Camouflet pour Gérald Darmanin

Le Conseil d'Etat annule la dissolution du collectif les SoulĂšvements de la Terre

  • PubliĂ© le 10 novembre 2023 Ă  07:17
  • ActualisĂ© le 10 novembre 2023 Ă  12:42
Manifestation devant le Conseil d'Etat le 27 octobre 2023 en soutien au collectif les SoulĂšvements de la Terre ( AFP / Stefano RELLANDINI )

Le Conseil d'Etat a infligé jeudi un camouflet au ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin en annulant sa décision, annoncée en juin, de dissoudre le collectif écologiste les SoulÚvements de la Terre.

"Aucune provocation Ă  la violence contre les personnes ne peut ĂȘtre imputĂ©e aux SoulĂšvements de la Terre", a tranchĂ© la plus haute juridiction administrative française, confirmant ainsi une premiĂšre dĂ©cision rendue en aoĂ»t en rĂ©fĂ©rĂ©.

Or une dissolution porte une "atteinte grave Ă  la libertĂ© d'association" et ne peut donc ĂȘtre mise en oeuvre que "pour Ă©viter des troubles graves Ă  l'ordre public", a-t-elle rappelĂ©.

Certes, a reconnu le Conseil d'Etat, le collectif s'est bien livrĂ© "Ă  des provocations et Ă  des agissements violents Ă  l'encontre des biens" notamment Ă  l'occasion de la manifestation en mars contre la construction de retenues d'eau Ă  Sainte-Soline (Deux-SĂšvres), mais la dissolution demandĂ©e par le gouvernement "ne constituait pas une mesure adaptĂ©e, nĂ©cessaire et proportionnĂ©e Ă  la gravitĂ© des troubles susceptibles d'ĂȘtre portĂ©s Ă  l'ordre public".

Cette décision constitue un "sérieux revers pour le ministÚre de l'Intérieur", se sont félicités les "SoulÚvements" dans un communiqué publié sur X (ex-Twitter).

Le Conseil d'État "confirme, Ă  notre sens, l'idĂ©e que face au ravage des acteurs privĂ©s, de l'agriculture intensive, de l'accaparement de l'eau, nos modes d'actions puissent et doivent ĂȘtre considĂ©rĂ©s comme lĂ©gitimes", a encore commentĂ© l'organisation, saluant une dĂ©cision "porteuse d'espoirs pour la suite du nĂ©cessaire combat que nous devons mener face aux destructions en cours".

"Si on avait été dissout, ça aurait créé un précédent qui aurait permis de criminaliser, voire de dissoudre tout mouvement qui pratique la désobéissance civile", a commenté l'une des porte-parole du mouvement, Léna Lazare, lors d'un conférence de presse organisée devant le Conseil d'Etat.

- Trois dissolutions confirmées -

"Nous nous félicitons que le Conseil d'Etat ait rappelé le ministÚre de l'Intérieur à la mesure, pour autant nous craignons qu'il y ait toujours cette volonté du gouvernement de museler les associations", a commenté pour sa part Nathalie Tehio, de la Ligue des droits de l'homme.

Maigre consolation pour le ministÚre de l'Intérieur, le Conseil d'Etat a estimé "justifiées" les dissolutions de trois autres associations.

Le GALE (Groupe antifasciste Lyon et environs), dissous le 30 mars 2022, avait publiĂ© des "images de violences Ă  l'encontre de policiers", des textes "haineux et injurieux" et des "messages approuvant et justifiant des violences graves envers des militants d'extrĂȘme droite, entraĂźnant des appels Ă  la violence que le groupe n'a pas tentĂ© de modĂ©rer", a relevĂ© la haute juridiction.

DĂ©nonçant une "lecture politique" visant selon lui Ă  "surprotĂ©ger la police", l'avocat du groupe, Olivier Forray, s'est dit inquiet pour "les libertĂ©s fondamentales" et "le droit Ă  critiquer l'extrĂȘme droite".

L'Alvarium, un groupuscule d'ultradroite basé à Angers, dissous le 17 novembre 2021, "a publié des messages justifiant la discrimination et la haine envers les personnes étrangÚres ou les Français issus de l'immigration par leur assimilation à des délinquants ou des criminels, à des islamistes ou des terroristes", pointe également le Conseil d'Etat.

Enfin, la Coordination contre le racisme et l'islamophobie (CRI), dissoute le 20 octobre 2021, a publié des propos tendant "à imposer l'idée que les pouvoirs publics, ou encore de nombreux partis politiques et médias, seraient systématiquement hostiles aux musulmans et instrumentaliseraient l'antisémitisme pour leur nuire".

Le gouvernement avait annoncé la dissolution des SoulÚvements de la Terre par un décret du 21 juin. Cette dissolution avait été suspendue par un référé en août mais quand l'affaire avait été examinée sur le fond par le Conseil d'Etat en octobre, le rapporteur public s'était prononcé en faveur de la dissolution. La décision de jeudi, contre l'avis de son rapporteur, constitue donc une surprise.

Le ministre de l'Intérieur reprochait au collectif d'"appeler" et de "participer" à des violences. Il avait personnellement engagé la procédure de dissolution le 28 mars, quelques jours aprÚs les violents affrontements entre gendarmes et opposants aux retenues d'eau de Sainte-Soline, dont l'exécutif avait imputé la responsabilité au mouvement.

AFP

guest
1 Commentaires
Missouk
Missouk
2 ans

J'aurais bien aimé voir Darmanin pleurer, je pense que ça en aurait consolé plus d'un !