Corée du Nord

La Chine reste en retrait face Ă  l'escalade

  • PubliĂ© le 11 aoĂ»t 2017 Ă  17:53
Le ministre chinois des Affaires étrangÚres Wang Yi lors d'une conférence de presse au ministÚre des Affaires étrangÚres de Bangkok, le 24 juillet 2017

La Chine, principal soutien de Pyongyang, reste en retrait face Ă  l'escalade verbale entre la CorĂ©e du Nord et les Etats-Unis, renvoyant volontiers dos Ă  dos les deux pays alors mĂȘme que ses propres marges de manoeuvre s'avĂšrent rĂ©duites. En pleine "guerre des mots" avec le rĂ©gime de Kim Jong-Un, auquel il a promis "le feu et la colĂšre", le prĂ©sident amĂ©ricain Donald Trump a de nouveau pointĂ© jeudi la responsabilitĂ© de PĂ©kin. En rĂ©action, la Chine a de nouveau appelĂ© vendredi "toutes les parties" Ă  "faire preuve de prudence".


- Quelle stratégie pour Pékin? -

Pékin défend la reprise des négociations à Six (les deux Corée, Japon, Russie, Chine et Etats-Unis) interrompues depuis 2009. "La Chine pourrait présider ces discussions et conforter son influence" dans la région en jouant un rÎle de médiateur, décrypte le politologue Willy Lam basé à Hong Kong.

Dans l'immédiat, cependant, Pékin s'efforce de ne pas intervenir dans l'escalade verbale entre la Maison Blanche et le régime nord-coréen, estimant que c'est à Pyongyang et Washington seuls d'"agir plus activement" pour désamorcer "les tensions". "Nous appelons toutes les parties à faire preuve de prudence dans leurs mots et actions (...) et à renforcer la confiance entre eux, plutÎt que de recourir à de vieilles recettes consistant à enchaßner les démonstrations de force", a cinglé vendredi la diplomatie chinoise.

La Chine prĂŽne par ailleurs un double "moratoire": l'arrĂȘt simultanĂ© des essais nuclĂ©aires et balistiques nord-corĂ©ens d'une part et celui des manoeuvres militaires conjointes des Etats-Unis et de la CorĂ©e du Sud d'autre part.
Mais ni le prĂ©sident amĂ©ricain ni le rĂ©gime de Kim Jong-Un, emportĂ©s dans une rhĂ©torique incendiaire, ne semblent prĂȘts Ă  engager ce "dialogue" souhaitĂ© par PĂ©kin. "Un dialogue sensĂ© n'est pas possible avec un gars comme (M. Trump) qui a perdu la raison", a tranchĂ© le gĂ©nĂ©ral Rak-Gyom, commandant des forces balistiques nord-corĂ©ennes, citĂ© vendredi par l'agence officielle KCNA.
De son cÎté, loin de chercher l'apaisement, Donald Trump a affirmé vendredi que "des solutions militaires (étaient) en place" contre Pyongyang.

-Que peut faire la Chine?-

"La Chine ne dispose d'aucun levier effectif pour initier une désescalade de la situation, si à la fois Trump et le régime de Kim (Jong-Un) continuent d'agir de façon impulsive", observe Xu Guoqi, expert en relations internationales à l'Université de Hong Kong.
Dans un Ă©ditorial, le quotidien officiel chinois Global Times arrivait vendredi au mĂȘme constat: "PĂ©kin n'est pas en mesure, cette fois-ci, de ramener au calme Washington et Pyongyang".

L'occupant de la Maison Blanche voit les choses différemment: la Chine, principal partenaire économique de Pyongyang, peut "faire beaucoup plus" pour mettre la pression sur son turbulent voisin, a tonné Donald Trump vendredi. Pour autant, la Chine, membre permanent du Conseil de sécurité de l'ONU, a approuvé samedi une septiÚme volée de sanctions économiques internationales contre la Corée du Nord, et a promis lundi d'appliquer ces sanctions "à 100%".

Mais les experts restent dubitatifs sur l'efficacité des sanctions. Et la Chine, destinataire de 90% des exportations nord-coréennes, maintient qu'elle n?interrompra pas les échanges constituant une aide "à visée humanitaire". De l'avis des experts, pour encourager Pékin à réduire drastiquement cette "aide", "il faudrait que les Etats-Unis fassent d'importantes concessions, par exemple sur le déploiement de leur bouclier anti-missiles THAAD, les différends commerciaux ou la mer de Chine méridionale", indique M. Lam à l'AFP.

La Chine défendra-t-elle Pyongyang?

Huit ans aprĂšs la fin de la guerre de CorĂ©e, PĂ©kin et Pyongyang avaient conclu un "traitĂ© d'amitiĂ©, de coopĂ©ration et d'assistance mutuelle", mais les experts s'interrogent sur l'application exacte des clauses de ce pacte en cas de conflit. On dit la Chine inquiĂšte d'un effondrement du rĂ©gime nord-corĂ©en, qui se traduirait par des afflux de rĂ©fugiĂ©s sur son territoire, et hostile Ă  tout rapprochement des forces amĂ©ricaines Ă  ses frontiĂšres. Mais tout dĂ©pendra de qui dĂ©butera une intervention militaire, affirmait vendredi le Global Times. "Si la CorĂ©e du Nord envoie des missiles menaçant le sol amĂ©ricain en premier lieu et que les Etats-Unis rĂ©agissent, la Chine restera neutre", assurait le journal. Mais si Washington et SĂ©oul frappent les premiers "et tentent de renverser le rĂ©gime nord-corĂ©en et l'Ă©quilibre politique de la pĂ©ninsule, alors la Chine les en empĂȘchera".
 

AFP

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