"Si rien n'est fait, cette espÚce disparaßtra dans dix ans", met en garde l'affiche sur la vitre d'un vieux 4X4. A son bord, Ahmed Harrad sillonne le nord du Maroc pour convaincre la population de protéger le singe magot.
Seul macaque vivant hors d'Asie, le magot ou "macaque de Barbarie", qui peut peser 15 Ă 20 kilos, Ă©tait autrefois rĂ©pandu en Afrique du nord. Mais, disparu depuis 1900 de Tunisie, il ne vit plus aujourd'hui qu'au Maroc dans les zones montagneuses du Rif (nord) et du Moyen Atlas, ainsi qu'en AlgĂ©rie, surtout dans les massifs de Kabylie. Environ 230 macaques de Barbarie -introduits d'Afrique du nord- vivent aussi Ă Gibraltar oĂč ils constituent une cĂ©lĂšbre attraction touristique.
L'espĂšce est aujourd'hui menacĂ©e d'extinction, selon l'Union internationale de conservation de la nature (UICN). En cause, la surexploitation des forĂȘts qui rĂ©duit son habitat naturel, le braconnage Ă des fins d'exportation illĂ©gale vers l'Europe et l'inconscience des touristes qui nourrissent ce primate aux dĂ©pens de sa santĂ©.
En 2016, sur proposition du royaume et de l'Union europĂ©enne, l'espĂšce a Ă©tĂ© classĂ©e sur l'annexe I de la Cites, la Convention sur le commerce international des espĂšces menacĂ©es d'extinction, afin qu'elle soit considĂ©rĂ©e comme "trĂšs protĂ©gĂ©e". Ce qui "permettra au Maroc et Ă d'autres pays de fĂ©dĂ©rer leurs efforts pour lutter contre le commerce illĂ©gal du magot", se fĂ©licite Zouhair Ahmaouch, cadre au Haut commissariat aux eaux et forĂȘts de ce pays.
De fait, face au danger, le Maroc a lancé un plan de sauvegarde et compte sur une société civile "trÚs active" pour protéger l'espÚce, souligne Violeta Barrios de l'UICN Méditerranée. "Nous travaillons sur deux axes: la surveillance, le suivi et le recensement de cette espÚce dans le Rif, ainsi que la sensibilisation des populations locales afin qu'elles deviennent des actrices actives de sa sauvegarde", explique à l'AFP M. Harrad, président de l'association Barbary Macaque Awareness & Conservation (BMAC), une des plus engagées dans la défense du singe magot au Maroc.
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- 'Casse et mord' -
D'aprÚs lui, le macaque de Barbarie est vendu illégalement entre 1.000 et 3.000 dirhams (entre 100 et 300 euros) à des clients en Europe, au mépris de la législation marocaine qui interdit ce commerce. "Beaucoup d'étrangers achÚtent des singes magots pour en faire des animaux de compagnie."
Petit, le magot est "calme et mignon", mais adulte, il peut vite devenir encombrant: "il casse, mord, se bagarre avec les enfants, grimpe aux rideaux". Ces primates sont alors abandonnés par leurs propriétaires, relÚve M. Harrad.
Or le Maroc, qui a pourtant "la responsabilité de conserver ce patrimoine, ne peut pas rapatrier les singes lùchés en Europe", indique à l'AFP Zouhair Ahmaouch, "car nous ne savons pas s'ils viennent de Gibraltar, d'Algérie ou du Maroc." Aucun recensement à l'échelle du Maroc n'a été réalisé, mais selon les estimations, les magots seraient au total entre 3.000 et 10.000 aujourd'hui, contre 17.000 il y a 30 ans, selon des études scientifiques.
En Algérie, ils étaient estimés à 5.500 il y a 30 ans. Aucun chiffre récent n'est disponible, mais leurs zones de présence ont diminué de moitié. Le macaque ne figure pas sur la liste des espÚces menacées dans ce pays, regrette l'UICN, soulignant que ce singe ne bénéficie donc pas des interdictions totales de capture, détention et commercialisation prévues par cette liste.
Alger Ă©labore actuellement une stratĂ©gie de prĂ©servation qui doit ĂȘtre finalisĂ©e fin 2017, indique Ă l'AFP l'UICN MĂ©diterranĂ©e, qui envisage aussi de durcir les sanctions.
- Obésité -
Au Maroc, s'ils restent difficilement approchables dans le Rif, vivant encore Ă l'Ă©tat sauvage, les macaques de Barbarie sont domestiquĂ©s dans les forĂȘts du Moyen Atlas, oĂč les touristes s'amusent Ă leur donner Ă manger. Un comportement qui provoque des "problĂšmes sanitaires, comme l'obĂ©sitĂ©, qui se rĂ©percute sur leur capacitĂ© de reproduction", regrette Lahcen Oukennou, responsable au parc national d'Ifrane. ConfrontĂ© au mĂȘme problĂšme, Gibraltar impose une amende de plus de 500 euros aux touristes qui leur donnent Ă manger.
Le plan du Maroc comprend par ailleurs des mesures de "rĂ©habilitation et de reconstitution des habitats de cette espĂšce", souligne Anouar Jaoui, directeur du parc national de Talassemtane (nord), oĂč vivent Ă l'Ă©tat sauvage des dizaines de magots. En clair: il s'agit de reboiser et rĂ©gĂ©nĂ©rer des espĂšces forestiĂšres dans les milieux oĂč vivent les magots, et d'interdire l'Ă©levage dans ces zones, explique un responsable du Haut commissariat.
Le Maroc doit encore "faire des progrĂšs pour faire respecter les lois de protection de la faune sauvage" sur le terrain, relĂšve Mme Barrios, en prĂŽnant la poursuite des campagnes de sensibilisation.
Comme celles menĂ©es dans les forĂȘts du Moyen Atlas: lĂ , le Haut-commissariat aux eaux et forĂȘts organise des "sessions de sensibilisation au profit des touristes", explique Lahcen Oukennou. A l'Ă©cole, les Ă©lĂšves sont confrontĂ©s Ă la problĂ©matique et apprennent "l'importance de l'espĂšce", souligne-t-il.
AFP


