Les membres de l'ONU procĂšdent lundi Ă GenĂšve Ă l'examen de la situation des droits de l'Homme en Arabie saoudite, en pleine tempĂȘte autour du meurtre du journaliste saoudien Jamal Khashoggi.
Cet Examen périodique universel (EPU), procédure à laquelle doivent se soumettre les membres des Nations unies environ tous les 4 ans, se déroule alors que le meurtre de Jamal Khashoggi, tué dans le consulat de son pays à Istanbul le 2 octobre, a suscité un vif tollé dans le monde.
L'Arabie saoudite, royaume à majorité sunnite, fait aussi face au mécontentement croissant du gouvernement américain, Washington exigeant désormais la fin des frappes aériennes de la coalition menée par Ryad au Yémen.
Le Royaume-Uni a de son cÎté appelé ses partenaires au sein du Conseil de sécurité de l'ONU à agir pour promouvoir une solution politique à la guerre au Yémen. "Pendant trop longtemps, les deux parties au conflit au Yémen ont cru qu'une solution militaire était possible, avec des conséquences catastrophiques pour la population", a déclaré le ministre britannique des Affaires étrangÚres, Jeremy Hunt, cité dans le communiqué publié dans la nuit de dimanche à lundi.
La guerre au Yémen oppose les forces pro-gouvernementales, soutenues par Ryad, aux rebelles Houthis soutenus par l'Iran et qui se sont emparés en 2014 et 2015 de vastes régions du pays. Depuis, l'Arabie saoudite a été accusée à plusieurs reprises de bavures ayant coûté la vie à des centaines de civils et le Yémen est en proie à la pire situation humanitaire au monde.
En plus de trois ans, le conflit a fait prĂšs de 10.000 morts, selon l'ONU.
"Les Etats membres de l'ONU doivent mettre un terme Ă leur silence assourdissant face Ă l'Arabie saoudite et faire leur devoir, qui est de surveiller attentivement la cruautĂ© dans le royaume, pour empĂȘcher d'autres violations scandaleuses des droits de l'Homme dans le pays et au YĂ©men", a dĂ©clarĂ© dans un communiquĂ© la directrice des campagnes d'Amnesty International au Moyen-Orient, Samah Hadid.
"L'Ă©pouvantable mort de Jamal Khashoggi a montrĂ© jusqu'oĂč peuvent aller les autoritĂ©s saoudiennes dans leur rĂ©pression de toute opposition pacifique, une rĂ©pression qui n'a fait que s'intensifier depuis que Mohammed ben Salmane est devenu prince hĂ©ritier", a-t-elle ajoutĂ©, dans un communiquĂ©.
A GenÚve, la délégation saoudienne est menée par Bandar Al Aiban, président de la Commission des droits de l'Homme, chargé d'exposer les efforts déployés par son pays pour s'acquitter de ses obligations et engagements en matiÚre de droits de l'Homme.
Exécutions en hausse
Un dialogue d'environ trois heures est ensuite prévu entre l'Arabie saoudite et les membres, qui pourront émettre des critiques et faire des recommandations.
MĂȘme les pays qui ne sont pas membres du Conseil de sĂ©curitĂ© peuvent intervenir. Certains ont dĂ©jĂ publiĂ© une liste non exhaustive des questions qu'ils souhaitaient poser Ă la dĂ©lĂ©gation saoudienne.
Le Royaume-Uni, l'Autriche et la Suisse ont ainsi déjà fait savoir qu'ils entendaient parler de l'affaire Khashoggi.
La SuÚde, quant à elle, entend demander "quelles mesures seront prises pour améliorer le respect de la liberté d'expression et la sécurité des journalistes" en Arabie saoudite.
Les Etats-Unis souhaitent pour leur part savoir notamment si Ryad entend modifier sa loi sur le terrorisme pour qu'elle n'inclut pas des actes liés à la liberté d'expression, d'association ou de réunion pacifique.
Dans un rapport publié fin août en vue de cette réunion sur l'Arabie saoudite, le Haut-Commissariat de l'ONU aux droits de l'Homme a énuméré une série de motifs d'inquiétude, comme les lois discriminatoires à l'encontre des femmes, la violence sexiste ou encore les pratiques discriminatoires des enfants et des femmes appartenant à la communauté chiite.
L'ONU a aussi dĂ©plorĂ© le maintien de la peine de mort et le nombre croissant d'exĂ©cutions dans le pays. Le rapport se dit aussi prĂ©occupĂ© par la loi de 2014 sur la lutte contre le terrorisme qui donne une dĂ©finition "extrĂȘmement large" du terrorisme et permet de "criminaliser l'expression pacifique de certains actes".
AFP
