Union européenne

La bataille du budget italien face Ă  la zone euro

  • PubliĂ© le 5 novembre 2018 Ă  08:10
  • ActualisĂ© le 5 novembre 2018 Ă  09:32
Drapeau européen flottant devant la Commission européenne à Bruxelles, Belgique, le 14 mars 2018

Les ministres des Finances de la zone euro, réunis lundi à Bruxelles, devraient apporter leur soutien à la Commission européenne, deux semaines aprÚs sa décision de rejeter le budget de la coalition populiste au pouvoir en Italie.

"Tout le monde est inquiet", assure un haut responsable européen, qui observe circonspect le bras de fer entre la Commission, garante des rÚgles budgétaires de l'UE, et Rome, bien décidée à défendre son budget 2019, pourtant totalement en dehors des clous.

Selon plusieurs sources, les 19 ministres de la zone euro (l'Eurogroupe) devraient globalement appuyer l'approche de Bruxelles, qui a rejeté le 23 octobre le projet de budget italien, une premiÚre dans son histoire, fustigeant "une déviation claire, nette, assumée" par rapport aux rÚgles européennes.
En cause: le dĂ©ficit de 2,4% du produit intĂ©rieur brut (PIB) pour 2019 prĂ©sentĂ© par la coalition populiste au pouvoir Ă  Rome, formĂ©e de la Ligue (extrĂȘme droite) et du Mouvement Cinq Etoiles (M5S, antisystĂšme), trĂšs au-dessus de ce que prĂ©voyait le prĂ©cĂ©dent gouvernement de centre gauche (0,8%).

L'Italie a jusqu'au 13 novembre pour fournir un budget révisé, sans quoi elle s'expose à une "procédure pour déficit excessif", susceptible d'aboutir à des sanctions financiÚres.
"Ce sera inévitable" si rien ne change, promet une source européenne.
La Commission "peut continuer de compter sur le soutien de la France", explique une source française, qui espÚre lundi "un débat serein mais franc".
Le président italien Sergio Mattarella, qui dispose de peu de pouvoirs mais d'une autorité respectée, a appelé le gouvernement à "développer un dialogue constructif avec les institutions européennes".
Le vice-Premier ministre Matteo Salvini, patron de la Ligue, a répondu en appelant ses partisans à manifester le 8 décembre à Rome, pour dire "pacifiquement" aux "messieurs de Bruxelles: laissez-nous travailler, vivre et respirer".
"Aucune petite lettre ne pourra nous faire revenir en arriÚre. Plus jamais une Italie à genoux", a-t-il lancé.

"Basta !"

La situation économique et sociale en Italie est explosive avec un taux de chÎmage à 10,1%, trÚs au-dessus de la moyenne de la zone euro, et une stagnation de l'activité au troisiÚme trimestre (+0,0%), une premiÚre depuis trois ans, qui pourrait avoir des conséquences dans la bataille avec Bruxelles.

La coalition a en effet bùti son budget 2019 sur une prévision de croissance trÚs optimiste de 1,5%, quand le Fonds monétaire international (FMI) ne table que sur 1% et la Commission européenne --qui doit présenter de nouvelles prévisions jeudi-- sur 1,1%.
Or, si la croissance est plus faible que prĂ©vu, le dĂ©ficit risque d'ĂȘtre encore plus important.
"L'arrĂȘt du PIB est conjoncturel, il concerne toute l'Ă©conomie europĂ©enne. Nous l'avions prĂ©vu et c'est pour cela que nous avons dĂ©cidĂ© d'avoir un budget expansif", qui vise Ă  Ă©viter une rĂ©cession, veut croire le chef du gouvernement Giuseppe Conte.

Pour ne rien arranger, Rome, qui ploie déjà sous une énorme dette de 2.300 milliards d'euros (131% de son PIB), a vu la note de sa dette dégradée par l'agence Moody's, tandis que Standard & Poor's a abaissé sa perspective, de stable à négative.
"La coalition est à l'épreuve dans ce bras de fer", analyse Sébastien Maillard, directeur de l'institut Jacques Delors Notre Europe.
"Mais je pense que l?Ă©lectorat de la Ligue va ĂȘtre tentĂ© de dire +basta !+, parce que l'Italie s'isole", ajoute-t-il, surtout "si le spread (l'Ă©cart trĂšs surveillĂ© entre les taux d'emprunt allemand et italien Ă  dix ans, ndlr) devient inquiĂ©tant".
Le gouverneur de la Banque d'Italie, Ignazio Visco, a d'ailleurs exprimé ses inquiétudes quant aux conséquences de la hausse des taux d'emprunt italiens.

Le "spread" oscille désormais autour de 300 points de base, contre une moyenne de 130 enregistrée sur les quatre premiers mois de l'année", en raison de "l'incertitude sur l'orientation de la politique budgétaire" et "des rapports avec l'UE", a-t-il rappelé la semaine passée.

AFP

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