Le deuil dans la peau

En Californie, on se tatoue avec les cendres de ses proches

  • PubliĂ© le 1 novembre 2023 Ă  02:57
  • ActualisĂ© le 1 novembre 2023 Ă  06:14
Scout Frank se fait tatouer une colombe par Kat Dukes avec de l'encre mélangée aux cendres funéraires de sa mÚre, le 6 octobre 2023 à Oceanside, en Californie ( AFP / Patrick T. Fallon )

AprÚs avoir perdu sa mÚre, Scout Frank voulait absolument conserver son souvenir prÚs d'elle. Alors pour faire son deuil, elle a décidé de la garder sous la peau, en incorporant ses cendres dans l'encre de son nouveau tatouage.

La trentenaire est submergée par l'émotion lorsqu'elle amÚne la petite boßte en bois contenant les restes incinérés de sa maman au studio qui propose cette technique particuliÚre, à Oceanside en Californie.

"Elle faisait déjà partie de moi, mais maintenant elle va vraiment faire partie de moi pour toujours et va pouvoir m'accompagner dans mes aventures", s'attendrit-elle.

ArmĂ©e de gants et d'une petite pelle, la tatoueuse Kat Dukes prĂ©lĂšve une petite partie des cendres grisĂątres. Dans la piĂšce aux murs blancs immaculĂ©s, elle les remet cĂ©rĂ©monieusement Ă  sa cliente, pour qu'elle puisse les ajouter elle-mĂȘme Ă  l'encre.

"Allez, maman !", lùche Mme Frank en effectuant l'opération. Elle sourit malgré les larmes.

"C'est une autre façon de la respecter, plutÎt que de l'avoir à la maison" dans une urne, estime-t-elle.

RĂ©putĂ©e pour ses tatouages rĂ©alisĂ©s point par point Ă  la main, plutĂŽt qu'Ă  l'aide d'une machine, Kat Dukes est devenue une spĂ©cialiste de ce genre de tatouages funĂ©raires incorporant les cendres d'un ĂȘtre cher.

L'artiste, qui dirige le studio Steel Honey, a commencé à explorer cette technique il y a trois ans et demi, lorsqu'un de ses clients a voulu rendre un hommage particuliÚrement intime à son chien décédé.

Le procédé, qu'elle ne connaissait pas, s'est avéré "trÚs simple" selon elle. "Il suffisait d'ajouter les cendres" à l'encre.

"Cela a rendu le tatouage" en hommage à l'animal "encore plus spécial", juge l'artiste de 32 ans. "J'ai trouvé ça tellement cool, alors j'ai continué à en faire."

- HygiÚne éprouvée -

Ces Ɠuvres, qu'elle conçoit comme des "piĂšces commĂ©moratives", ne laissent pas indiffĂ©rents. Les vidĂ©os de leur rĂ©alisation ont rencontrĂ© un franc succĂšs sur les rĂ©seaux sociaux, mais ont aussi engendrĂ© un dĂ©luge de critiques.

"Beaucoup de gens pensent que ce n'est pas hygiĂ©nique", explique la tatoueuse, qui s'est elle-mĂȘme encrĂ©e les cendres de son pĂšre sous la peau.

"Ici, aux États-Unis, c'est plutît mal vu parce que les gens n'en entendent pas souvent parler", juge-t-elle. "Les gens ont tendance à rejeter ce qui leur est inconnu".

Utiliser des cendres de crĂ©mation, gĂ©nĂ©ralement stĂ©rilisĂ©es par la chaleur extrĂȘme de l'incinĂ©ration, ne comporte aucun risque de contamination ou d'infection, selon elle.

L'artiste précise également qu'une inspection sanitaire a validé sa maniÚre de travailler et conclu que son studio n'enfreignait aucune réglementation.

"J'aime pouvoir faire ça pour les gens parce qu'il n'y a pas beaucoup de tatoueurs qui s'expriment publiquement là-dessus", ajoute-t-elle.

Pour honorer sa mÚre, Mme Frank lui a demandé de tracer sur sa cheville le dessin d'une colombe - qui se dit "dove" en anglais -, les ailes ouvertes.

Une maniÚre de se rappeler l'expression "I dove you" - plutÎt que "I love you" - employée par sa maman pour lui déclarer son amour lorsqu'elle était enfant.

"C'est quelque chose de tellement simple", confie cette propriĂ©taire d'un magasin de vĂȘtements vintage, qui ajoute ainsi une Ɠuvre trĂšs spĂ©ciale Ă  sa nombreuse collection de tatouages. "Mais ça a vraiment beaucoup de signification pour moi."

AFP

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