Anniversaire de l'indépendance

L'Algérie enterre ses premiers "martyrs" anti-coloniaux

  • PubliĂ© le 5 juillet 2020 Ă  11:24
  • ActualisĂ© le 5 juillet 2020 Ă  11:41
Un Algérien rend hommage aux restes de 24 combattants tués au début de la colonisation française restitués par la France, le 4 juillet 2020

L'Algérie enterre dimanche, jour anniversaire de son indépendance, les restes de 24 insurgés anti-coloniaux remis par la France dans le carré des "martyrs" à Alger, alors que les deux pays semblent vouloir solder le passé douloureux de la colonisation.

Les 24 crùnes de ces combattants tués au début de la colonisation française au XIXe siÚcle seront inhumés lors d'obsÚques solennelles au cimetiÚre d'El Alia, le plus grand d'Algérie, en présence du président Abdelmadjid Tebboune.

SituĂ© dans la banlieue est d'Alger, il abrite le carrĂ© des "martyrs de la RĂ©volution algĂ©rienne", oĂč reposent l'Ă©mir Abdelkader, hĂ©ros de la premiĂšre rĂ©sistance anti-française, les grandes figures de la guerre d'indĂ©pendance (1954-1962) et les anciens chefs d'Etat.

Les 24 cercueils, recouverts du drapeau national, devraient quitter vers 10H00 (09H00 GMT) le Palais de la culture, oĂč ils sont exposĂ©s depuis leur arrivĂ©e sur le sol algĂ©rien vendredi, pour le cimetiĂšre.

Une foule nombreuse s'est déplacée tout au long de la journée de samedi, une longue file d'attente s'est constituée, en dépit de la chaleur, afin de rendre un dernier hommage à ces héros nationaux rapatriés aprÚs 170 ans. Certains hommes et femmes ont pleuré en se recueillant devant ces morts, selon des images diffusées par les télévisions. "Je suis venu en tant que combattant, en tant qu'invalide de la guerre de libération (1954-1962), en tant que citoyen aimant son pays", a déclaré à l'AFP Ali Zelmat dit "Mokhlas" (son nom de guerre), ùgé de 85 ans.

Ces restes mortuaires ont été conservés depuis le XIXe siÚcle dans les collections du Muséum national d?Histoire naturelle de Paris. Colonisée pendant 132 ans (1830-1962), l'Algérie avait demandé officiellement la remise des crùnes -- plusieurs dizaines -- et d'archives coloniales en janvier 2018.

Parmi les tĂȘtes des rebelles les plus illustres des dĂ©buts de la colonisation, figurent celles de cheikh Bouziane, le chef de l'insurrection des Zibans, dans l'est de l'AlgĂ©rie, en 1849, et de ses compagnons d'armes. CapturĂ©s par les Français, ils avaient Ă©tĂ© fusillĂ©s puis dĂ©capitĂ©s. Les crĂąnes Ă©taient considĂ©rĂ©s comme des "trophĂ©es de guerre" par les militaires français.

- "Un autre pas" -

Leur restitution par la France est un signe fort d'un dégel dans les relations entre l'Algérie et l'ancienne puissance coloniale, marquées depuis 1962 par des polémiques récurrentes et des crispations. "Ce geste s'inscrit dans une démarche d'amitié et de lucidité sur toutes les blessures de notre histoire", a commenté vendredi l'Elysée.

Lors d'une visite Ă  Alger en dĂ©cembre 2017, le prĂ©sident français Emmanuel Macron s'Ă©tait engagĂ© Ă  restituer les restes humains algĂ©riens entreposĂ©s au MusĂ©e de l'Homme, un des sites du MusĂ©um national d'histoire naturelle. La mĂȘme annĂ©e, mais avant son Ă©lection, il avait qualifiĂ© Ă  Alger la colonisation de l'AlgĂ©rie de "crime contre l'humanitĂ©".

La question mĂ©morielle reste au coeur des relations conflictuelles entre la France et l'AlgĂ©rie, oĂč la perception est que la France ne fait pas assez pour se repentir de son passĂ© colonial.

Interviewé samedi par la chaßne internationale France 24, le président Tebboune a estimé qu'il fallait "affronter le problÚme de la Mémoire qui hypothÚque beaucoup de choses dans les relations entre les deux pays". Quant à d'éventuelles excuses de Paris, M. Tebboune a répondu: "On a déjà reçu des demi-excuses. Il faut faire un autre pas (...) On le souhaite".

"Cela va permettre d'apaiser le climat et le rendre plus serein pour des relations économiques, pour des relations culturelles, pour des relations de voisinage", a-t-il expliqué.

Les députés algériens viennent d'adopter une loi "historique" instaurant une journée de la Mémoire, le 8 mai, en souvenir des massacres de 1945 commis par les forces françaises à Sétif et dans le Constantinois (est).

Alger veut aussi remettre sur la table le dossier des "disparus" pendant la guerre d'indépendance (1954-1962) --plus de 2.200 selon Alger -- et celui des essais nucléaires français dans le Sahara algérien qui "ont fait et continuent à faire des victimes".

AFP

guest
0 Commentaires