Pour pacifier le pays

La Bolivie en route vers de nouvelles élections sans Evo Morales

  • PubliĂ© le 24 novembre 2019 Ă  21:36
  • ActualisĂ© le 25 novembre 2019 Ă  04:58
La présidente bolivienne par intérim Jeanine Anez tient une conférence de presse aprÚs avoir promulgué une loi convoquant de nouvelles élections, à La Paz le 24 novembre 2019

La présidente par intérim de la Bolivie a promulgué dimanche une loi convoquant de nouvelles élections présidentielle et législatives censées pacifier le pays andin et tourner la page de la présidence d'Evo Morales, qui ne pourra pas se représenter.

L'organisation de nouveaux scrutins est cruciale dans le processus de pacification de la Bolivie, pays riche en ressources naturelles, oĂč des violences ont coĂ»tĂ© la vie Ă  au moins 32 personnes depuis le 20 octobre, lorsque s'Ă©tait tenu le premier tour d'une prĂ©sidentielle controversĂ©e que M. Morales, icĂŽne de la gauche latino-amĂ©ricaine au pouvoir depuis 2006, disait avoir remportĂ©e.

"Nous avons reçu un mandat pour organiser des élections propres, justes et transparentes. Nous vous garantissons que nous allons y arriver", a déclaré Mme Añez aprÚs avoir signé la loi au palais du gouvernement à La Paz. "Nous allons récupérer la démocratie par la démocratie", a ajouté la présidente par intérim, qui a aussi ouvert un "dialogue" samedi pour pacifier le pays.

Le texte annule le scrutin du 20 octobre et interdit Ă  toute personne ayant exercĂ© deux mandats Ă©lectifs de suite de se prĂ©senter Ă  un troisiĂšme, fermant ainsi la porte Ă  une nouvelle candidature d'Evo Morales qui a dĂ©jĂ  exercĂ© trois mandats. Jeanine Añez, qui a provisoirement pris les rĂȘnes du pays le 12 novembre, n'a pas dit si elle comptait se prĂ©senter Ă  l'un des scrutins.

Le document avait Ă©tĂ© approuvĂ© samedi par les deux chambres du Parlement, oĂč le MAS (Mouvement vers le socialisme), le parti d'Evo Morales, dĂ©tient la majoritĂ©. Le vote du parti de gauche met en Ă©vidence les profondes divisions quant Ă  son attitude vis-Ă -vis de l'ancien prĂ©sident.

La prochaine Ă©tape est la dĂ©signation des sept membres du Tribunal suprĂȘme Ă©lectoral (TSE) par le Parlement. AprĂšs la controversĂ©e prĂ©sidentielle du 20 octobre, des membres du TSE avaient Ă©tĂ© arrĂȘtĂ©s en raison des "irrĂ©gularitĂ©s" constatĂ©es pendant le scrutin. L'autoritĂ© Ă©lectorale renouvelĂ©e aura pour tĂąche de convoquer les Ă©lections. Elle devra fixer une date pour les scrutins dans un dĂ©lai de 120 jours Ă  partir du moment oĂč elle aura lancĂ© cette convocation.

- Pénuries à La Paz -

Evo Morales s'était proclamé vainqueur du scrutin du 20 octobre, mais l'opposition avait crié à la fraude. AprÚs plusieurs semaines de manifestations et son lùchage par l'armée, le président avait annoncé sa démission le 10 novembre. Depuis, ses partisans manifestent quasi quotidiennement à La Paz et d'autres villes pour exiger le départ de Jeanine Añez.

Depuis son exil mexicain, Evo Morales n'avait pas réagi dimanche à la promulgation de la loi d'élections par Jeanine Añez, qu'il accuse d'avoir installé une "dictature" en Bolivie. "Nous voulons de nouvelles élections. Pourquoi? Pour que tout se déroule de maniÚre transparente", a réagi Marlene Rodriguez, vendeuse de sacs à main à La Paz.

Ces nouvelles élections doivent refermer les 14 années de présidence d'Evo Morales qui, aux cÎtés de Luiz Inacio Lula da Silva au Brésil ou Rafael Correa en Equateur, faisait figure d'icÎne de la gauche latino-américaine à la fin des années 2000. L'ex-président amérindien, président de la confédération des syndicats de "cocaleros" (cultivateurs de coca) de Cochabamba (centre), avait accédé au pouvoir en 2006. Réélu en 2009 et 2014, il briguait un quatriÚme mandat le 20 octobre.

Le gouvernement provisoire l'accuse d'attiser le conflit depuis le Mexique et a dĂ©posĂ© plainte contre lui pour "sĂ©dition et terrorisme", affirmant qu'il a appelĂ© ses partisans Ă  "encercler" les villes pour accentuer les blocages. Le parquet a ouvert une enquĂȘte. En rĂ©ponse, les sĂ©nateurs du MAS ont prĂ©sentĂ© samedi un projet de loi visant Ă  exonĂ©rer Evo Morales de poursuites judiciaires, mais Jeanine Añez a aussitĂŽt averti qu'elle refuserait de promulguer un texte qui accorde une "amnistie" Ă  ceux qui ont "commis des crimes, se sont moquĂ© de la loi et ont commis des abus".

Les manifestations de l'opposition d'abord, puis celles des partisans d'Evo Morales, ont été émaillées de violences et de heurts avec les forces de l'ordre qui ont coûté la vie à au moins 32 personnes. Les manifestants ont aussi bloqué les routes qui relient la capitale bolivienne aux régions agricoles du centre du pays, entraßnant des pénuries d'aliments dans les marchés et les restaurants de La Paz.

AFP

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