Le gouverneur chrétien de Jakarta, condamné mardi à deux ans de prison pour blasphÚme, avait acquis une certaine popularité grùce à son franc-parler et sa lutte contre les embouteillages, faisant de lui un potentiel candidat pour la présidentielle de 2019.
Jusqu'Ă ce qu'il suscite la colĂšre avec ses propos jugĂ©s antimusulmans, Basuki Tjahaja Purnama, surnommĂ© Ahok, Ă©tait crĂ©ditĂ© d'une bonne cote de popularitĂ© grĂące Ă cette dĂ©termination affichĂ©e Ă lutter contre les bouchons et la pollution Ă Jakarta. Son franc-parler et son attitude combative faisaient de lui un ovni politique, dans ce pays oĂč les politiciens adoptent un ton habituellement plus discret.
Mais cet homme de haute taille, au regard direct souligné par de fines lunettes, avait réussi à convaincre largement de sa capacité d'action, grùce à ses projets pour Jakarta. Premier gouverneur non musulman depuis un demi-siÚcle et premier issu de la minorité chinoise, il avait accédé automatiquement à cette fonction en 2014, aprÚs l'élection à la présidence de son prédécesseur Joko Widodo dont il était alors l'adjoint.
Les deux hommes avaient fait connaissance aprÚs l'élection de Ahok au Parlement national en 2009, cinq ans seulement aprÚs l'entrée en politique de cet héritier d'une famille riche de l'ßle de Belitung, dans l'ouest de l'Indonésie. Autre atout qu'avait ce politicien: sa dénonciation de la corruption, endémique dans le pays, alors que l'influent poste de gouverneur de la capitale de 10 millions d'habitants est considéré comme un tremplin pour la présidentielle de 2019.
Sous le mandat de ce gĂ©ologue de formation devenu homme d'affaires, les nids-de-poule ont disparu, les trottoirs ont Ă©tĂ© rĂ©parĂ©s, des places de parking ont Ă©tĂ© créées et les voies d'eau assainies. D'autres dĂ©cisions, comme celles d'Ă©vincer des habitants pauvres habitant en bord de riviĂšre, dans le cadre de cette mĂȘme politique, ont causĂ© une certaine colĂšre.
Mais jusqu'Ă la controverse sur le blasphĂšme, son engagement et sa franchise en faisaient le favori Ă sa propre succession.
Aleksius Jemadu, politologue de l'université de Pelita Harapan, prÚs de Jakarta, salue "l'attitude courageuse" de Purnama.
"Ahok est une figure rare, il est sans peur", souligne-t-il pour expliquer sa popularité.
Mais son franc-parler est aussi ce qui aura causĂ© sa chute: Ahok avait dĂ©clarĂ© en septembre devant un groupe de pĂȘcheurs que l'interprĂ©tation par certains oulĂ©mas (thĂ©ologiens musulmans) d'un verset du Coran -selon lequel un musulman ne doit Ă©lire qu'un dirigeant musulman- Ă©tait erronĂ©e, provoquant une vague de contestation dans ce pays d'Asie du Sud-Est oĂč toute rĂ©fĂ©rence Ă l'islam est trĂšs sensible.
AFP



