Météo de l'espace

La mission Solar Orbiter décolle dimanche, direction le Soleil

  • PubliĂ© le 9 fĂ©vrier 2020 Ă  07:08
  • ActualisĂ© le 9 fĂ©vrier 2020 Ă  07:18
Solar Orbiter, la sonde de l'Agence spatiale européenne (ESA) qui s'élancera dans la nuit de dimanche à lundi de Cap Canaveral, en Floride, pour s'approcher du Soleil

La sonde euro-amĂ©ricaine Solar Orbiter doit dĂ©coller dans la nuit de dimanche Ă  lundi de Floride vers le Soleil, dont elle Ă©tudiera pendant la prochaine dĂ©cennie ces tempĂȘtes chargĂ©es de particules qui peuvent provoquer des pannes sur Terre.

La sonde de l'Agence spatiale européenne (ESA) s'élancera à 23H03 (04H03 GMT lundi) de Cap Canaveral en Floride, lancée par une fusée américaine dans le cadre d'un partenariat avec la Nasa. A son bord: dix instruments scientifiques (209 kilos de charge utile) pour une mission à 1,5 milliard d'euros.

AprÚs un passage par l'orbite de Vénus, puis celle de Mercure, le satellite, dont la vitesse maximale atteindra 245.000 km/h, s'approchera à 42 millions de kilomÚtres du Soleil, soit moins d'un tiers de la distance Soleil-Terre.

Solar Orbiter "aura la capacité de regarder le Soleil directement", explique à l'AFP Matthieu Berthomier, chercheur CNRS au laboratoire de physique des plasmas de l'école Polytechnique.

La sonde est protégée par un bouclier thermique, car il fera trÚs chaud, de l'ordre de 600°C. "Quand on est aussi proche du Soleil, on n'a pas de problÚme d'énergie, mais on a un problÚme de température", a expliqué vendredi depuis le centre spatial Kennedy Ian Walters, chef du projet chez Airbus, qui a construit l'appareil.

Les nouvelles données recueillies viendront compléter celles de la sonde Parker de la Nasa, lancée en 2018, qui s'est approchée bien davantage de la surface de l'astre (7 à 8 millions de kilomÚtres), mais sans technologie d'observation directe, la chaleur étant trop intense.

Avec six instruments imageurs (télédétection), la sonde européenne pourra elle "voir" notre Soleil à une distance encore jamais égalée. Et révéler les pÎles du Soleil, dont on ne connaßt actuellement que les régions équatoriales.

Quatre autres instruments de mesures "in situ" serviront à sonder l'environnement autour du Soleil. Objectif principal de la mission: "comprendre comment le Soleil crée et contrÎle l'héliosphÚre", la bulle de matiÚre entourant tout le systÚme solaire, résume Anne Pacros, responsable mission et charge utile de l'ESA.

- Météo de l'espace -

Cette bulle baigne dans un flot permanent de particules, appelĂ© vent solaire, qui varie beaucoup, de façon mystĂ©rieuse. Les vents sont parfois perturbĂ©s par des tempĂȘtes, provoquĂ©es par des Ă©ruptions qui Ă©jectent un nuage de champ magnĂ©tique et de particules chargĂ©es se propageant dans l'espace.

Ces tempĂȘtes sont difficiles Ă  prĂ©voir. Elles ont pourtant un impact direct sur notre planĂšte: lorsqu'elles viennent frapper la magnĂ©tosphĂšre de la Terre, cela provoque de jolies et inoffensives aurores borĂ©ales, mais peut s'avĂ©rer plus dangereux.

"Cela perturbe notre environnement électromagnétique. C'est ce qu'on appelle la météorologie de l'espace, qui peut affecter notre vie quotidienne", décrypte Matthieu Berthomier.

La plus grande tempĂȘte solaire connue de l'humanitĂ©, dite "Ă©vĂ©nement de Carrington", survint en 1859: le rĂ©seau des tĂ©lĂ©graphes aux Etats-Unis fut dĂ©truit, des agents reçurent des dĂ©charges, du papier brĂ»la dans les stations, et la lumiĂšre borĂ©ale fut visible Ă  des latitudes inĂ©dites (jusqu'en AmĂ©rique centrale).

En 1989 au Québec, la modification du champ magnétique de la Terre créa un courant électrique à trÚs grande échelle qui, par effet domino, fit disjoncter les circuits électriques, provoquant un gigantesque black-out.

Les éruptions peuvent également perturber les radars dans l'espace aérien (comme en 2015 dans le ciel scandinave), les fréquences radio, et endommager des satellites. "Imaginez la moitié des satellites en orbite détruits, ce serait une catastrophe pour l'humanité!", avance Matthieu Berthomier.

En observant les régions solaires qui sont directement liées aux sources des vents, les mesures de Solar Orbiter "vont permettre d'élaborer des modÚles pour affiner les prédictions", espÚre Anne Pacros. Le voyage de la sonde durera deux ans, sa mission scientifique entre 5 et 9 ans.

Mais Cesar Garcia, chef du projet Ă  l'ESA, a dit vendredi qu'au bout de dix ans, la sonde aurait encore assez de carburant pour continuer son travail, si tout va bien.

 AFP

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