Législatives en Algérie

La participation pour principal enjeu

  • PubliĂ© le 4 mai 2017 Ă  17:00
Un bureau de vote, le 4 mai 2017 Ă  Alger

Les Algériens votaient jeudi pour renouveler leurs députés lors d'un scrutin dont le principal enjeu est la mobilisation des électeurs dans un pays confronté aux difficultés économiques et à l'inertie politique.

La participation Ă©tait trĂšs faible en matinĂ©e: 4,13% Ă  10H00 locales (09H00 GMT), deux heures aprĂšs le dĂ©but du vote, selon le ministĂšre de l'IntĂ©rieur. Un chiffre quasiment Ă©quivalent au taux mesurĂ© lors des prĂ©cĂ©dentes lĂ©gislatives en 2012 (4,11%). L'abstention constitue une "hantise" pour les autoritĂ©s, d'aprĂšs le quotidien francophone El Watan, qui Ă©voque "un dĂ©sintĂ©rĂȘt populaire manifeste Ă  l'Ă©gard de ce scrutin".

Ces Ă©lections, dont les rĂ©sultats doivent ĂȘtre annoncĂ©s vendredi, surviennent en plein marasme Ă©conomique et social, l'AlgĂ©rie -pays riche en hydrocarbures- traversant une crise financiĂšre en raison de la chute de ses revenus pĂ©troliers. La santĂ© chancelante du prĂ©sident Abdelaziz Bouteflika, 80 ans, fait en outre rĂ©guliĂšrement l'objet de spĂ©culations.

Pour Nourredine Bekis, professeur en sociologie politique à l'université d'Alger, les Algériens, plus préoccupés par la santé du chef de l'Etat, sont "convaincus que des élections sans enjeu ne peuvent pas conduire à un changement" et que l'ordre politique établi ne sera pas bouleversé. D'autant que l'Assemblée nationale est souvent perçue comme une chambre d'enregistrement. Elle ne dispose que de pouvoirs limités, le président étant à l'origine de l'essentiel des projets de loi. "Le président concentre tous les pouvoirs. Les députés ne sont que des faire-valoir", estime M. Bekis. M. Bouteflika, qui en est à son quatriÚme mandat depuis 1999, a voté jeudi en fauteuil roulant dans un quartier des hauteurs d'Alger, lors d'une rare apparition publique.

- "Stabilité" -

Dans les bureaux de vote d'Alger, les électeurs se succédaient au compte-gouttes jeudi matin.
"Seules 13 personnes ont voté sur un total de 262 inscrits, deux heures aprÚs le début du scrutin", indiquait la présidente d'un bureau installé dans l'enceinte du collÚge Pasteur, dans le centre de la capitale.
"J'ai voté pour la stabilité du pays", déclarait à l'AFP Bachir Amroun, 78 ans.

La campagne Ă©lectorale a Ă©tĂ© peu suivie par les AlgĂ©riens, dont certains ont semblĂ© davantage se passionner pour la prĂ©sidentielle en France, sur l'autre rive de la MĂ©diterranĂ©e. En raison de ce dĂ©sintĂ©rĂȘt, l'abstention risque d'ĂȘtre importante, comme lors des prĂ©cĂ©dentes lĂ©gislatives. Le taux de participation n'avait atteint que 43,14% en 2012 et 35,65% en 2007, des chiffres dĂ©jĂ  gonflĂ©s, selon des observateurs.

Pour conjurer le spectre d'une faible mobilisation, le gouvernement a tenté de motiver les électeurs avec la campagne "Samaa sawtek" ("Fais entendre ta voix", en arabe). Dans un message lu en son nom samedi, le président Bouteflika a exhorté ses compatriotes à se rendre aux urnes afin de contribuer à la "stabilité du pays".

Et le Premier ministre Abdelmalek Sellal a multiplié les appels en faveur d'un "vote massif". M. Sellal a également demandé aux Algériens à "faire preuve de patience" face aux difficultés provoquées par la chute des prix des hydrocarbures, qui contribuent pour 60% au budget de l'Etat. "Il n'y a plus d'argent", a-t-il résumé, alors que son gouvernement a été contraint d'augmenter les taxes et de renoncer à de nombreux investissements publics.

- "Impartialité" -

Le scrutin ne devrait pas remettre en question la domination des deux partis de l?Alliance présidentielle au pouvoir: le FLN (Front de libération nationale) du président Bouteflika, et son allié, le Rassemblement national démocratique (RND) du directeur de cabinet de la présidence Ahmed Ouyahia.

Le FLN, qui domine le paysage politique algĂ©rien depuis l'indĂ©pendance en 1962, Ă©tait arrivĂ© en tĂȘte des lĂ©gislatives de 2012 avec 221 siĂšges, suivi du RND avec 70 siĂšges. AprĂšs avoir essuyĂ© un sĂ©rieux revers il y a cinq ans malgrĂ© la victoire de leurs "frĂšres" en Tunisie, au Maroc et en Egypte, les islamistes espĂšrent rebondir.

Ils présentent deux coalitions et un nouveau parti présidé par un ex-ministre islamiste, farouche partisan du président Bouteflika. Ces législatives sont en revanche boycottées par le nouveau parti de l'ancien chef du gouvernement Ali Benflis, rival malheureux de M. Bouteflika à la présidentielle de 2014.

Contrairement aux précédents scrutins, une Haute instante indépendante de surveillance des élections (Hiise) a été instituée par la Constitution, amendée en février 2016. Son président Abdelouahab Derbal a multiplié les assurances quant à l'"intégrité" de l'élection, alors que le président Bouteflika a appelé l'administration à l'"impartialité".

Depuis l'instauration du multipartisme en 1989 en Algérie, l'opposition dénonce réguliÚrement des fraudes en faveur des partis au pouvoir.
 

AFP

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