AprÚs la présidentielle

La bataille des législatives commence avec de nombreuses inconnues

  • PubliĂ© le 8 mai 2017 Ă  15:16
L'Assemblée Nationale vide, le 5 juillet 2016

A peine Ă©lu Ă  la tĂȘte de la France, Emmanuel Macron se lance dans la bataille cruciale des lĂ©gislatives des 11 et 18 juin, oĂč la droite espĂšre prendre sa revanche, la gauche Ă©viter la dĂ©route, et l'extrĂȘme droite entrer en force Ă  l'AssemblĂ©e.

Pour gouverner, le jeune centriste pro-europĂ©en qui a remportĂ© la prĂ©sidentielle avec 66% des voix face Ă  l'extrĂȘme droite a besoin d'une majoritĂ© claire Ă  l'AssemblĂ©e: les dĂ©putĂ©s doivent en effet voter la confiance au nouveau Premier ministre et au gouvernement formĂ© dans la foulĂ©e des Ă©lections.

Emmanuel Macron, qui a connu une ascension fulgurante alors qu'il Ă©tait encore inconnu il y a trois ans, fait le pari que les Français lui donneront une majoritĂ©, comme ils l'ont toujours fait avec un nouveau chef d?État. "Cette majoritĂ© de changement, c'est ce Ă  quoi le pays aspire et c'est ce qu'il mĂ©rite", a-t-il assurĂ© dimanche soir.

Pour JérÎme Sainte-Marie, de l'institut Polling Vox, Emmanuel Macron a "un atout": "Il est compatible avec une partie de la gauche et une partie de la droite". Cela peut cependant "poser un risque de contradictions insurmontables", selon le politologue Philippe Braud.
Selon un sondage, le jeune mouvement En Marche! de M. Macron, créé en avril 2016, recueillerait entre 24-26% au premier tour des législatives, devant la droite Les Républicains (22%), le Front national (21-22%), la gauche radicale (13%-15%) et le parti socialiste (8-9%).

Mais toute projection est pĂ©rilleuse, du fait de la recomposition politique en cours, des ralliements possibles jusqu'Ă  la date limite de dĂ©pĂŽt des candidatures le 19 mai, des jeux d'alliance et du mode de scrutin qui permet Ă  plus de deux candidats d'ĂȘtre qualifiĂ©s au second tour s'ils ont obtenu suffisamment de suffrages au premier, Ă  la diffĂ©rence de la prĂ©sidentielle.

Le nouveau président a promis de dévoiler "en tout début de semaine" ses candidats dans les 577 circonscriptions françaises, promettant qu'ils seront pour moitié des nouveaux venus en politique, issus de la société civile. Outre l'accord avec le vétéran centriste François Bayrou, il tente de débaucher des personnalités socialistes ou de droite, qui se présenteraient sous l'étiquette "majorité présidentielle".

La composition du gouvernement intĂ©rimaire, qui doit ĂȘtre annoncĂ©e aprĂšs son investiture, influencera aussi les Ă©lecteurs pour ce scrutin souvent qualifiĂ© de "troisiĂšme tour" dĂ©cisif de la prĂ©sidentielle.

- "Battus mais pas morts" -

La déroute de la droite et du parti socialiste, éliminés au premier tour de la présidentielle, n'augure pas forcément de la défaite de leurs élus, enracinés localement. Notamment à droite: le politologue Philippe Braud analyse la défaite à la présidentielle surtout comme un "échec personnel" pour le conservateur François Fillon, arrivé en troisiÚme position aprÚs son inculpation pour "détournement de fonds publics" dans une affaire d'emplois présumés fictifs.

Les Républicains espÚrent donc obtenir une majorité aux législatives, imposer une cohabitation et obliger le président à désigner un Premier ministre de leur camp. "Macron est un colosse aux pieds d'argile, élu sans envie ni enthousiasme", juge le vice-président des Républicains Laurent Wauquiez. "On est battus mais pas morts".

Mais en cas de mauvais score, les divisions entre ceux qui se disent prĂȘts Ă  soutenir une coalition et ceux qui y sont hostiles risquent cependant de devenir irrĂ©conciliables, notent plusieurs journaux français lundi.

De son cĂŽtĂ©, l'extrĂȘme droite espĂšre s'installer solidement dans le paysage politique, avec la dynamique de la prĂ©sidentielle qui a permis Ă  Marine Le Pen d'obtenir 10,6 millions de voix au second tour, son meilleur rĂ©sultat jamais enregistrĂ©. Le Front national se voit dĂ©jĂ  comme "le premier parti d'opposition", mais rien ne permet de dire s'il pourra obtenir assez de siĂšges Ă  l'AssemblĂ©e, le mode de scrutin majoritaire Ă  deux tours lui restant dĂ©favorable. Il ne compte actuellement que deux dĂ©putĂ©s.

Fort de ses sept millions de voix au premier tour, le tribun de la gauche radicale Jean-Luc Mélenchon souhaite lui aussi transformer l'essai, mais sa difficulté à conclure des alliances, avec les communistes ou les écologistes, pourrait lui coûter des siÚges.
"Si de nombreux députés dans la mouvance de Jean-Luc Mélenchon sont élus, on pourrait avoir une chambre ingouvernable", prévient toutefois Philippe Braud.

Laminé le 23 avril dernier, le parti socialiste reste dans la division: Benoßt Hamon (6,35% des voix au premier tour) veut présenter des candidatures communes avec la gauche radicale, l'ancien Premier ministre Manuel Valls veut peser dans la majorité présidentielle.

AFP

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