Au large de la Colombie

La Gorgone, menaces sur "l'Ăźle magique" du Pacifique colombien

  • PubliĂ© le 16 janvier 2022 Ă  02:56
Un bernard-l'ermite marche sur une plage pleine de pollution plastique sur l'ßle de Gorgonilla, à cÎté de La Gorgone, dans l'océan Pacifique au large de la cÎte sud-ouest de la Colombie, le 1er décembre 2021

Paradis méconnu de biodiversité préservée, l'ßle de la Gorgone, rocher volcanique couvert de jungle tropicale au large des cÎtes sud-ouest de la Colombie est elle aussi, malgré les efforts, menacée par la pollution planétaire et l'activité humaine.

"C'est dans l'imaginaire colombien l'un des parcs les plus lointains, les plus inaccessibles", observe Santiago Felipe Duarte Gomez, directeur du Parc national naturel de la Gorgone, l'une des soixante aires protégées du pays.

La faute sans doute Ă  la singuliĂšre histoire de l'Ăźle qui abrita dans les annĂ©es soixante un bagne infĂąme oĂč les pires criminels du pays et les prisonniers politiques Ă©taient livrĂ©s aux sĂ©vices de leurs gardiens.

Si l'ancienne prison (fermĂ©e en 1984), dĂ©jĂ  presque engloutie par la vĂ©gĂ©tation luxuriante, "attire toujours les visiteurs", son intĂ©rĂȘt, essentiellement historique, est bien moindre que "l'exceptionnelle biodiversitĂ© de ce paradis naturel", souligne M. Duarte Gomez.

ConsĂ©quence des pluies quasi-quotidiennes, l'eau douce coule de partout, donnant Ă  l'Ăźle verdoyante des allures de jardin d’Eden. Observation des baleines qui s'Ă©battent Ă  quelques dizaines de mĂštres du rivage, plongĂ©e au milieu des poissons sur des rĂ©cifs coralliens enchanteurs, et promenades le long de sentiers balisĂ©s dans la forĂȘt font la joie d'une poignĂ©e de touristes (environ 3.000 par an) venus trouver ici "calme et sĂ©rĂ©nitĂ©" sous les cocotiers gĂ©ants de la plage de graviers noirs.

Une "ßle magique", assure Juan Fernando Agredo Lara, manager de l'unique hébergement touristique. "Le tourisme ne doit pas dévorer la Gorgone. L'occupation maximum n'a jamais été atteinte, et c'est heureux", plaide-t-il.

La fréquentation de la jungle est limitée à quelques sentiers balisés, de jour uniquement, pour y prévenir les accidents avec les trÚs nombreux serpents qui ont fait la mauvaise réputation de l'ßle et lui ont donné son nom.

- "L'Ăźle science" -

La Gorgone fait partie du corridor marin du Pacifique oriental (CMAR), composé des célÚbres Galapagos (Equateur), de Malpelo (Colombie), Coiba (Panama) et Cocos (Costa Rica).

Comme "connectées", ces ßles protégées servent de couloir de migration à la faune marine, tels requins marteau ou tortues marines, ainsi qu'aux oiseaux. "Nous sommes dans un sanctuaire d'une beauté merveilleuse. Peu de gens imaginent la richesse des eaux de la Gorgone", souligne M. Duarte. "Les baleines apprennent à chanter ici. Les écouter sous l'eau est un enchantement", s'émeut-il.

Par conséquent, d'innombrables missions scientifiques ont été menées sur l'ßle, parfois surnommée "l'ßle science", notamment pour étudier un lézard endémique entiÚrement bleu et unique au monde (Anolis gorgone).

Mais comme tous les sanctuaires naturels de la planÚte, l'ßle fait inévitablement face à diverses menaces. Celles de "l'érosion cÎtiÚre de certaines plages, les interrogations sur le réchauffement de l'eau en surface, et la hausse du niveau des océans", énumÚre un biologiste du parc, Christian Diaz.

Et si elle ne se voit pas au premier abord, la pollution est bien lĂ . "Ici comme ailleurs, la contamination aux micro-plastiques est rĂ©elle, mĂȘme si la qualitĂ© de l'eau est trĂšs bonne", constate-t-il. "Et puis il y a les poubelles", soupire le biologiste. CharriĂ©s par les courants, venus des cĂŽtes, de pays plus lointains ou jetĂ©s par les gros bateaux au large, des dĂ©tritus en tout genre s'amoncellent sur les plages du sud de l'Ăźle les plus exposĂ©s Ă  la houle.

Au milieu des bernard-l’hermite gisent pĂšle-mĂȘle sur le sable gris des sandales rongĂ©es par le sel, des rasoirs jetable et d'innombrables bouteilles en plastique. "C'est une problĂ©matique planĂ©taire", se navre M. Diaz, fataliste. "Le parc organise rĂ©guliĂšrement des collectes. On peut tout nettoyer un jour, mais le lendemain il faut recommencer..."

Un autre sujet inquiÚte mais dont on parle moins volontiers : celui des projets de l'armée colombienne de construction d'un ponton et d'un radar.

Située sur un corridor du narcotrafic vers le nord, "on entend parfois au large la nuit les moteurs surpuissants des hors-bords des trafiquants", confie un employé.

"Le radar fait de nous une cible. Il y aura aussi des baraquements, car plus d'hommes. Nous risquons de devenir un objectif militaire", pour les narcos notamment, s'inquiĂšte l'un des rĂ©sidents. "Il y aura un impact. Nous espĂ©rons qu'il sera minimal", lĂąche le directeur du parc. Il souhaite "simplement que la Gorgone reste ce lieu si spĂ©cial oĂč l'on vient se ressourcer spirituellement".

AFP

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