Yémen

La bataille de Hodeida menace l'aide humanitaire et la relance de pourparlers

  • PubliĂ© le 7 novembre 2018 Ă  14:08
  • ActualisĂ© le 7 novembre 2018 Ă  15:20
Des membres des forces progouvernementales au Yémen posent pour une photo prÚs de Hodeida (ouest), le 6 novembre 2018

Des dizaines de rebelles et de combattants progouvernementaux ont été tués dans la bataille pour le port stratégique de Hodeida (ouest du Yémen), qui menace non seulement la distribution de l'aide humanitaire mais aussi la relance du processus de paix par les Nations unies.

Depuis jeudi dernier, des forces progouvernementales yéménites, appuyées militairement par l'Arabie saoudite et les Emirats arabes unis, mÚnent des opérations au sol, visiblement pour encercler la ville aux mains des rebelles Houthis soutenus par l'Iran. Des avions et des hélicoptÚres de la coalition sous commandement saoudien pilonnent de leur cÎté des positions rebelles dans la cité, bien que cette alliance nie vouloir s'emparer de Hodeida et de son port.

Au cours des derniÚres 24 heures, 27 Houthis et 12 combattants loyalistes ont été tués en périphérie de la ville, a indiqué mercredi une source médicale à l'AFP, ce qui porterait à prÚs de 200 le nombre de morts de part et d'autre depuis jeudi dernier, qui a marqué une intensification des affrontements.
Selon une source militaire progouvernementale, la coalition antirebelles a réalisé des "avancées limitées" vers Hodeida et son port, point d'entrée de 70% des importations et de l'aide humanitaire au Yémen, pays ravagé par la guerre depuis 2015 et théùtre de la pire crise humanitaire au monde selon l'ONU. Plusieurs ONG se sont inquiétées de l'intensification des combats et des frappes aériennes qui met en péril, selon elles, l'accÚs des civils à l'aide internationale, alors que des millions de personnes sont menacées par la famine dans le pays le plus pauvre de la péninsule arabique.

Le Fonds des Nations unies pour l'enfance (Unicef) s'inquiÚte aussi pour la vie d'enfants dans des hÎpitaux de Hodeida. "Les combats intenses se sont rapprochés dangereusement de l'hÎpital Al-Thawra, ce qui met en danger de mort 59 enfants, dont 25 sont en soins intensifs", a averti mardi l'Unicef.
L'organisation Médecins sans frontiÚres (MSF) s'est pour sa part inquiétée du sort "des malades et du personnel de l'hÎpital Al-Salakhana", ainsi que "des milliers d'habitants restés dans la ville".

Des combats se sont poursuivis ces derniÚres 24 heures en périphérie sud de la ville, prÚs de l'HÎpital du 22-Mai. Une source médicale au sein de cet hÎpital a affirmé que des combattants Houthis avaient expulsé tÎt mercredi matin des équipes médicales et qu'ils s'étaient positionnés dans l'établissement, y compris avec des snipers.

- Impact sur le processus de paix -

Pour les experts, se pose la question de l'impact de la bataille de Hodeida sur le processus de paix que cherchent Ă  relancer Washington et l'ONU.
L'Arabie saoudite s'est retrouvée considérablement affaiblie par l'affaire Jamal Khashoggi, du nom de ce journaliste tué le 2 octobre au consulat saoudien à Istanbul. Ce meurtre a provoqué une vague d'indignation et terni l'image du prince héritier Mohammed ben Salmane, également ministre de la Défense qui contrÎle l'appareil de sécurité saoudien. Les conséquences humanitaires de la guerre au Yémen n'ont pas échappé à la salve de critiques le visant.

Le 30 octobre, le secrĂ©taire d'Etat amĂ©ricain Mike Pompeo et le ministre de la DĂ©fense Jim Mattis sont montĂ©s au crĂ©neau pour demander l'arrĂȘt des hostilitĂ©s au YĂ©men et l'ouverture de nĂ©gociations de paix sous 30 jours. Le lendemain, le mĂ©diateur de l'ONU, le Britannique Martin Griffiths, a affirmĂ© son engagement Ă  "faire venir les parties yĂ©mĂ©nites Ă  la table de nĂ©gociations d'ici un mois".

Selon des analystes, cette forte pression diplomatique, en particulier de Washington, pourrait avoir incité les Saoudiens à chercher à obtenir le maximum de gains militaires avant d'éventuels discussions. Si les pourparlers ont lieu, un tel processus serait semé d'embûches tant la méfiance et l'animosité sont grandes entre les parties en conflit. En septembre, un processus de consultations prévu par l'ONU à GenÚve --le premier depuis 2016-- avait échoué, les Houthis ayant boycotté ces pourparlers en affirmant n'avoir pas obtenu des garanties suffisantes pour leur départ et leur retour au Yémen.

Depuis plusieurs mois, la coalition antirebelles donne l'impression d'ĂȘtre dans une impasse militaire. Le YĂ©men est de fait quasiment divisĂ© en deux, les forces progouvernementales contrĂŽlant le sud et une bonne partie du centre et les rebelles le nord et une bonne partie de l'ouest.
Outre Hodeida, les Houthis sont maßtres de la capitale Sanaa. Depuis 2015, la guerre au Yémen a fait quelque 10.000 morts et plus de 56.000 blessés, selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS). Mais des responsables humanitaires estiment que le bilan réel des victimes est bien plus élevé.

- © 2018 AFP

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