Dans le cinquiĂšme opus de la saga culte

Le Millénium nouveau, comme pour conjurer le spectre de Stieg Larsson

  • PubliĂ© le 4 mai 2017 Ă  20:06
Le journaliste et auteur de best-seller suédois David Lagercrantz dans son appartement à Stockholm, en SuÚde, le 21 mars 2017

Stieg Larsson avait imaginé Lisbeth Salander en hackeuse tatouée revenue des enfers pour chùtier ses bourreaux : dans le cinquiÚme opus à paraßtre de la saga culte Millénium, David Lagercrantz la jette en prison, comme pour conjurer le spectre de son créateur.


Le manuscrit de "L'Homme qui traquait son ombre" a Ă©tĂ© remis en dĂ©but d'annĂ©e Ă  la maison d'Ă©dition suĂ©doise Norstedts pour une sortie prĂ©vue le 7 septembre dans 26 pays, dont les États-Unis, la France, l'Allemagne et le Royaume-Uni.
"J'attends l'ouragan de l'automne", confie David Lagercrantz dans son appartement cossu Ă  Stockholm.
Le plus grand secret entoure cet événement planétaire organisé au millimÚtre, à la mesure des enjeux financiers: le précédent opus ("Ce qui ne me tue pas"), écrit par Lagercrantz, s'est écoulé à six millions d'unités dans 47 pays. Les trois premiers tomes, signés Stieg Larsson, ont été vendus à 80 millions d'exemplaires dans 50 pays.
Emotif, cyclothymique, suscitant autant de fascination que d'agacement, Lagercrantz patiente en alternant les humeurs: soulagé d'avoir rendu sa copie, mais terrorisé par la critique dont une partie ne lui pardonne pas d'avoir repris la plume de Larsson, décédé en 2004.
"Il y a énormément de traducteurs qui viennent de recevoir le manuscrit, envoyé par lien crypté, de maniÚre trÚs secrÚte. Donc on commence à recueillir des retours sur le livre et, on touche du bois, ça semble prometteur", dit-il.


- Héroïne à "problÚmes" -


De l'intrigue, on ne sait presque rien. Comme pour le précédent opus, les informations sont distillées au compte-goutte.
"Tout ce que je peux dire c'est que j'ai commencĂ© en la mettant en prison, dans la pire prison pour femmes, oĂč elle rencontre immĂ©diatement pas mal de problĂšmes", lĂąche Lagercrantz. Et aux cĂŽtĂ©s de Lisbeth, les lecteurs retrouveront Ă©videmment Mikael Blomqvist, journaliste d'investigation brillant mais rincĂ© par la vie.
Faire revivre cette jeune femme au passĂ© trouble est un casse-tĂȘte pour Lagercrantz, qui aurait choisi une hĂ©roĂŻne au profil diffĂ©rent, "plus douce, plus gentille, plus dĂ©licate et plus sensible que celle de Stieg Larsson".
Mais il ne baisse pas les bras. "La personnalité de Lisbeth, son caractÚre iconique, ont besoin de problÚmes. C'est évident que je dois lui donner plein de problÚmes. Et elle a aussi une personnalité à qui cela réussit de frapper en position d'infériorité".
C'est, affirme-t-il, ce que le lecteur retrouvera dans "L'Homme qui traquait son ombre", l'avant-dernier livre qu'il consacrera à la série créée par Stieg Larsson, militant trotskyste d'extraction ouvriÚre né dans le grand Nord suédois.
Un personnage aux antipodes de Lagercrantz, grand bourgeois de Stockholm, à jamais taraudé par le désir d'obtenir la reconnaissance de son pÚre, écrivain et journaliste aujourd'hui décédé.
AprĂšs avoir accĂ©dĂ© Ă  la cĂ©lĂ©britĂ© Ă  49 ans en Ă©crivant l'autobiographie du footballeur vedette Zlatan Ibrahimovic, il a acceptĂ© avec enthousiasme d'endosser "le costume" de Stieg Larsson, terrassĂ© par une crise cardiaque en 2004 aprĂšs avoir rendu Ă  la maison d'Ă©dition Norstedts les manuscrits de sa trilogie ("Les Hommes qui n'aimaient pas les femmes", "La Fille qui rĂȘvait d'un bidon d'essence et d'une allumette" et "La Reine dans le palais des courants d'air").


- Tuer Lisbeth -


À la mort de Larsson, Norstedts dĂ©cide, avec l'accord de ses hĂ©ritiers, son pĂšre et son frĂšre, de ne pas s'arrĂȘter lĂ . L'auteur est mort, trouvons-en un autre!
L'éditeur jette son dévolu sur une star des livres qui, avec ce cinquiÚme tome, espÚre de nouveau convaincre ceux qui dénigrent l'entreprise.
Eva Gabrielsson, la compagne de Stieg Larsson, exclue de son héritage car ils n'étaient pas mariés, a dénoncé dÚs le début un projet commercial.
"Sa rage, c'est la seule ombre au tableau alors que le projet est plein de joies", déplore Lagercrantz.
"Quand on pense à l'oeuvre de Stieg Larsson, je sais maintenant, avec toutes les cartes en main, que c'est bien pour lui car une nouvelle génération a découvert ses livres et (...) surtout ses personnages", plaide-t-il.
Et toujours Lagercrantz revient à la Némésis suédoise, à qui Hollywood cherche un nouveau visage aprÚs deux adaptations cinématographiques.
"On ne va pas pouvoir tuer Lisbeth Salander. C'est un personnage qui s'est immiscé dans nos coeurs et nos ùmes", sourit-il, comme si jamais ce pÚre putatif ne voulait la quitter.
Et aprÚs le tome 6? "Je passerai à autre chose", assure l'écrivain.

Par Camille BAS-WOHLERT - © 2017 AFP

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