Politique

La nouvelle assemblée qui divise le Venezuela se met au travail

  • PubliĂ© le 5 aoĂ»t 2017 Ă  18:17
Des membres de la Garde nationale bolivarienne (GNB) sont postés aux alentours du siÚge du Parquet général du Venezuela à Caracas, le 5 août 2017

La nouvelle Assemblée constituante vénézuélienne, dotée de pouvoirs illimités et pour une durée indéfinie, se met au travail samedi, au lendemain de son inauguration critiquée de toutes parts, accentuant les divisions dans ce pays au bord du gouffre.


TÎt dans la matinée, la procureure générale Luisa Ortega, devenue un des principaux adversaires du président Nicolas Maduro, a affirmé que l'armée assiégeait les bureaux du ministÚre public à Caracas. Des photos diffusées par le bureau de presse du Parquet général montraient des militaires de la Garde nationale bolivarienne (GNB) se positionnant aux accÚs et aux alentours du Parquet.

"Je rejette le siÚge du ministÚre public. Je dénonce cet acte arbitraire devant la communauté nationale et internationale", a réagi Mme Ortega sur Twitter depuis son domicile. Le secrétaire de l'Organisation des Etats américains (OEA), Luis Almagro, a de son cÎté qualifié ce siÚge "d'agression" contre la procureure et de "violation flagrante" des institutions.

- Réécrire la Constitution de 1999 -

Le Parquet gĂ©nĂ©ral avait demandĂ© vendredi l'annulation de l'installation de l'AssemblĂ©e constituante, deux jours aprĂšs avoir ouvert une enquĂȘte pour de possibles irrĂ©gularitĂ©s lors de l'Ă©lection de cette assemblĂ©e, le 30 juillet. Une initiative qui a peu de chances d'aboutir, la Cour suprĂȘme, accusĂ©e par l'opposition d'ĂȘtre infĂ©odĂ©e au pouvoir, ayant mis en Ă©chec toutes les prĂ©cĂ©dentes.

Présidée par l'ex-cheffe de la diplomatie vénézuélienne Delcy Rodriguez, l'Assemblée aura pour mission de réécrire la Constitution de 1999 promulguée par le défunt Hugo Chavez. Il s'agit, comme l'a promis le président Nicolas Maduro, d'apporter la "paix" et de redresser l'économie de cette nation pétroliÚre, naguÚre immensément riche. L'opposition accuse en revanche le dirigeant socialiste de vouloir accroßtre ses pouvoirs et prolonger son mandat qui s'achÚve en 2019.

Des roses rouges Ă  la main et portant des tableaux gĂ©ants d'Hugo Chavez, dont M. Maduro est l'hĂ©ritier politique, et de Simon Bolivar --hĂ©ros de l'indĂ©pendance du Venezuela--, les membres de la Constituante ont prĂȘtĂ© serment vendredi, en l'absence remarquĂ©e du prĂ©sident. "Je promets de dĂ©fendre la patrie de toute agression ou menace", a dĂ©clarĂ© Mme Rodriguez, avocate de 48 ans surnommĂ©e la "tigresse" par M. Maduro pour sa dĂ©fense de la "rĂ©volution bolivarienne".

Les constituants, situés au-dessus de tous les pouvoirs, y compris du président, siÚgeront dans le "salon elliptique", à quelques dizaines de mÚtres de l'hémicycle dans lequel se réunissent les députés élus fin 2015 et majoritairement issus de l'opposition. Ce qu'ils entendent continuer à faire, ont annoncé les adversaires de M. Maduro, faisant craindre des tensions au sein du bùtiment.

- 'Coexistence' -

"Ce qui est envisagé, c'est la coexistence (...) Ce qui ne peut pas arriver c'est que les pouvoirs constitués méconnaissent les décisions de l'Assemblée constituante", a expliqué Delcy Rodriguez dans un entretien exclusif à l'AFP, quelques jours avant son élection. La Constituante a la faculté de dissoudre le Parlement.
"Nous n'allons pas céder", a affirmé sur Twitter la coalition de l'opposition Table de l'unité démocratique (MUD).

L'élection le 30 juillet de la Constituante, entachée par des violences qui ont fait dix morts, a suscité un tollé international, dont la condamnation inhabituellement ferme du Vatican, alors que déjà plus de 120 personnes ont été tuées en quatre mois de manifestations contre le gouvernement.

- 'Paria en Amérique latine' -

Samedi, les ministres des Affaires étrangÚres de quatre des cinq pays membres du Mercosur --Brésil, Argentine, Uruguay et Paraguay-- se réunissent à partir de 11H00 locales (14H00 GMT) à Sao Paulo pour se pencher sur la crise politique au Venezuela. Ils envisagent la suspension "pour rupture de l'ordre démocratique" de ce pays déjà mis à l'écart du marché commun sud-américain depuis décembre, pour des raisons commerciales.

Dans la pratique, cette suspension n'impliquerait pas une exclusion de ce bloc commercial rĂ©gional, mais aurait un impact largement supĂ©rieur aux autres sanctions prises auparavant. "Il s'agirait d'un coup trĂšs dur pour la stature internationale du gouvernement de Nicolas Maduro. Le Venezuela risque de devenir un paria en AmĂ©rique latine", a expliquĂ© Ă  l'AFP Mauricio Santoro, professeur de relations internationales Ă  l'UniversitĂ© d'État de Rio de Janeiro (UERJ). "Pour la communautĂ© internationale (...) le message est clair, trĂšs clair: nous, les VĂ©nĂ©zuĂ©liens, rĂ©soudrons notre conflit, notre crise, sans aucune sorte d'interfĂ©rence Ă©trangĂšre, sans aucune sorte de mandat impĂ©rial", a prĂ©venu la prĂ©sidente de la Constituante lors de son discours d'investiture.

En parallĂšle, l'opposition vĂ©nĂ©zuĂ©lienne continue d'ĂȘtre rĂ©primĂ©e: aprĂšs avoir Ă©tĂ© emprisonnĂ© trois jours, le maire de Caracas Antonio Ledezma a Ă©tĂ© reconduit chez lui vendredi pour ĂȘtre de nouveau placĂ© en rĂ©sidence surveillĂ©e.

AFP

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