Malgré les critiques des nationalistes

La conférence de Marrakech approuve le Pacte Mondial pour les migrations

  • PubliĂ© le 10 dĂ©cembre 2018 Ă  14:37
  • ActualisĂ© le 10 dĂ©cembre 2018 Ă  15:06
Photo du secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres (C), prise le 10 décembre 2018 lors de l'ouverture de la conférence consacrée au pacte sur les migrations, à Marrakech (Maroc)

Le Pacte mondial sur les migrations des Nations unies a été approuvé lundi à Marrakech (Maroc), devant quelques 150 pays réunis en conférence intergouvernementale, malgré les critiques des nationalistes et des partisans de la fermeture des frontiÚres.

"Nous ne devons pas succomber à la peur" sur la migration, a exhorté le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres, avant la proclamation orale de ce texte destiné à renforcer la coopération internationale pour une "migration sûre, ordonnée et réguliÚre", et son adoption formelle par le traditionnel coup de marteau.

M. Guterres a encore dénoncé les "nombreux mensonges" sur ce pacte qui a soulevé de vives critiques de la part des partisans de la fermeture des frontiÚres, jusqu'à faire éclater la coalition gouvernementale en Belgique, avec la démission des ministres issus du parti nationaliste flamand.
Le Pacte sur les migrations doit encore faire l'objet d'un ultime vote de ratification, le 19 décembre à l'Assemblée générale des Nations unies à New York.
A ce titre, la confĂ©rence de Marrakech, prĂ©vue sur deux jours, devait ĂȘtre une Ă©tape purement formelle dans ce processus. Mais, le sujet dĂ©chaĂźnant les passions, une quinzaine de pays ont fait part de leur retrait ou du gel de leur dĂ©cision sur le texte.

Non contraignant

Alors qu'en Europe les partis d'extrĂȘme droite et les populistes brandissent le Pacte comme un Ă©pouvantail Ă  l'approche des Ă©lections europĂ©ennes de mai 2019, la chanceliĂšre allemande Angela Merkel est venue le soutenir en personne, tout comme les chefs de gouvernement espagnol Pedro Sanchez, grec Alexis Tsipras ou belge Charles Michel, ce dernier ayant donc maintenu son dĂ©placement au prix de l'unitĂ© de sa coalition.
Non contraignant, le Pacte recense des principes --défense des droits de l'Homme, des enfants, reconnaissance de la souveraineté nationale-- et liste des propositions pour aider les pays à faire face aux migrations --échanges d'information et d'expertises, intégration des migrants etc... Il interdit les détentions arbitraires, n'autorisant les arrestations qu'en dernier recours.
Les défenseurs des droits de l'Homme le trouvent insuffisant, notamment sur l'accÚs des migrants à l'aide humanitaire et aux services de base ou sur les droits des travailleurs migrants. Ses détracteurs le voient comme un encouragement à un flux migratoire incontrÎlé.

"Souffrance" et "chaos"

"La migration sera toujours lĂ , mais dans un monde qui la rend inĂ©vitable et nĂ©cessaire, elle devrait ĂȘtre gĂ©rĂ©e correctement, pas de façon irrĂ©guliĂšre et dangereuse", a fait valoir Antonio Guterres, en dĂ©crivant le Pacte comme "une feuille de route pour Ă©viter la souffrance et le chaos et favoriser une coopĂ©ration bĂ©nĂ©fique pour tous".
Un peu plus de 150 des 193 pays représentés à l'ONU étaient annoncés à Marrakech, une centaine d'entre eux au niveau des chefs d'Etat, chefs de gouvernements ou ministres. A l'ouverture des débats à Marrakech, il était toutefois impossible de connaßtre les noms des présents et des absents, en l'absence de toute liste officielle.
Huit pays se sont retirés du processus aprÚs avoir approuvé le texte le 13 juillet à New York --Autriche, Australie, République tchÚque, République dominicaine, Hongrie, Lettonie, Pologne et Slovaquie-- et sept ont souhaité plus de consultations internes --Belgique, Bulgarie, Estonie, Italie, Slovénie et Suisse--, selon Louise Arbour, la représentante spéciale de l'ONU pour les migrations.

Les Etats-unis, qui s'étaient retirés de l'élaboration du texte en décembre 2017 en le jugeant contraire à la politique d'immigration du président Donald Trump, ont lancé vendredi dernier une nouvelle salve contre le Pacte et contre toute forme de "gouvernance mondiale".
Malgré cette opposition, M. Guterres s'est dit confiant sur la suite du processus: "la réponse a été donnée par plus de 150 pays qui sont venus ici, cela permet de mesurer les applaudissements", a-t-il dit au cours d'un bref point de presse.

Le prĂ©sident français Emmanuel Macron a dĂ©cidĂ© de dĂ©lĂ©guer le secrĂ©taire d'Etat aux Affaires Ă©trangĂšres, Jean-Baptiste Lemoyne, alors que le sujet du Pacte suscite l'opposition de la droite, de l'extrĂȘme droite mais aussi de certains "gilets jaunes", ces Français qui manifestent depuis trois semaines dans les rues contre la politique fiscale et sociale.

Il y a environ 258 millions de personnes en mobilité et migrants dans le monde, soit 3,4% de la population mondiale. Plus de 80% des déplacements entre les pays se fait de façon légale. Pour la migration clandestine, plus de 60.000 sont morts pendant leur périple depuis 2000, selon les chiffres de l'ONU.

AFP

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