Assassinat d'un jeune Ă  Mourmelon

La troublante machination d'un duo de mineurs

  • PubliĂ© le 7 juin 2018 Ă  00:49
  • ActualisĂ© le 7 juin 2018 Ă  08:56
Quatre jours aprĂšs la mort de Kevin, 17 ans, poignardĂ© Ă  mort dans un parc Ă  Mourmelon-le-Grand (Marne), l'enquĂȘte a dĂ©bouchĂ© le 6 juin 2018 sur la mise en examen pour assassinat de deux mineurs

"Tout Ă©tait faux": quatre jours aprĂšs la mort de Kevin, 17 ans, poignardĂ© Ă  mort dans un parc Ă  Mourmelon-le-Grand (Marne), l'enquĂȘte a dĂ©bouchĂ© mercredi sur la mise en examen pour assassinat de deux mineurs, soupçonnĂ©s d'avoir fomentĂ© un plan "machiavĂ©lique" aux mobiles encore flous.

"Je ne peux que m'interroger pour savoir si j'ai +de nouveaux amants diaboliques+ ou si j'ai une logique de bras armĂ© avec une tĂȘte criminelle", a dĂ©clarĂ© Matthieu Bourrette, procureur de Reims, lors d'une confĂ©rence de presse.

Les raisons qui ont conduit au meurtre de Kevin, Ă©lĂšve de Terminale, demeuraient nĂ©buleuses mercredi Ă  l'issue des gardes Ă  vue de deux mineurs, puis mis en examen pour "assassinat" et placĂ©s en dĂ©tention provisoire."Si la participation du jeune garçon semble relativement cernĂ©e, celle de la jeune fille et son rĂŽle mĂ©ritent d'ĂȘtre encore largement prĂ©cisĂ©s", a ajoutĂ© le procureur, soulignant que l'instruction devrait affiner leur rĂŽle et profil psychologique.

La jeune fille, O., Ă©lĂšve en 1Ăšre littĂ©raire, est passĂ©e du statut de seul tĂ©moin direct de l'homicide Ă  celui de mise en cause, fragilisĂ©e par ses propos contradictoires: aux enquĂȘteurs, elle avait relatĂ© qu'elle se trouvait dans le parc de cette commune situĂ©e entre Reims et ChĂąlons-en-Champagne accompagnĂ© de Kevin, son "presque petit ami", selon ses propos.

Vers 15H00, une altercation avait éclaté entre le jeune homme et un agresseur qu'elle disait "ne pas connaßtre" et qui avait donné à la victime "une vingtaine de coups de couteau dont deux coups mortels aux poumons avec une lame de 18 cm", a retracé le procureur.

A partir de ses indications, un appel à témoin doublé d'un portrait robot avait été diffusé dÚs le lendemain pour retrouver la trace "d'un homme de couleur de peau +type+ basanée". Ce descriptif avait déclenché un torrent de commentaires racistes sur internet. "Le principal suspect est issu de l'immigration. Je refuse de m'habituer à cette barbarie qui tue la jeunesse de France !" avait tweeté lundi Marine Le Pen. Son message a ensuite été supprimé.

- "brouiller les pistes" -

Le portrait robot imaginé à l'avance, le sac pour y ranger les habits souillés par le crime, tout comme "la dynamique organisationnelle quasiment machiavélique" du tandem meurtrier et leurs échanges récurrents de SMS: autant de preuves qui témoignent de l'étroite relation qui unissait en réalité O. et A. ainsi que leur volonté de "brouiller les pistes", selon le parquet.

En garde Ă  vue, "le jeune reconnaissait ĂȘtre l'auteur" des coups mortels et "avoir prĂ©parĂ© et organisĂ© le meurtre avec la complicitĂ© active de O. trois ou quatre jours avant", en simulant le vol de son sac, a dit M. Bourette.

MalgrĂ© la mobilisation d'une cinquantaine de militaires, ce n'est que lundi, Ă  la reprise des cours, qu'un camarade de l'agresseur a remarquĂ© les blessures de celui-ci, permettant aux gendarmes de rĂ©orienter l'enquĂȘte. D'aprĂšs ses premiĂšres dĂ©clarations, le meurtrier aurait voulu aider son amie Ă  se dĂ©barrasser de Kevin, avec qui elle continuait d'entretenir une relation ambiguĂ« mais dont elle se plaignait du "harcĂšlement".

A. a-t-il agi par amour pour O. ? "D'aprÚs son entourage, il aurait pu décrocher la lune et les étoiles pour elle" mais "l'ambivalence de cette relation est sans doute un des sujets essentiels du dossier", a concédé le procureur, soulignant qu'en garde à vue l'adolescente a nié toute implication.

A., passionnĂ© par les armes Ă  feu et les reconstitutions d'Ă©pisodes guerriers militaires, qui rĂȘvait de rejoindre les rangs de l'armĂ©e, s'Ă©tait fait offrir par sa famille "un couteau des annĂ©es 40, qui Ă©tait utilisĂ© par les militaires de l'armĂ©e amĂ©ricaine", a prĂ©cisĂ© le parquet. Un cadeau qui a servi d'arme du crime.

 AFP

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