Etats-Unis

La loi du Texas qui limite l'avortement arrive devant la Cour suprĂȘme

  • PubliĂ© le 1 novembre 2021 Ă  15:12
  • ActualisĂ© le 1 novembre 2021 Ă  15:42
Manifestation pour défendre le droit à l'avortement, à Austin, Texas, le 2 octobre 2021

La Cour suprĂȘme des Etats-Unis, solidement ancrĂ©e dans le conservatisme, se rĂ©unit lundi pour examiner une loi qui depuis deux mois limite drastiquement le droit des Texanes Ă  avorter et suscite une fĂ©roce bataille lĂ©gale et politique.

L'influente juridiction entendra, Ă  partir de 10H00 (16H00 GMT), deux recours distincts contre cette loi qui interdit d'avorter dĂšs que les battements de coeur de l'embryon sont perceptibles, soit vers six semaines de grossesse, mĂȘme en cas d'inceste ou de viol. Ce seuil est particuliĂšrement court, puisqu'il correspond Ă  un retard de rĂšgles d'une quinzaine de jours, si bien que de nombreuses femmes n'ont pas conscience d'ĂȘtre enceinte.

Il intervient bien plus tĂŽt que la limite fixĂ©e par la Cour suprĂȘme elle-mĂȘme. AprĂšs avoir reconnu en 1973 le droit des femmes Ă  avorter, la haute Cour a prĂ©cisĂ© en 1992 qu'il s'appliquait tant que le foetus n'est pas viable hors de l'utĂ©rus, soit vers 22 semaines de grossesse. Ces arrĂȘts historiques, bien qu'ayant autoritĂ© sur tout le pays, ne passent toujours pas auprĂšs d'une partie de la population - surtout Ă  droite et dans les milieux religieux.

Pour satisfaire leurs Ă©lecteurs, les Ă©lus locaux rĂ©publicains adoptent donc rĂ©guliĂšrement des lois qui bafouent ouvertement la jurisprudence de la haute Cour. Mais jusqu'ici, les tribunaux ont toujours empĂȘchĂ© leur mise en oeuvre.

- "Délation" -

Le Texas, véritable laboratoire des idées les plus conservatrices, a toutefois imaginé un dispositif inédit qui complique l'intervention de la justice fédérale. Sa loi confie en effet "exclusivement" aux citoyens le soin de faire respecter cet interdit, en les encourageant à poursuivre au civil les personnes et organisations qui aident les femmes à avorter au-delà de six semaines.

En cas de victoire devant le juge, ces citoyens obtiendront 10.000 dollars de dĂ©dommagements, prĂ©voit la loi. Ses dĂ©tracteurs y voient une "prime Ă  la dĂ©lation". "De parfaits Ă©trangers pourront dĂ©sormais se mĂȘler des dĂ©cisions de santĂ© les plus intimes et personnelles auxquelles les femmes ont Ă  faire face", a regrettĂ© le prĂ©sident dĂ©mocrate Joe Biden le 2 septembre, au lendemain de l'entrĂ©e en vigueur de la loi.

Saisie en urgence une premiĂšre fois lors de cette Ă©chĂ©ance, la Cour suprĂȘme avait refusĂ© d'intervenir, s'abritant derriĂšre les "questions nouvelles de procĂ©dure" posĂ©es par le texte. Depuis, la bataille s'est intensifiĂ©e avec l'intervention du gouvernement fĂ©dĂ©ral et des dĂ©cisions contradictoires d'un juge de premiĂšre instance et d'une cour d'appel.

Le 22 octobre, la Cour suprĂȘme a finalement dĂ©cidĂ© de se jeter dans la mĂȘlĂ©e et d'agir vite: elle a planifiĂ© une audience dix jours plus tard, une cĂ©lĂ©ritĂ© qu'elle n'avait pas manifestĂ© depuis son intervention pour attribuer la prĂ©sidentielle contestĂ©e de 2000 Ă  George W. Bush.

- Allié improbable -

Lundi, les neuf sages entendront les arguments des parties. Ils ne devraient pas aborder le droit à l'avortement mais seulement le mécanisme légal créé par le Texas. Pour qu'elle ne perde pas de vue les énormes enjeux humains du dossier, la puissante organisation de Planning familial leur a transmis une compilation de témoignages recueillis dans ses cliniques texanes.

Elle cite notamment une fille de 12 ans enceinte, dont la mĂšre n'a pas les moyens de voyager hors de l'Etat, qui lĂąche lors de la consultation: "Maman, c'Ă©tait un accident, pourquoi veulent-ils que je le garde ?" La Cour suprĂȘme pourrait rendre sa dĂ©cision assez rapidement.

MĂȘme si les magistrats conservateurs sont majoritaires (six sur neuf, dont trois nommĂ©s par Donald Trump), les dĂ©fenseurs du droit Ă  l'avortement affichent un optimisme prudent car le mĂ©canisme texan suscite des critiques mĂȘme Ă  droite.

Ils ont en effet reçu le soutien d'alliĂ©s improbables: dans un argumentaire transmis Ă  la Cour, la Firearms Policy Coalition, qui dĂ©fend le droit au port d'armes, a soulignĂ© que le mĂ©canisme retenu par le Texas pourrait ĂȘtre adoptĂ© dans d'autres Etats pour s'attaquer Ă  d'autres droits.

Quelle que soit l'issue de cette bataille, la guerre ne sera pas terminĂ©e: la Cour suprĂȘme doit examiner le 1er dĂ©cembre une loi du Mississippi qui interdit d'avorter aprĂšs 15 semaines de grossesse. Pour les observateurs, elle pourrait profiter de ce texte de facture plus classique pour commencer Ă  dĂ©tricoter sa jurisprudence, en revenant a minima sur le critĂšre de "viabilitĂ© du foetus".

AFP

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