AprĂšs l'incident diplomatique

La présidence de la COP29 tente de calmer le jeu avec la France

  • PubliĂ© le 14 novembre 2024 Ă  16:37
  • ActualisĂ© le 14 novembre 2024 Ă  18:26
La présidence azerbaïdjanaise de la COP29 a cherché jeudi à calmer le jeu aprÚs un incident diplomatique entre son pays et la France et aprÚs le départ de la délégation argentine

La présidence azerbaïdjanaise de la COP29 a cherché jeudi à calmer le jeu aprÚs un incident diplomatique entre son pays et la France et aprÚs le départ de la délégation argentine de la conférence climatique de l'ONU.

"Nous avons ouvert notre porte pour que tout le monde puisse participer à des discussions constructives et fructueuses. Notre porte reste ouverte", a déclaré Ialtchine Rafiev, négociateur principal de l'Azerbaïdjan pour la COP29, interrogé lors d'une conférence de presse sur l'annulation de la venue la semaine prochaine de la ministre française chargée du climat.

"Le pays hÎte, l'Azerbaïdjan, a fait en sorte que le processus soit inclusif", a dit M. Rafiev, l'homme qui coordonne au quotidien les difficiles négociations de la conférence des Nations unies. Il a rappelé que quelque 80 dirigeants étaient venus à Bakou et que "des centaines de ministres" étaient attendus pour prendre le relais des négociateurs techniques dÚs lundi.

Dans un discours mercredi devant des reprĂ©sentants d’États insulaires, le prĂ©sident azerbaĂŻdjanais Ilham Aliev a dĂ©noncĂ© l'histoire coloniale de la France et des "crimes" du "rĂ©gime" du prĂ©sident français Emmanuel Macron dans ses territoires d'outre-mer, en particulier en Nouvelle-CalĂ©donie.

La ministre française de la Transition écologique AgnÚs Pannier-Runacher a annoncé quelques heures plus tard, depuis Paris, qu'elle ne se rendrait plus à la COP29 aprÚs ces attaques qualifiées d'"inacceptables".

PrÚs de 200 pays participent aux COP. Le rÎle de la présidence du pays hÎte est d'offrir le cadre permettant de produire le consensus par lequel s'y prennent les décisions.

Les mauvaises relations entre la France et l'Azerbaïdjan, liées au soutien de Paris à l'Arménie, ennemie historique de Bakou, se sont exacerbées depuis la reprise de contrÎle de l'enclave du Haut-Karabakh à l'issue d'une offensive éclair azerbaïdjanaise, en septembre 2023, au prix de l'exode de plus de 100.000 Arméniens.

Le président français n'est pas venu au sommet des dirigeants mardi et mercredi. Mais avant la COP29, la ministre avait dit refuser la politique de la chaise vide.

- L'Argentine partie -

L'Union européenne a témoigné de sa solidarité avec la France et les Pays-Bas, également visés par M. Aliev pour leur contrÎle de territoires ultramarins.

"Au-delĂ  de tout dĂ©saccord bilatĂ©ral, la COP doit ĂȘtre une enceinte oĂč toutes les parties se sentent libres de venir et de nĂ©gocier pour le climat", a rĂ©agi jeudi Jacob Werksman, le nĂ©gociateur en chef de la Commission europĂ©enne.

Cet incident alourdit une atmosphĂšre tendue pour cette confĂ©rence, organisĂ©e dans un pays autoritaire, boudĂ©e par de nombreux dirigeants du G20 et assombrie par la réélection de Donald Trump aux États-Unis.

L’Argentine de Javier Milei, alliĂ© dĂ©clarĂ© du prĂ©sident Ă©lu amĂ©ricain dont il partage le climatoscepticisme, a retirĂ© sa dĂ©lĂ©gation, pourtant dĂ©jĂ  rĂ©duite Ă  la portion congrue, avec une poignĂ©e d'experts venus prĂ©parer des rapports techniques.

"Il s'agit en fait d'une question bilatérale entre l'Argentine et l'ONU, et nous ne pouvons pas faire d'autres commentaires à ce sujet", a simplement répondu M. Rafiev jeudi.

- Les Français toujours là -

Les Français eux sont toujours à la COP, en nombre, avec une quarantaine d'experts interministériels, "autant que les années précédentes", assure-t-on au cabinet de la ministre Pannier-Runacher .

Le drapeau français trĂŽne normalement devant les bureaux de la dĂ©lĂ©gation française, dans les longs couloirs gris sous les tribunes du stade olympique de Bakou. MĂȘme si cette annĂ©e, la France avait choisi de ne pas organiser de pavillon dans le grand forum oĂč l'on trouve l'Australie, les États-Unis et des dizaines de pays.

Des observateurs arguent que l'absence de la ministre est d'ordre symbolique, l'UE ayant le mandat de nĂ©gociation pour les 27 États membres.

"L'Union europĂ©enne va continuer de porter les mĂȘmes positions avec ou sans la prĂ©sence de la France", confie Ă  l'AFP un observateur qui connaĂźt les rouages des COP.

Mais pour que la COP29 aboutisse à des résultats", il faut que "tous les acteurs clés soient présents dans la salle", nuance Ruth Townen, experte du groupe de réflexion Chatham House.

Lola Vallejo, experte française de l'Institut du dĂ©veloppement durable et des relations internationales (IDDRI) prĂ©sente Ă  Bakou, craint que l'absence de la France au niveau ministĂ©riel l'empĂȘche de peser sur le compromis final.

"Quand un ministre est là, sa voix est plus écoutée", dit-elle. "C'est la premiÚre fois que la France n'a ni un chef de gouvernement, ni de représentation ministérielle".

AFP

guest
0 Commentaires