"Est-ce que quiconque, quel que soit d'oĂč vous venez, ce que vous pensez, pour qui vous votez, pense qu'on ne devrait pas l'aider!".

L'ONU va désormais frapper à la porte des gouvernements de la planÚte, pendant les 87 prochains jours, un jour pour chaque million de vie à sauver.

Et s'il y a toujours un trou, Tom Fletcher prévoit une campagne plus large vers la société civile, les entreprises et les gens normaux qu'il estime abreuvés par de fausses informations surestimant la part de leurs impÎts destinés à l'aide à l'étranger.

"Nous ne demandons qu'à peine un peu plus de 1% de ce que le monde dépense en armes et en programmes de défense. Je ne demande pas aux gens de choisir entre un hÎpital à Brooklyn ou un hÎpital à Kandahar. Je demande au monde de dépenser moins en défense et plus en humanitaire".

AFP

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