L'alliance de combattants kurdes et arabes qui lutte contre le groupe Ătat islamique (EI) en Syrie s'est emparĂ©e mercredi de la ville de Tabqa et son barrage, Ă©tape clĂ© dans la bataille pour le fief jihadiste de Raqa, en attendant les livraisons d'armes amĂ©ricaines.
La prise de Tabqa représente une étape majeure dans l'offensive lancée en novembre par les combattants kurdes et arabes des Forces démocratiques syriennes (FDS) en vue d'isoler Raqa, "capitale" de facto de l'EI située à 55 km plus à l'est, avec le soutien aérien et logistique de Washington.
Pour accĂ©lĂ©rer la dĂ©faite des jihadistes, la Maison Blanche vient d'autoriser le Pentagone Ă livrer des armes aux YPG, composante kurde des FDS considĂ©rĂ©e par les Ătats-Unis comme la meilleure force pour affronter l'EI dans le nord de la Syrie. L'envoi d'armes amĂ©ricaines aux milices kurdes a irritĂ© la Turquie qui qualifie ces forces de "terroristes", le prĂ©sident Recep Tayyip Erdogan exhortant les Ătats-Unis Ă revenir "sans dĂ©lai" sur leur dĂ©cision.
"Les FDS se sont emparées de Tabqa et du barrage adjacent" sur l'Euphrate, a affirmé à l'AFP Rami Abdel Rahmane, directeur de l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH). Il a précisé que les FDS ratissaient la ville, située sur l'Euphrate et sur une route stratégique conduisant à Raqa. Le porte-parole des FDS, Talal Sello, a confirmé à l'AFP que ses forces "avaient obtenu une grande victoire et libéré complÚtement la ville et le barrage".
Les FDS étaient entrés dans Tabqa le 24 avril, mais l'EI avait opposé une grande résistance en utilisant notamment des tireurs embusqués, des voitures piégées et des drones armés.
- Livraison "trĂšs rapide" -
Une source sur place a indiquĂ© Ă l'AFP que des techniciens devaient se rendre jeudi sur les lieux pour vĂ©rifier l'Ă©tat du barrage, le plus grand de Syrie. Au mĂȘme moment, les Ătats-Unis ont annoncĂ© qu'ils allaient commencer bientĂŽt les livraisons d'armes aux milices kurdes.
Une partie du matĂ©riel est dĂ©jĂ sur place et pourra ĂȘtre distribuĂ© "trĂšs rapidement", a indiquĂ© Ă la presse le colonel John Dorrian, un porte-parole amĂ©ricain de la coalition internationale contre l'EI. La dĂ©cision amĂ©ricaine a provoquĂ© la colĂšre de la Turquie, qui considĂšre ces milices comme l'extension en Syrie du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), une organisation sĂ©paratiste qui livre une sanglante lutte armĂ©e contre Ankara depuis 1984 et est classĂ©e "terroriste" par la Turquie et ses alliĂ©s occidentaux.
La décision de la Maison Blanche d'autoriser le Pentagone à armer les Unités de protection du peuple kurde (YPG), a été annoncée mardi, à une semaine d'un déplacement du président Erdogan à Washington.
"Mon vĆu le plus cher est que (les Ătats-Unis) reviennent sur cette erreur sans dĂ©lai", a dĂ©clarĂ© le prĂ©sident Erdogan Ă Ankara, ajoutant qu'il ferait part "en dĂ©tail" de ses "inquiĂ©tudes" au prĂ©sident amĂ©ricain Donald Trump lors de sa visite le 16 mai Ă Washington.
"Nous voulons croire que nos alliés choisiront de se tenir à nos cÎtés, et non aux cÎtés des organisations terroristes", a déclaré M. Erdogan mercredi, ajoutant que "combattre un groupe terroriste à l'aide d'un autre groupe terroriste est une erreur".
- "Hùter la défaite" de l'EI -
MalgrĂ© l'ire turque, le chef du Pentagone Jim Mattis s'est dit confiant dans la capacitĂ© de Washington Ă "dissiper toutes les inquiĂ©tudes" de la Turquie. "Nous allons travailler trĂšs Ă©troitement (...) pour soutenir sa sĂ©curitĂ© sur la frontiĂšre" avec la Syrie, a-t-il dit. C'est la premiĂšre fois qu'une administration amĂ©ricaine fournit officiellement des armes aux YPG. Les AmĂ©ricains avaient jusque-lĂ toujours affirmĂ© qu'ils ne livraient des armes qu'aux alliĂ©s arabes des YPG, et pas aux milices kurdes elles-mĂȘmes.
Le soutien américain aux YPG reposait essentiellement sur des frappes aériennes, et sur le conseil et l'assistance à ces milices.
Les FDS ont saluĂ© mercredi une dĂ©cision "importante" de la Maison Blanche qui va selon eux "accĂ©lĂ©rer la dĂ©faite du terrorisme". Les YPG ont pour leur part saluĂ© une "dĂ©cision historique" qui donnera "un Ă©lan important" Ă toutes les forces combattant l'EI. Ce dossier empoisonne depuis plusieurs mois les relations entre les Ătats-Unis et la Turquie, deux membres importants de l'Otan et de la coalition internationale qui combat les jihadistes, et illustre la complexitĂ© du conflit syrien, notamment dans le nord du pays.
L'élection de M. Trump avait suscité en Turquie l'espoir d'un changement de position vis-à -vis des milices kurdes, que l'administration Obama avait déjà décidé de soutenir pour contrer l'expansion jihadiste.
AFP



