Depuis l'arrestation spectaculaire d'un parrain de la drogue laotien à Bangkok en janvier, le Laos, petit pays communiste coincé entre la Chine et la Thaïlande, et plaque tournante du trafic de drogue en Asie du Sud-Est, sort de l'ombre.
Le rĂ©gime autoritaire laotien se serait bien passĂ© de la publicitĂ© faite par l'interpellation en plein aĂ©roport de Bangkok, devant des touristes mĂ©dusĂ©s et les camĂ©ras des tĂ©lĂ©visions thaĂŻlandaises, du millionnaire Xaysana Keophimpa. Cet homme clef du trafic de drogues de synthĂšse en Asie du Sud-Est, surnommĂ© "monsieur X" par les enquĂȘteurs, vivait jusqu'ici en toute impunitĂ© au Laos, entre voitures de luxe et festivitĂ©s.
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En ThaĂŻlande, oĂč ce quadragĂ©naire se rend frĂ©quemment, il frĂ©quente Ă©galement les fĂȘtes de la haute-sociĂ©tĂ©, ce qui vaut aujourd'hui Ă plusieurs cĂ©lĂ©britĂ©s d'ĂȘtre inquiĂ©tĂ©es pour possible blanchiment d'argent Ă son profit. Pays oĂč rĂšgne corruption et opacitĂ©, le Laos est aussi une bonne base arriĂšre pour les trafiquants de par sa position gĂ©ographique, au coeur du fameux "Triangle d'Or": il est en effet facile d'accĂ©der de lĂ aux laboratoires clandestins de Birmanie voisine oĂč est produite la mĂ©thamphĂ©tamine, ensuite Ă©coulĂ©e sur les marchĂ©s voisins, en ThaĂŻlande ou en Malaisie.
Si l'ambiguĂŻtĂ© des autoritĂ©s laotiennes sur ce dossier est flagrante, certains trafiquants bĂ©nĂ©ficiant de protections, l'arrestation de "Monsieur X" a marquĂ© un tournant. Et plusieurs autres figures de ce trafic rĂ©gional ont Ă©tĂ© arrĂȘtĂ©es depuis, certains au Laos.
Parmi eux: Sisouk Daoheoung, cĂ©lĂ©britĂ© laotienne de second plan connu pour son amour des belles fĂȘtes, des voitures de luxe et des chevaux de course, qui a Ă©tĂ© arrĂȘtĂ© en avril.
"Sur la base de l'analyse du téléphone et du compte Facebook de Xaysana, il est clair que Sisouk et lui sont amis... Leurs groupes (de trafiquants) sont connectés", a expliqué à l'AFP Supakit Srijantranon, haut-responsable de la police thaïlandaise.
- Addiction en hausse -
Les trafiquants laotiens ont misé sur le développement constant de l'addiction aux méthamphétamines en Asie du Sud-Est, des ouvriers malaisiens aux noceurs de Bangkok ayant besoin de recharger leurs batteries pour des raisons différentes. Les chiffres du Bureau de contrÎle des narcotiques de Thaïlande leur donnent raison: rien qu'en Thaïlande, entre octobre 2016 et avril 2017, la Thaïlande a saisi 74 millions de pilules de "yaba", littéralement "drogue qui rend fou", surnom donné à ces cachets qui se vendent moins de sept euros.
Et sur une population de 67 millions, 1,3 million sont des consommateurs de drogue, selon les estimations du Bureau de contrÎle des narcotiques. "Les drogues détruisent tout. Elles affectent notre pays, notre société, notre peuple", martÚle son secrétaire général, Sirinya Sitdhichai, interrogé par l'AFP sur la politique coup de poing lancée contre les réseaux laotiens.
Le phénomÚne de consommation de "yaba" en Thaïlande est tel qu'une grande majorité des quelque 290.000 prisonniers de Thaïlande (un des taux d'incarcération les plus élevés au monde) y purgent de longues peines pour trafic de drogue, y compris pour les petits trafiquants.
Trois groupes de trafiquants liĂ©s au Laos sont dans le viseur des polices de la rĂ©gion, qui ont confisquĂ© des dizaines de millions de dollars de biens, entre hĂŽtels, voitures et mĂȘme une Ă©curie de chevaux de course au Laos, celle de Sisouk.
Restent dans la nature plusieurs hommes clefs de ce trafic, notamment Usman Salameang, un ThaĂŻlandais qui se cachait au Laos selon les sources interrogĂ©es par l'AFP. "C'est le dernier gros bonnet que nous essayons d'arrĂȘter", explique Sirinya.
Par le passé, le Laos communiste a plutÎt eu tendance à nier le problÚme du trafic de drogue. Mais le nouveau Premier ministre, Thongloun Sisoulith, envoie des signaux de fermeté. L'an dernier, le Laos a annoncé avoir saisi au total un record de prÚs de 21 millions de pilules de yaba.
Mais Jeremy Douglas, de l'Office des Nations unies contre la drogue et le crime (ONUDC), souligne que si des tĂȘtes du trafic sont tombĂ©es, "le crime organisĂ© derriĂšre" reste intouchĂ©, soulevant la question d'un nettoyage en profondeur du systĂšme, qui pourrait remonter jusqu'Ă des responsables du rĂ©gime ayant protĂ©gĂ© les trafiquants pendant des annĂ©es.
AFP


