Justice

La famille de Naomi Musenga demande l'ouverture d'une information judiciaire

  • PubliĂ© le 22 juin 2018 Ă  19:56
  • ActualisĂ© le 23 juin 2018 Ă  07:59
Les parents de Naomi Musenga, décédée à Strasbourg aprÚs un appel au Samu non pris au sérieux, et un de leurs avocats  Jean-Christophe Coubris, lors d'une conférence de presse le 22 juin 2018

Les parents de Naomi Musenga, décédée fin décembre à Strasbourg aprÚs un appel au Samu traité avec mépris, ont réclamé vendredi l'ouverture d'une information judiciaire pour que les causes et les responsabilités dans sa mort soient dévoilées.

"J'implore madame le procureur (de Strasbourg, NDLR) pour que l'on entre dans le fond. Nous sommes démunis", a déclaré Honorine Musenga, la mÚre de Naomi, lors d'une conférence de presse à Illkirch-Graffenstaden, prÚs de Strasbourg.

"Je ne lĂącherai pas", a-t-elle affirmĂ© par la suite, avant de fondre en larmes.ParallĂšlement Ă  une enquĂȘte administrative confiĂ©e Ă  l'Inspection des affaires sociales (Igas), le parquet de Strasbourg a ouvert dĂ©but mai une enquĂȘte prĂ©liminaire, mais cette procĂ©dure ne permet pas Ă  la famille ou Ă  ses avocats d'accĂ©der au dossier."Il est inacceptable que l'on reste sur ce schĂ©ma d'enquĂȘte prĂ©liminaire", qui est "un cauchemar", a insistĂ© Me Jean-Christophe Coubris, l'un des avocats de la famille.

"Maintenant nous insistons pour que cette enquĂȘte prĂ©liminaire cesse, que des mises en examen soient prononcĂ©es et qu'une information judiciaire soit ouverte", a rĂ©clamĂ© Me Mohamed Aachour, autre avocat de la famille."Nous avons la ferme intention de remonter la chaĂźne des responsabilitĂ©s jusqu'au directeur gĂ©nĂ©ral" des HĂŽpitaux universitaires de Strasbourg (HUS), a-t-il ajoutĂ©.

Regrettant que la question du manque de moyens accordés à l'hÎpital ne soit pas abordée, Me Aachour a insisté sur le fait que le rapport de l'Igas n'était qu'une "étape". "On ne me fera pas croire que l'hÎpital n'était pas au courant des pratiques du Samu", a-t-il accusé.

Six mois aprÚs la mort le 29 décembre 2017 de Naomi Musenga, 22 ans, dont l'appel de détresse avait été raillé par une opératrice du Samu de Strasbourg, le rapport de l'Igas, publié mercredi, a pointé du doigt des dysfonctionnements. La démission du responsable du Samu de Strasbourg, présentée dÚs le mois de mai, a été acceptée, mais selon les avocats de la famille Musenga, il a surtout servi de "fusible".

Une procĂ©dure disciplinaire va Ă©galement ĂȘtre engagĂ©e Ă  l'encontre de l'assistante de rĂ©gulation qui avait pris avec moquerie l'appel de la jeune femme et avait Ă©tĂ© suspendue dĂ©but mai, ont indiquĂ© les HUS.

Selon l'Igas, les dysfonctionnements soulevés ont entraßné "un retard global de prise en charge de prÚs de 2h20" de la jeune mÚre d'un enfant de 18 mois, décédée finalement à l'hÎpital plusieurs heures aprÚs son premier appel aux urgences.

Les inspecteurs de l'Igas n'avaient toutefois pas pour mission de déterminer les causes du décÚs, qui demeurent inconnues à ce jour. Une autopsie avait été pratiquée mais le corps présentait selon le rapport des signes de "putréfaction avancée"."La justice doit continuer à faire son travail. (...) J'aimerais que des responsabilités à l'intérieur de l'hÎpital soient assumées", a réclamé le pÚre de Naomi, aux cÎtés de son épouse et de trois des frÚres et soeurs de la jeune femme.

La ministre de la SantĂ©, AgnĂšs Buzyn, avait indiquĂ© jeudi qu'il n'y aurait pas d'autres sanctions aprĂšs le dĂ©part du responsable du Samu de Strasbourg."Si on ne fait pas l'effort de comprendre les causes de la mort de Naomi, il y aura d'autres jeunes qui mourront de la mĂȘme façon, que la standardiste soit polie ou pas. Finalement si la standardiste n'avait pas Ă©tĂ© mal Ă©levĂ©e, Naomi serait morte dans l'indiffĂ©rence gĂ©nĂ©rale", a dĂ©clarĂ© le Pr Christian Marescaux, aux cĂŽtĂ©s de la famille lors de la confĂ©rence de presse. Ce neurologue avait dĂ©jĂ  dĂ©noncĂ© publiquement en 2014 des dysfonctionnements aux HUS dans la prise en charge des patients victimes d'AVC.

AFP

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