Le pape Léon XIV est arrivé mercredi au Cameroun pour une visite de trois jours, deuxième étape de sa tournée africaine où il se rendra notamment dans la partie anglophone, sous tension, pour délivrer un message de paix.
Il a atterri peu avant 1400 GMT à l’aéroport de Yaoundé en provenance d’Algérie, ou son début de tournée a été en partie éclipsée par un double attentat suicide à une quarantaine de kilomètres d'Alger, où il se trouvait, et une diatribe de Donald Trump à son encontre, suivie dans la nuit par des déclarations de son vice-président, JD Vance.
Dans la capitale camerounaise il doit rencontrer le président Paul Biya, 93 ans, doyen des chefs d'Etat dans le monde, puis il prononcera un discours devant les autorités et le corps diplomatique au palais de l'Unité.
Les percussions et les chants des chorales résonnent devant l’aéroport de Yaoundé où des milliers de Camerounais se sont rassemblés sous un soleil de plomb pour l'accueillir.
"On espère, dès qu’il va fouler le sol du Cameroun, que la guerre s’arrête", confie à l'AFP Bénédicte Bélinka, vêtue d’un pagne à l’effigie du pape.
Tatah Mbuy, prêtre à Bamenda, a tenu à se rendre dans la capitale pour accueillir le pape "une occasion en or. Chaque Camerounais espère que le pape vienne prêcher la paix". Il compte tout faire pour rejoindre Bamenda avant jeudi, où le pape célébrera une messe très attendue.
Bamenda est l'épicentre des violences dans le nord-ouest anglophone entre forces gouvernementales et groupes séparatistes qui ont fait des milliers de morts et des centaines de milliers de déplacés.
Dans ce pays d'Afrique centrale où environ 37% des quelque 30 millions d'habitants sont catholiques, l'Eglise joue un rôle de médiation et gère un vaste réseau d'hôpitaux, écoles et œuvres caritatives - un levier d'influence que le Saint Siège souhaite consolider.
- "Terrain d'entente" -
Certains fidèles ont toutefois dit redouter que cette visite ne serve à polir l'image du chef de l’État, réélu en octobre à l'issue d'un scrutin contesté et émaillé de manifestations réprimées dans le sang.
Léon XIV, âgé de 70 ans, visitera ensuite un orphelinat catholique avant de conclure cette première journée par un échange privé avec les évêques du pays.
L'étape la plus symbolique aura lieu jeudi avec un déplacement sous haute sécurité à Bamenda, dans la partie anglophone.
Lundi, des groupes séparatistes ont annoncé une trêve de trois jours dans les combats à partir de mercredi pour permettre d'accueillir le pape en toute sécurité où vit près de 20% de la population.
A la suite d'un mouvement de répression est né en 2017 un conflit opposant des indépendantistes, qui proclament la "République d'Ambazonie", au gouvernement de Yaoundé.
Pris en étau, les civils sont devenus la cible d'extorsions, de violences, d'enlèvements contre rançon et d'assassinats. Au moins 6.000 d'entre eux sont morts depuis 2016, selon l'ONU.
Léon XIV prononcera un discours et célèbrera une messe à l'aéroport de la ville, rénové pour l'occasion.
"Au moment où le pape foulera la terre de Bamenda, nous voulons la paix, tous les meurtres et les enlèvements doivent cesser", espère Giovanni Mbuna, un fidèle de 36 ans enlevé par des indépendantistes en 2023, interrogé dimanche par l'AFP à la sortie de la messe à Saint-Joseph.
- "Solution pacifique" -
"La venue du pape va adoucir le cœur des extrémistes pour que nous puissions trouver un terrain d'entente (…) et aboutir à une solution pacifique", espère Andrew Fuanya Nkea, archevêque de Bamenda et président de la conférence épiscopale du Cameroun.
Le pape se rendra vendredi dans la capitale économique, Douala, et y célèbrera dans un stade une messe à laquelle des centaines de milliers de fidèles sont attendus. Puis il rencontrera des acteurs du monde du travail, dans cette ville qui a été un théâtre majeur de la crise post-électorale d'octobre.
"Nous vivons une sorte de crise. Beaucoup de gens souffrent, beaucoup de gens n'ont plus de travail", a déploré jeudi Samuel Kleda, l'archevêque de Douala. "C'est l'occasion pour nous de montrer, en recevant le pape, que nous sommes capables de transformer notre pays."
Le chef des 1,4 milliard de catholiques poursuivra ce périple africain de 18.000 km à la cadence effréné en Angola et en Guinée équatoriale jusqu'au 23 avril.
AFP



