Le Front national a échoué dimanche à décrocher une région malgré un nouveau score record, la droite remportant la victoire dans sept régions métropolitaines dont l'Ile de France, et la gauche limitant la casse avec cinq régions.
Dans un second tour marquĂ© par un bond de la participation, l'extrĂȘme droite a Ă©chouĂ© en duel tant dans le nord, oĂč la prĂ©sidente du FN Marine Le Pen affrontait Xavier Bertrand (LR), qu'en Provence-Alpes-CĂŽte d'Azur (Paca), théùtre de la bataille entre sa niĂšce Marion MarĂ©chal-Le Pen et Christian Estrosi.
Idem en triangulaire, dans le Grand Est pour Florian Philippot et en Bourgogne-Franche-Comté pour Sophie Montel.
Battue largement dans le Nord oĂč la gauche s'Ă©tait retirĂ©e pour faire barrage Ă l?extrĂȘme droite, Marine Le Pen a fustigĂ© un "rĂ©gime Ă l'agonie" depuis le fief frontiste d'HĂ©nin-Beaumont.
Forte d'un double record national, en pourcentage (plus de 28%), et en voix - au moins 6,6 millions soit davantage qu'au premier tour de la prĂ©sidentielle de 2002 - la fille de Jean-Marie Le Pen a lancĂ© en vue de 2017: "rien ne pourra nous arrĂȘter".
La gauche, qui avait appelĂ© Ă voter pour la droite dans trois rĂ©gions oĂč le FN Ă©tait en bonne position de l'emporter, "n'a pas eu la dĂ©route annoncĂ©e", selon la formule du patron du PS Jean-Christophe CambadĂ©lis.
Alors qu'elle dirigeait la quasi totalitĂ© des anciennes rĂ©gions, elle en a remportĂ© 5 des 13 nouvelles, plutĂŽt sur la façade ouest: Aquitaine-Limousin-Poitou-Charentes, Languedoc-Roussillon-Midi-PyrĂ©nĂ©es, et Bretagne, oĂč Jean-Yves Le Drian cumulera la prĂ©sidence avec son poste de ministre de la DĂ©fense. La victoire a Ă©tĂ© serrĂ©e devant la droite en Centre-Val-de-Loire et Bourgogne-Franche-ComtĂ©.
La Corse est tombée dans l'escarcelle de l'autonomiste Gilles Simeoni.
S'ils ne réalisent pas de "vague bleue", Les Républicains de Nicolas Sarkozy alliés aux centristes emportent sept régions: Nord-Pas-de-Calais-Picardie et Paca, Alsace-Lorraine-Champagne-Ardennes, Auvergne-RhÎne-Alpes, Pays-de-la-Loire et Normandie. La droite a aussi conservé la Réunion.
Et la plus belle Ă son tableau de chasse: l'Ile-de-France, gĂ©rĂ©e par la gauche depuis dix-sept ans, oĂč ValĂ©rie PĂ©cresse a battu de peu son rival socialiste Claude Bartolone.
- "inflexion" -
A droite comme à gauche, le ton n'était pas à l'euphorie: "succÚs sans joie" pour le numéro un du PS Jean-Christophe Cambadélis, tandis qu'aux yeux de l'ancien Premier ministre François Fillon "ce sursaut est un réconfort mais il n'efface pas le 6 décembre qui reste le véritable baromÚtre de l'état du pays".
"Tout cela nous oblige à entendre davantage les Français, à agir sans relùche, plus vite, pour obtenir plus de résultats", a assuré le Premier ministre Manuel Valls, citant en particulier l'emploi, dont François Hollande a fait une pierre angulaire.
M. Cambadélis a demandé à l'exécutif une "inflexion" pour les 18 mois à venir, "contre la précarité et pour l'activité" mais aussi "pour faire barrage aux inégalités".
Pas suffisant pour la gauche de la gauche: le secrétaire national du PCF, Pierre Laurent, a réclamé un "vrai changement de cap", le porte-voix du Parti de gauche Jean-Luc Mélenchon appelant à un "véritable front populaire" pour 2017.
Face à des résultats "durs", "il est temps que l'ensemble de la gauche s'interroge", selon la dirigeante d'EELV Emmanuelle Cosse.
A droite, Nicolas Sarkozy a promis de prendre en compte "les avertissements" lancĂ©s aux rĂ©gionales et rĂ©pondre aux "grandes questions qui angoissent les Français" (Europe, chĂŽmage, sĂ©curitĂ©...). Dans une mise en garde Ă "tous les responsables de l'opposition", il a lancĂ© que "l'unitĂ© et l'union ne peuvent pas ĂȘtre de circonstance".
Certains de ses contestataires n'ont pas tardé à se faire entendre, à quelques mois de la primaire. Pour Bruno Le Maire, les Français attendent "une autre politique" et "des visages nouveaux, y compris à droite". Numéro 2 du parti, Nathalie Kosciusko-Morizet a de nouveau critiqué le "ni PS ni FN" porté par l'ancien chef de l'Etat.
- "Plafond de verre" pour le FN -
Quant au FN, son Ă©chec Ă confirmer sa forte poussĂ©e du premier tour dĂ©coule d'une combinaison de facteurs: mode de scrutin, "front rĂ©publicain", mobilisation des Ă©lecteurs (+8 Ă 9 points de participation par rapport au premier tour, encore plus que lors du duel Chirac-Le Pen en 2002) mais aussi "plafond de verre" qui l'empĂȘche de gagner des seconds tours, selon les analystes.
"Le plafond de verre n'existe pas" vu la progression persistante du parti, a lancĂ© Marion MarĂ©chal-Le Pen depuis son QG marseillais, oĂč ses partisans criaient Ă la "manipulation".
Hasard du calendrier, le dernier scrutin du quinquennat s'est déroulé un mois jour pour jour aprÚs les attentats (130 morts). La campagne a été largement marquée par ce drame, dans un contexte d'état d'urgence décrété jusqu'à la fin février.
Depuis une semaine, la forte poussĂ©e du FN a braquĂ© les regards de l?Europe entiĂšre sur la France et l'entre-deux tours a Ă©tĂ© dominĂ© par la mobilisation face Ă l'extrĂȘme droite. Droite et gauche se sont activĂ©es toute la semaine pour mobiliser les quelque 50% de Français qui avaient boudĂ© les urnes au premier tour.
Appel visiblement entendu, puisque sur l'ensemble de la journée la participation (58 à 59%) a connu un rebond énorme.
"Sursaut citoyen", titre L'Humanité en Une lundi, tandis que Libération se dit "Soulagés, mais...", sous une photo de Marine Le Pen, et La Croix retient "La défaite pour tous".
Par Nicolas DELAUNAY - © 2015 AFP
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