ÉlĂ©phants, hippopotames, girafes...

La faune sauvage, victime collatérale des guerres

  • PubliĂ© le 13 janvier 2018 Ă  12:57
  • ActualisĂ© le 13 janvier 2018 Ă  14:00
Conflits armés : la faune sauvage africaine impactée

Eléphants, hippopotames, girafes. .. Les grands mammifÚres africains frÎlent réguliÚrement l'extinction dans les zones déchirées par la guerre, selon une étude publiée mercredi, qui met cependant en avant l'espoir de leur récupération grùce à des mesures adéquates.


Selon cet article publiĂ© dans la revue Nature, 71% des zones protĂ©gĂ©es africaines ont Ă©tĂ© touchĂ©es par des conflits entre 1946 Ă  2010, parfois pendant des annĂ©es. ElĂ©phants abattus pour l'ivoire, qui finance les combattants, ou antilopes chassĂ©es pour leur viande par des populations affamĂ©es : les grands animaux d'Afrique sont toujours des victimes collatĂ©rales de ces conflits, oĂč certains pĂ©rissent aussi directement sous les balles.

"Les trajectoires des populations sauvages dĂ©clinent avec l'augmentation de la frĂ©quence des conflits", affirme l'Ă©tude, basĂ©e sur l'Ă©volution de 253 populations de 36 espĂšces de grands mammifĂšres herbivores, dans 126 zones protĂ©gĂ©es de 19 pays africains. Quelle que soit leur intensitĂ© (mesurĂ©e en nombre de morts humains), mĂȘme une augmentation "minime" de la frĂ©quence des guerres conduit ces populations sauvages sous le seuil de remplacement, ajoutent les deux auteurs, qui n'ont pas d'estimation du nombre total d'animaux disparus Ă  cause des conflits.

Et toutes les espÚces en sont victimes. "On pourrait s'attendre à ce que les éléphants soient plus touchés en raison de la valeur au marché noir de leurs défenses, mais il s'avÚre que l'effet du conflit demeure pour les autres animaux, buffles, zÚbres, gnous, girafes, et beaucoup d'espÚces d'antilopes, quand on enlÚve les éléphants des données", explique à l'AFP, Joshua Daskin, qui a conduit ces recherches à l'université de Princeton.

- Le cas encourageant du Mozambique -

L'étude passe en revue d'autres indicateurs connus pour leur impact sur la faune (fréquence des sécheresses, taille des zones protégées, densité de population humaine, présence d'industries d'extraction...), mais aucun n'a d'effet aussi déterminant que la fréquence des conflits. D'autres études ont montré qu'au niveau local, une guerre peut avoir à la fois des impacts négatifs (munitions, braconnage pour la viande ou le trafic) et positifs (moins de pression humaine sur les zones protégées, déclin des industries extractives) sur la faune.

Mais cette vision d'ensemble, sur des décennies et à l'échelle d'un continent, fait pencher la balance vers le négatif, selon les auteurs de l'étude. Malgré tout, tout espoir n'est pas perdu. "Un effondrement total des populations est rare, montrant que la faune ravagée par la guerre peut s'en remettre", note l'étude, qui insiste notamment sur l'importance de mesures rapides aprÚs un cessez-le-feu.

Les auteurs Ă©voquent en particulier l'exemple du parc national de Gorongosa au Mozambique, oĂč ils ont travaillĂ©. Plus de 90% des grands mammifĂšres avaient disparu suite aux guerres qui ont ravagĂ© le pays entre 1977 et 1992, mais "la faune sauvage est revenue Ă  environ 80% des niveaux prĂ©-guerre", souligne Daskin.

Anciens combattants embauchés comme gardes anti-braconnage, programmes d'éducation des habitants, création d'emplois dans le tourisme... Aider les communautés locales à retrouver une vie normale aprÚs une guerre est certes une "priorité", mais cela peut se faire "main dans la main" avec la réhabilitation de la faune, insiste le chercheur.

AFP

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