La Chine, principal soutien de Pyongyang, reste en retrait face Ă l'escalade verbale entre la CorĂ©e du Nord et les Etats-Unis, renvoyant volontiers dos Ă dos les deux pays alors mĂȘme que ses propres marges de manoeuvre s'avĂšrent rĂ©duites. En pleine "guerre des mots" avec le rĂ©gime de Kim Jong-Un, auquel il a promis "le feu et la colĂšre", le prĂ©sident amĂ©ricain Donald Trump a de nouveau pointĂ© jeudi la responsabilitĂ© de PĂ©kin. En rĂ©action, la Chine a de nouveau appelĂ© vendredi "toutes les parties" Ă "faire preuve de prudence".
- Quelle stratégie pour Pékin? -
Pékin défend la reprise des négociations à Six (les deux Corée, Japon, Russie, Chine et Etats-Unis) interrompues depuis 2009. "La Chine pourrait présider ces discussions et conforter son influence" dans la région en jouant un rÎle de médiateur, décrypte le politologue Willy Lam basé à Hong Kong.
Dans l'immédiat, cependant, Pékin s'efforce de ne pas intervenir dans l'escalade verbale entre la Maison Blanche et le régime nord-coréen, estimant que c'est à Pyongyang et Washington seuls d'"agir plus activement" pour désamorcer "les tensions". "Nous appelons toutes les parties à faire preuve de prudence dans leurs mots et actions (...) et à renforcer la confiance entre eux, plutÎt que de recourir à de vieilles recettes consistant à enchaßner les démonstrations de force", a cinglé vendredi la diplomatie chinoise.
La Chine prĂŽne par ailleurs un double "moratoire": l'arrĂȘt simultanĂ© des essais nuclĂ©aires et balistiques nord-corĂ©ens d'une part et celui des manoeuvres militaires conjointes des Etats-Unis et de la CorĂ©e du Sud d'autre part.
Mais ni le prĂ©sident amĂ©ricain ni le rĂ©gime de Kim Jong-Un, emportĂ©s dans une rhĂ©torique incendiaire, ne semblent prĂȘts Ă engager ce "dialogue" souhaitĂ© par PĂ©kin. "Un dialogue sensĂ© n'est pas possible avec un gars comme (M. Trump) qui a perdu la raison", a tranchĂ© le gĂ©nĂ©ral Rak-Gyom, commandant des forces balistiques nord-corĂ©ennes, citĂ© vendredi par l'agence officielle KCNA.
De son cÎté, loin de chercher l'apaisement, Donald Trump a affirmé vendredi que "des solutions militaires (étaient) en place" contre Pyongyang.
-Que peut faire la Chine?-
"La Chine ne dispose d'aucun levier effectif pour initier une désescalade de la situation, si à la fois Trump et le régime de Kim (Jong-Un) continuent d'agir de façon impulsive", observe Xu Guoqi, expert en relations internationales à l'Université de Hong Kong.
Dans un Ă©ditorial, le quotidien officiel chinois Global Times arrivait vendredi au mĂȘme constat: "PĂ©kin n'est pas en mesure, cette fois-ci, de ramener au calme Washington et Pyongyang".
L'occupant de la Maison Blanche voit les choses différemment: la Chine, principal partenaire économique de Pyongyang, peut "faire beaucoup plus" pour mettre la pression sur son turbulent voisin, a tonné Donald Trump vendredi. Pour autant, la Chine, membre permanent du Conseil de sécurité de l'ONU, a approuvé samedi une septiÚme volée de sanctions économiques internationales contre la Corée du Nord, et a promis lundi d'appliquer ces sanctions "à 100%".
Mais les experts restent dubitatifs sur l'efficacité des sanctions. Et la Chine, destinataire de 90% des exportations nord-coréennes, maintient qu'elle n?interrompra pas les échanges constituant une aide "à visée humanitaire". De l'avis des experts, pour encourager Pékin à réduire drastiquement cette "aide", "il faudrait que les Etats-Unis fassent d'importantes concessions, par exemple sur le déploiement de leur bouclier anti-missiles THAAD, les différends commerciaux ou la mer de Chine méridionale", indique M. Lam à l'AFP.
La Chine défendra-t-elle Pyongyang?
Huit ans aprĂšs la fin de la guerre de CorĂ©e, PĂ©kin et Pyongyang avaient conclu un "traitĂ© d'amitiĂ©, de coopĂ©ration et d'assistance mutuelle", mais les experts s'interrogent sur l'application exacte des clauses de ce pacte en cas de conflit. On dit la Chine inquiĂšte d'un effondrement du rĂ©gime nord-corĂ©en, qui se traduirait par des afflux de rĂ©fugiĂ©s sur son territoire, et hostile Ă tout rapprochement des forces amĂ©ricaines Ă ses frontiĂšres. Mais tout dĂ©pendra de qui dĂ©butera une intervention militaire, affirmait vendredi le Global Times. "Si la CorĂ©e du Nord envoie des missiles menaçant le sol amĂ©ricain en premier lieu et que les Etats-Unis rĂ©agissent, la Chine restera neutre", assurait le journal. Mais si Washington et SĂ©oul frappent les premiers "et tentent de renverser le rĂ©gime nord-corĂ©en et l'Ă©quilibre politique de la pĂ©ninsule, alors la Chine les en empĂȘchera".
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AFP
