Neuf mois aprÚs le vote pour le Brexit, le Royaume-Uni lance mercredi le processus historique de sortie de l'Union européenne, qu'il avait rejointe avec réserve il y a 44 ans, et ouvre deux ans de difficiles négociations pour couper les amarres au printemps 2019.
L'annonce de cette rupture inĂ©dite dans l'histoire du projet europĂ©en, rude coup au moment mĂȘme oĂč il fĂȘtait son 60e anniversaire ce week-end Ă Rome, sera faite par la PremiĂšre ministre Theresa May devant les dĂ©putĂ©s du parlement de Westminster ce mercredi.
"Quand je vais m'asseoir à la table des négociations pendant ces prochains mois, je vais représenter toutes les personnes du Royaume-Uni - les jeunes et les vieux, les riches et les pauvres, (...) et oui les citoyens européens qui ont fait de ce pays leur maison", doit-elle dire devant le parlement alors que le pays reste trÚs divisé entre partenaires et opposants au Brexit, voté par 52% de la population le 23 juin 2016.
"Nous voulons tous vivre dans une Grande-Bretagne vraiment mondiale qui sort et construit des relations avec ses vieux amis et ses nouveaux alliĂ©s Ă travers le monde", doit-elle ajoutĂ©, toujours selon des extraits rendus publics mardi soir par ses services. La lettre de divorce, signĂ©e mardi soir par Mme May, sera transmise au mĂȘme moment au prĂ©sident du Conseil europĂ©en Donald Tusk par l'ambassadeur britannique Ă Bruxelles Tim Barrow.
Downing Street a rendu public Ă 21H00 GMT la photo immortalisant le moment oĂč Theresa May a signĂ© la lettre officielle qui va bouleverser le destin du Royaume-Uni. Elle est assise Ă une table et il y a derriĂšre elle une cheminĂ©e au-dessus de laquelle se trouve un tableau reprĂ©sentant Robert Walpole, Premier ministre de 1721 Ă 1742.
De source diplomatique européenne, c'est lorsque M. Tusk aura physiquement la lettre en main que l'article 50 du Traité de Lisbonne sera considéré comme activé, faisant du Royaume-Uni le premier pays de l'UE à faire usage de cette "clause de retrait". Son contenu est resté secret, Londres se montrant soucieux de préserver jusqu'à la derniÚre minute ses arguments de négociations alors que les discussions avec l'UE à 27 qui doivent durer deux ans.
Un calendrier qui apparaßt bien ambitieux aux yeux des analystes pour défaire des liens tissés pendant quatre décennies et au regard de la complexité des dossiers qui seront abordés que ce soit commerciaux, judiciaires ou humains.
- 'Déjà des blocages' -
"La vérité c'est que le chantier est si vaste que deux ans seront bien insuffisants", estime Catherine Barnard, professeur de droit européen à l'université de Cambridge, soulignant "qu'à chaque pierre soulevée, d'autres apparaissent". Camino Mortera-Martinez, chercheuse au centre de réflexion londonien Centre for European Reform, juge également "trÚs improbable" que les discussions soient bouclées en deux ans.
D'autant qu'avant mĂȘme leur dĂ©marrage "il y a dĂ©jĂ des blocages", constate Patricia Hogwood, professeur de politique europĂ©enne Ă l'universitĂ© de Westminster, citant l'addition Ă payer pour la sortie ou l'accĂšs au marchĂ© europĂ©en. Mme May refuse de garantir les droits des quelques trois millions de citoyens europĂ©ens qui vivent au Royaume-Uni alors que son principal objectif est de rĂ©duire l'immigration en provenance de l'UE.
Son ministre du Brexit David Davis a lui laissé entendre que Londres ne paierait pas la facture que lui présentera l'UE, en tout cas pas dans sa totalité, au titre notamment des programmes pour lesquels le pays s'est déjà engagé. Selon un haut responsable européen, la Commission européenne a évalué la note à entre 55 et 60 milliards d'euros.
Face à ces différends et à la volonté de Bruxelles de signifier que le Royaume-Uni ne peut pas avoir de meilleur accord "en dehors qu'en dedans" de l'UE, pour éviter de donner des idées de sécession à d'autres pays, la crainte est qu'il n'y ait pas d'accord du tout. Mme May assure ne pas redouter cette éventualité, estimant que "pas d'accord vaut mieux qu'un mauvais accord". Mais pour les milieux économiques, ce serait le scénario du pire alors que le Royaume-Uni réalise la moitié de ses échanges avec l'UE.
- Mettre 'fin Ă cette folie' -
Pour le moment, l'économie britannique se porte bien: la croissance du produit intérieur brut est restée solide à 1,8% en 2016 et pourrait atteindre 2% en 2017. Mais avec le déclenchement officiel du Brexit, les investissements pourraient se détourner du pays, tandis que l'inflation due à la chute de la livre commence déjà à se faire sentir dans le porte-monnaie des ménages.
Les divisions liĂ©es au vote sont aussi loin de s'ĂȘtre estompĂ©es et mettent en pĂ©ril jusqu'Ă l'intĂ©gritĂ© du Royaume-Uni. Samedi des dizaines de milliers de personnes ont manifestĂ© Ă Londres pour rĂ©clamer que le gouvernement mette "fin Ă cette folie" du Brexit. En Ăcosse, les dĂ©putĂ©s ont eux donnĂ© leur feu vert mardi Ă un nouveau rĂ©fĂ©rendum d'indĂ©pendance aprĂšs celui de septembre 2014. "Les circonstances ont changĂ© avec le Brexit", a dĂ©clarĂ© la PremiĂšre ministre Ă©cossaise Nicola Sturgeon, rappelant que les Ecossais ont votĂ© Ă 62% pour rester dans l'UE. Si Theresa May rĂ©pĂšte que ce n'est "pas le bon moment", elle pourra difficilement ignorer cette demande, qui menace le Royaume d'Ă©clatement.
AFP

