Climat

L'accord de Paris sur les rails, sans ambitions nouvelles

  • PubliĂ© le 16 dĂ©cembre 2018 Ă  02:53
  • ActualisĂ© le 16 dĂ©cembre 2018 Ă  07:15
Le chef de la délégation iranienne Majid Shafiepour Motlagh (g), le négociateur en chef de la Chine sur le climat, Xie Zhenhua et le président de la COP24, Michal Kurtyka à la fin de la COP24 à Katowice, dans le sud de la Pologne, le 15 décembre 2018

La communauté internationale a doté samedi l'accord de Paris des outils qui lui donneront vie, mais sans s'engager à faire plus et plus vite contre le réchauffement climatique malgré l'urgence et les catastrophes qui se déchaßnent à travers le monde.

Il y a quelques semaines, les scientifiques du Giec tiraient la sonnette d'alarme: dans un monde à +2°C, objectif minimal du pacte climatique de 2015, les impacts seraient bien plus importants que dans un monde à +1,5°C, limite idéale de l'accord.

Mais pour rester sous +1,5°C, il faudrait rĂ©duire les Ă©missions de CO2 de prĂšs de 50% d'ici 2030 par rapport Ă  2010, alors que les engagements actuels des Etats annoncent un monde Ă  +3°C avec son lot de tempĂȘtes, sĂ©cheresses, inondations...
Face à ce coup de semonce, nombre de délégations, en particulier les vulnérables Etats insulaires, espéraient que pour cette 24e Conférence climat de l'ONU (COP24) les pays promettent de relever d'ici 2020 leurs engagements de réduction des gaz à effet de serre.

Mais dans un contexte géopolitique peu propice, les Etats se sont surtout appliqués à boucler les rÚgles qui permettront d'appliquer l'accord, à la grande satisfaction des délégations qui ont accueilli leur adoption par une standing-ovation.
Préparé pendant trois ans et finalisé ces 14 derniers jours --et quelques nuits-- de négociations tendues, ce "mode d'emploi" d'une centaine de pages fixe notamment les modalités de suivi des actions nationales. Une flexibilité a été accordée aux pays en développement.

Ce manuel d'utilisation "est suffisamment clair pour opérationnaliser l'Accord de Paris et c'est une bonne nouvelle", a commenté la ministre espagnole de l'Environnement Teresa Ribera.
"Dans les circonstances actuelles, continuer Ă  construire notre bĂątiment est dĂ©jĂ  une rĂ©ussite", a-t-elle ajoutĂ©, mĂȘme si elle aurait aimĂ© des "messages beaucoup plus forts" sur l'ambition.
Les Etats "ont fait des progrÚs, mais ce que nous avons vu en Pologne c'est un manque fondamental de compréhension de la crise actuelle", estime Manuel Pulgar-Vidal, du WWF, rappelant que le Giec donne seulement 12 ans pour agir.
"Ce manque de réponse au rapport du Giec, c'est choquant", ajoute Jennifer Morgan, de Greenpeace: "Vous ne pouvez pas vous réunir aprÚs ça, et dire que vous ne pouvez pas faire plus!"

La décision finale de la COP se limite de fait à "répéter la demande de mise à jour" des engagements d'ici 2020, déjà formulée dans l'accord de Paris. Elle "insiste sur l'urgence d'une ambition accrue", sans calendrier.

"Tragique"

Une passe d'arme sur la reconnaissance ou non des conclusions du Giec avait déjà donné le ton en milieu de COP, Etats-Unis, Arabie Saoudite et Russie refusant la mention "accueille favorablement" dans la décision finale.
Sortants de l'accord de Paris mais pour l'instant toujours dedans, les Etats-Unis ont vivement défendu leurs positions traditionnelles, soulignent les observateurs, qui voient leur empreinte notamment sur les rÚgles concernant les pays en développement.
"Le plus grand pollueur de l'histoire et le plus gros producteur actuel de pĂ©trole dit aux pays en dĂ©veloppement +vous avez les mĂȘmes responsabilitĂ©s que nous+, tout en bloquant les progrĂšs sur les nĂ©cessaires transferts de technologie et le soutien financier!", a dĂ©noncĂ© Meena Raman, de l'ONG Third World Network.

Face au "vide" laissé par le futur départ américain, "la Chine est passée à la vitesse supérieure", a déclaré à l'AFP la ministre canadienne de l'Environnement Catherine McKenna, estimant que les Chinois avaient fait preuve de "flexibilité".
Quant Ă  la Pologne, dont le prĂ©sident a dĂ©fendu bec et ongle son industrie du charbon pendant cette COP, elle n'a pas Ă©tĂ© Ă©pargnĂ©e. "Que ce soit la perversitĂ© de l'utilisation de cette rĂ©union comme une foire commerciale pro-charbon (...) ou le manque d'intĂ©rĂȘt pour des conclusions ambitieuses, on ne se souviendra pas d'eux avec tendresse", a rĂ©sumĂ© Mohamed Adow, de l'ONG Christian Aid.

Le financement des politiques climatiques est l'autre préoccupation des pays pauvres, notamment la maniÚre dont va s'organiser la montée des fonds promis par le Nord à partir de 2025.
Alors que les pays du Nord ont promis de passer leur aide climat à 100 milliards de dollars par an d'ici 2020, quelques pays comme l'Allemagne ont annoncé de nouvelles contributions, notamment au Fonds vert. Et la Banque mondiale a promis 200 milliards de dollars pour la période 2021-2025.
"Mais il est clair qu'il faudra aller au-delà et faire davantage d'annonces concrÚtes pour convaincre les pays en développement qu'ils seront soutenus dans leurs efforts pour la transition bas carbone", souligne David Levaï, de l'Institut des relations internationales (Iddri).

Plus inattendu, les rĂšgles des mĂ©canismes d'Ă©change de quotas d'Ă©missions carbone ont bloquĂ© pendant des heures samedi la conclusion des travaux, le BrĂ©sil menant la contestation. Le coeur de ce sujet trĂšs technique mais qui doit empĂȘcher que des rĂ©ductions d'Ă©missions soient comptĂ©es deux fois, a Ă©tĂ© retirĂ© du texte adoptĂ©.

De quoi indigner vivement un observateur vĂ©tĂ©ran des nĂ©gociations: "Cette confĂ©rence a Ă©tĂ© retardĂ©e par le BrĂ©sil alors qu'elle aurait dĂ» l'ĂȘtre par les petites Ăźles! C'est tragique".
Mais comme le soulignait, fataliste, le Premier ministre fidjien Frank Bainimarama, président de la COP23, son ßle de moins d'un million d'habitants ne peut "pas menacer ou forcer qui que ce soit à faire ce que l'on veut".

AFP

guest
0 Commentaires