Le FBI, la police fĂ©dĂ©rale amĂ©ricaine, a perquisitionnĂ© mercredi le domicile d'une journaliste du Washington Post dans le cadre d'une enquĂȘte sur des fuites d'informations relevant de la sĂ©curitĂ© nationale, un acte "trĂšs inhabituel et agressif", s'est Ă©tonnĂ© le quotidien.
"A la demande du ministÚre de la Guerre (ministÚre de la Défense, NDLR), le ministÚre de la Justice et le FBI ont conduit une perquisition au domicile d'une journaliste du Washington Post qui recevait et faisait état d'informations classifiées et divulguées illégalement par un sous-traitant du Pentagone", a affirmé sur X la ministre de la Justice, Pam Bondi.
"L'auteur des fuites est actuellement derriĂšre les barreaux", a soulignĂ© la ministre, en rĂ©fĂ©rence Ă un homme arrĂȘtĂ© il y a quelques jours, accusĂ© de rĂ©tention illĂ©gale de documents relevant de la sĂ©curitĂ© nationale.
La perquisition visait une journaliste du Washington Post prĂ©sumĂ©e avoir "obtenu d'un sous-traitant du gouvernement et publiĂ© des informations militaires sensibles et classifiĂ©es", a renchĂ©ri sur X le directeur du FBI, Kash Patel, excluant tout autre commentaire sur "une enquĂȘte en cours".
Le Washington Post avait préalablement annoncé cette perquisition mercredi matin chez sa journaliste, Hannah Natanson, en Virginie, prÚs de Washington, précisant que "son téléphone, ses deux ordinateurs portables et une montre Garmin avaient été saisis".
S'il n'est pas inhabituel pour des agents du FBI de tenter d'identifier la source de fuites auprĂšs de journalistes publiant des informations sensibles, "il est trĂšs inhabituel et agressif de la part des forces de l'ordre de mener une perquisition au domicile d'un journaliste", relĂšve le journal.
Les agents lui ont dit qu'elle n'Ă©tait pas la cible de leur enquĂȘte, qui vise Aurelio Perez-Lugones, un administrateur systĂšme dans une entreprise du Maryland accusĂ© d'avoir consultĂ© et emportĂ© chez lui des rapports de renseignement classifiĂ©s, souligne le quotidien.
Hannah Natanson couvre les fonctionnaires de l'administration fédérale, particuliÚrement secouée lors de la premiÚre année du nouveau mandat de Donald Trump, et a raconté en décembre dans les colonnes du journal comment elle avait publié son numéro sécurisé sur un forum en ligne, recueillant les témoignages de plus d'un millier de sources, rappelle le Washington Post.
- "Effrayant" -
"En clair, le ministÚre de la Justice vient de conduire une perquisition chez une journaliste pour connaßtre ses sources", a réagi Xochitl Hinojosa, directrice de la communication du ministÚre de la Justice sous le précédent président démocrate Joe Biden, à présent commentatrice politique sur CNN.
"Il y avait des protections sous la prĂ©cĂ©dente administration afin d'empĂȘcher que ceci ne se produise, mais Mme Bondi les a supprimĂ©es", explique-t-elle sur X.
"Dans l'Histoire moderne, le ministÚre de la Justice n'a jamais poursuivi un journaliste pour publication ou obtention illégale d'informations classifiées et il est effrayant de penser que cela pourrait changer", ajoute-t-elle.
Aurelio Perez-Lugones, qui a servi dans la marine militaire amĂ©ricaine de 1982 Ă 2002 avant de travailler comme sous-traitant du Pentagone depuis cette date, a Ă©tĂ© arrĂȘtĂ© la semaine derniĂšre dans le Maryland, selon des documents judiciaires, qui ne mentionnent pas d'Ă©changes avec des journalistes.
Une audience sur son maintien en détention est prévue jeudi à Baltimore.
BĂ©nĂ©ficiant d'une habilitation de sĂ©curitĂ© "top secret", il est accusĂ© d'avoir depuis octobre 2025 consultĂ© sans autorisation des informations classifiĂ©es et d'en avoir emportĂ©es hors de son lieu de travail. Lors d'une fouille le 8 janvier, les enquĂȘteurs ont retrouvĂ© Ă l'intĂ©rieur de son vĂ©hicule l'un de ces documents dans une boĂźte servant Ă transporter son dĂ©jeuner ainsi qu'au sous-sol de sa maison.
En septembre, le ministÚre américain de la Défense a imposé aux journalistes accrédités l'interdiction de solliciter ou publier certaines informations sans son autorisation explicite, sous peine de perdre leur accréditation.
La majorité des médias disposant d'un journaliste accrédité au Pentagone, du New York Times à Fox News en passant par l'AFP, ont refusé ces nouvelles conditions, et ont ainsi quitté leur bureau sur place.
AFP

