L'Allemagne et l'Europe célÚbrent samedi le 30e anniversaire de la chute du Mur de Berlin qui avait mis fin à la division du continent, dans une atmosphÚre toutefois de zizanie entre les Alliés de l'époque de la guerre froide.
Signe du manque d'enthousiasme pour ce Jubilé, aucun des grands dirigeants occidentaux ne fait le déplacement samedi à Berlin.
Le secrétaire d'Etat américain Mike Pompeo a quitté le pays vendredi soir aprÚs deux jours de visite et le président français Emmanuel Macron n'arrivera que dimanche soir pour un dßner avec la chanceliÚre Angela Merkel et le président allemand Frank-Walter Steinmeier.
Deux jours avant cet anniversaire, le chef de l'Etat français a jeté un pavé dans la mare en diagnostiquant que l'Otan était "en état de mort cérébrale".
M. Macron a notamment déploré l?absence de coordination entre les Etats-Unis et les partenaires de l'Otan et le cavalier seul de la Turquie, membre de l'Alliance, intervenue récemment dans le nord de la Syrie.
Abandonnant son habituel ton policé, Angela Merkel, depuis toujours trÚs atlantiste, a assuré ne pas partager la vision "radicale" et le "jugement intempestif" de M. Macron.
- Avertissement -
Aux mésententes entre les alliées de l'époque de la fin de la guerre froide, s'ajoutent un climat géopolitique international pesant.
A Berlin, Mike Pompeo a enjoint aux pays occidentaux de "défendre ce qui a été si durement gagné en 1989" et à "prendre conscience que nous sommes dans une compétition de valeurs avec les nations non-libres", montrant du doigt tout particuliÚrement la Chine et la Russie.
Venue aussi dans la capitale allemande vendredi, la prĂ©sidente dĂ©signĂ©e de la Commission europĂ©enne, Ursula von der Leyen, lui a emboĂźtĂ© le pas. Elle a appelĂ© Ă la vigilance face Ă PĂ©kin et Moscou et a reconnu une certaine naĂŻvetĂ© en 1989 quand le monde a voulu croire que "la victoire des dĂ©mocraties libĂ©rales ne pourrait ĂȘtre stoppĂ©e".
Malgré ce contexte sombre, les Berlinois célÚbrent la chute du Mur qui a divisé leur ville durant plus de 28 ans jusqu'au soir du 9 novembre 1989.
Temps fort, Angela Merkel doit tenir un discours dans la matinĂ©e Ă l'intĂ©rieur d'une chapelle Ă©rigĂ©e dans une rue chargĂ©e d'histoire, la Bernauerstrasse, qui fut le théùtre de drames lors de la construction du Mur le 13 aoĂ»t 1961. Des habitants s'Ă©taient jetĂ©s des fenĂȘtres au pĂ©ril de leur vie pour passer Ă l'Ouest.
- Mémoire -
La chanceliÚre, originaire d'Allemagne de l'Est, sera accompagnée des présidents de Slovaquie, de Pologne, de République tchÚque et de Hongrie, des pays qui il y a 30 ans ont largement préparé le terrain à la chute du Mur.
Le soir, ce sera au tour du président de la République, Frank-Walter Steinmeier, de s'adresser à la foule à la porte de Brandebourg.
Sur le plan intĂ©rieur aussi, l'Allemagne est loin d'afficher le mĂȘme optimisme qu'il y a 30 ans. Angela Merkel a d'ailleurs reconnu que "cela prendrait un demi-siĂšcle ou plus" pour achever la rĂ©unification allemande.
La fracture politique et Ă©conomique entre l'Est et l'Ouest plus riche du pays reste d'une brĂ»lante actualitĂ©, en particulier avec le succĂšs de l'extrĂȘme droite de l'Alternative pour l'Allemagne (AfD) dans l'ex-RDA.
"Les tendances nationalistes et protectionnistes gagnent du terrain dans le monde", a jugé vendredi Mme Merkel.
Le message anti-Ă©lites et anti-systĂšme de l'extrĂȘme droite fait mouche Ă l'Est oĂč nombre de "Ossis" (le surnom des anciens Allemands de l'Est) estiment ĂȘtre traitĂ©s comme des citoyens de seconde zone.
La chute du Mur de Berlin, le soir du 9 novembre 1989, s'était déroulée pacifiquement et les images des Allemands tombant dans les bras les uns des autres avaient fait le tour du monde.
"Un moment de bonheur!", a d'ailleurs assuré Mme Merkel.
"C'est un événement qu'on n'oublie jamais. C'était la folie! Le Mur était une forteresse imprenable et tout à coup il s'est effondré ", se souvient pour l'AFP Thomas Wendt, 67 ans, qui passa ce soir-là à Berlin-Ouest.
 AFP



