Syrie

L'alliance Moscou-Ankara résiste au test d'Idleb, pour le moment

  • PubliĂ© le 28 aoĂ»t 2018 Ă  10:22
  • ActualisĂ© le 28 aoĂ»t 2018 Ă  11:05
Des soldats russes et syriens au point de passage d'Abu ad Duhur, dans la province d'Idleb en Syrie, le 20 août 2018

La Turquie et la Russie mÚnent d'intenses négociations pour éviter que la province syrienne d'Idleb ne sonne le glas de leur coopération en Syrie, mais les analystes estiment que le sort à long terme de la région peut encore provoquer une rupture.

Malgré leur soutien de parties adverses dans le conflit, les présidents russe Vladimir Poutine et turc Recep Tayyip Erdogan travaillent ensemble depuis fin 2016 pour aboutir à une solution en Syrie. Cette alliance est désormais confrontée à un test difficile: le sort de la province d'Idleb, frontaliÚre de la Turquie, dernier fief insurgé du pays, et que le président syrien Bachar al-Assad, soutenu par Moscou, souhaite reprendre.

Au cours des derniÚres années, la population d'Idleb a significativement augmenté, le régime y envoyant rebelles et civils aprÚs leur évacuation des bastions repris au terme de siÚges et d'assauts meurtriers. Une offensive de Damas y semble désormais imminente et pose la question du mélange explosif dans la province entre populations déplacées, rebelles modérés et islamistes radicaux. Idleb est actuellement dominée à 60% par Hayat Tahrir al-Cham (HTS, formé de membres de l'ex-branche d'Al-Qaïda).

- L'"espoir" d'un accord -

AprĂšs une grave crise diplomatique fin 2015, Moscou et Ankara ont nettement renforcĂ© leur coopĂ©ration, Ă  la fois en Syrie, oĂč la Turquie soutient les rebelles, et dans les secteurs de l'Ă©nergie, du commerce et de la dĂ©fense. Cette alliance revĂȘt une importance capitale pour la Turquie, au moment oĂč elle traverse de fortes tensions avec les Etats-Unis.

"Un espoir subsiste Ă  Moscou de trouver un accord avec Ankara qui pourrait permettre au rĂ©gime syrien de prendre le contrĂŽle d'Idleb sans nouvelle rupture avec la Turquie", affirme Ă  l'AFP Kerim Has, spĂ©cialiste des relations entre les deux pays, basĂ© Ă  Moscou. Selon lui, Moscou surveille les tensions entre Ankara et Washington et pourrait lancer une opĂ©ration Ă  Idleb au "moment oĂč les autoritĂ©s turques auront le plus besoin du soutien du Kremlin".

En visite Ă  Moscou vendredi, le ministre turc des Affaires Ă©trangĂšres, MevlĂŒt Cavusoglu, a mis en garde contre une possible "catastrophe" en cas de "solution militaire" Ă  Idleb, qui compte selon lui 3,5 millions d'habitants. Ankara craint notamment un nouvel afflux de rĂ©fugiĂ©s alors qu'elle accueille dĂ©jĂ  plus de 3 millions de Syriens.

Mais M. Cavusoglu a aussi soulignĂ© l'importance que les "groupes radicaux, les terroristes, soient mis hors d'Ă©tat de nuire". Les analystes ont compris cela comme un potentiel soutien turc Ă  une intervention limitĂ©e. Signe de l'importance de cette visite, M. Cavusoglu a Ă©galement Ă©tĂ© reçu par M. Poutine lui-mĂȘme. Celui-ci a louĂ© la coopĂ©ration "de plus en plus profonde" entre Ankara et Moscou en Syrie. Le ministre turc lui a assurĂ© que "son cher ami M. Erdogan" l'attendait pour un dĂźner Ă  Istanbul.

- "Offensive limitée" -

"La Russie et la Turquie tentent de trouver un accord avec des termes acceptables pour les deux parties", explique à l'AFP Timur Akhmetov, expert du Conseil russe des affaires étrangÚres, basé à Ankara. Lui prédit une "offensive limitée" de la Russie et du régime syrien contre les groupes liés au Front al-Nosra, surtout ceux qui ont irrité Moscou en lançant des attaques contre la base aérienne russe de Hmeimim, coeur de ses opérations en Syrie.

"La Russie tente de convaincre la Turquie de faire contribuer l'opposition à l'offensive et que ces groupes soient en échange épargnés par les attaques aériennes", ajoute M. Akhmetov. Or, comme cela a souvent été le cas pour Idleb, une offensive limitée ne ferait que repousser temporairement la vraie question: qui contrÎlera la province sur le long-terme, voire aprÚs la fin du conflit ?

MĂȘme si la Russie peut s'accorder sur un compromis, il n'est pas garanti que Damas et son autre principal alliĂ© TĂ©hĂ©ran, ne suivent la ligne dictĂ©e par Moscou. "Russes et Turcs vont ĂȘtre sous forte pression pour trouver un accord durable (...), acceptable pour le rĂ©gime", estime Elizabeth Teoman, analyste Ă  l'Institute for study of war (ISW).

Pour Mme Teoman, M. Erdogan pourrait envisager une potentielle offensive limitée. Mais elle met en garde: si elle ne voit pas de "point de rupture imminent" entre Ankara et Moscou, "les aspirations de la Turquie sont en contradiction directe avec les objectifs de M. Assad d'écraser les vestiges de la rébellion syrienne".

AFP

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