La justice française a refusé jeudi d'extrader l'ancien rebelle kosovar Ramush Haradinaj vers la Serbie, qui veut le juger pour des crimes de guerre remontant à 1999, une décision qui a provoqué la colÚre de Belgrade.
L'extradition de M. Haradinaj - bloquĂ© en France depuis son interpellation Ă l'aĂ©roport de BĂąle-Mulhouse dĂ©but janvier - aurait entraĂźnĂ© "des consĂ©quences d'une gravitĂ© exceptionnelle" pour lui-mĂȘme, mais aussi du fait de "considĂ©rations liĂ©es notamment Ă son rĂŽle (...) dans la vie politique du Kosovo", a estimĂ© la chambre d'instruction de la cour d'appel de Colmar (est).
En consĂ©quence, la cour a donnĂ© un "avis dĂ©favorable" Ă la demande serbe et levĂ© le contrĂŽle judiciaire qui empĂȘchait M. Haradinaj, 48 ans, de rentrer dans son pays.
En réaction, la Serbie a rappelé son ambassadeur en France pour des consultations et va adresser à Paris une "vigoureuse note de protestation" contre une décision "honteuse, scandaleuse, contraire à la loi et absolument injuste et par dessus tout politique", a déclaré son Premier ministre Aleksandar Vucic, lors d'une conférence de presse.
M. Vucic a en particulier ironisĂ© sur les "consĂ©quences d'une gravitĂ© exceptionnelle" Ă©voquĂ©es par la cour de Colmar, au cas oĂč M. Haradinaj aurait Ă©tĂ© extradĂ© vers la Serbie. "Nous ne l'avons pas invitĂ© Ă venir prendre du chocolat ou des bonbons, nous voulions qu'il rĂ©ponde d'accusations de crimes!", a raillĂ© M. Vucic.
La cour a en revanche donnĂ© raison Ă Belgrade sur d'autres points juridiques: elle a notamment rejetĂ© les allĂ©gations selon lesquelles la demande serbe revĂȘtait un caractĂšre "politique".
Le président du Kovoso, Hashim Thaçi, s'est félicité de son cÎté de cette décision. Les "calomnies" serbes "ne sont pas prises en considération par le monde démocratique", a-t-il commenté sur Facebook.
A l'annonce de la décision, M. Haradinaj, actuel député et opposant au président Hashim Thaçi, a été acclamé par des centaines de ses partisans venus le soutenir devant la cour d'appel de Colmar, qui ont crié "UCK!" (Armée de libération du Kosovo, ndlr) et "Ramush!".
- Grande popularité -
"J'ai perdu quatre mois dans cette procédure", a commenté M. Haradinaj, mais "cette décision me donne la possibilité de continuer mes obligations" politiques, a-t-il commenté.
Dans un entretien donnĂ© Ă l'AFP dĂ©but avril, l'ex-rebelle, qui a briĂšvement Ă©tĂ© Premier ministre du Kosovo en 2004-2005, avait affirmĂ© ĂȘtre victime d'une "persĂ©cution politique" de la part de Belgrade. Il espĂšre rejouer un rĂŽle de premier plan dans son pays, oĂč son Alliance pour l'Avenir du Kosovo (AAK), l'un des principaux partis d'opposition, rĂ©clame des Ă©lections lĂ©gislatives anticipĂ©es.
Il est soupçonnĂ© par la Serbie d'avoir participĂ© en juin 1999 Ă des exactions contre des civils serbes au Kosovo, territoire qui venait alors d'ĂȘtre placĂ© sous l'administration des Nations unies.
"Il y a des gens dont les enfants ont été battus sous leurs yeux, à tel point qu'ils sont restés paralysés", avait précisé lors d'une précédente audience à Colmar le 9 février le représentant du parquet, Patrick Steinmetz, qui avait évoqué également des meurtres et des viols reprochés à l'ancien rebelle.
Ramush Haradinaj a été acquitté en 2008 et 2012 par le tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie (TPIY) qui le jugeait pour des crimes de guerre remontant à 1998. Les faits dont il est accusé dans cette procédure examinée en France remontent en revanche à 1999 et sont donc distincts, selon Belgrade.
M. Haradinaj bénéficie d'une grande popularité auprÚs de nombreux Kosovars qui le considÚrent comme un héros de la guerre d'indépendance de 1998-1999 contre les forces de Belgrade.
L'arrestation de cet ancien haut responsable de l'Armée de libération du Kosovo avait suscité un vif émoi au Kosovo, mais aussi en Albanie.
Ultime conflit ayant déchiré l'ex-Yougoslavie, la guerre au Kosovo a fait 13.000 morts. Elle a conduit à la sécession de cette région majoritairement peuplée d'Albanais, mais que la Serbie considÚre comme son berceau historique.
Le Kosovo a déclaré en 2008 son indépendance, désormais reconnue par plus de 110 pays dont la France et les Etats-Unis, mais pas par l'Espagne et la GrÚce au sein de l'Union européenne. Avec le soutien de la Russie, Belgrade ne reconnaßt pas cette indépendance.
Par Stephanie FINDLAY - © 2017 AFP

