Soixante ans aprÚs la fin de la guerre d'Algérie

Le Parlement va consacrer dans la loi le "pardon" demandé par la France aux harkis

  • PubliĂ© le 15 fĂ©vrier 2022 Ă  07:09
  • ActualisĂ© le 15 fĂ©vrier 2022 Ă  07:31
Des harkis et enfants de Harkis manifestent devant le camp de Saint-Maurice-l'Ardoise, le 2 juin 1975

Soixante ans aprĂšs la fin de la guerre d'AlgĂ©rie, le Parlement s'apprĂȘte Ă  adopter dĂ©finitivement mardi, par un ultime vote du SĂ©nat, un projet de loi pour demander "pardon" aux harkis, qui ouvre la voie Ă  une indemnisation pour certaines familles.

Ce texte vient concrétiser un engagement pris par le président Emmanuel Macron, qui, le 20 septembre dernier, avait demandé "pardon" à ces Algériens ayant combattu aux cÎtés de l'armée française, mais qui furent "abandonnés" par la France aprÚs la signature des accords d'Evian, le 18 mars 1962.

60 ans aprĂšs, les plaies ouvertes par cette guerre meurtriĂšre (1954-1962, prĂšs de 500.000 morts) sont loin d'ĂȘtre refermĂ©es. Et la discussion du texte a suscitĂ© beaucoup d'Ă©motion et de passion dans les hĂ©micycles des deux assemblĂ©es, des tensions aussi dans la communautĂ© harkie.

Députés et sénateurs sont parvenus à un texte de compromis en commission mixte paritaire, qui a été approuvé la semaine derniÚre une derniÚre fois par l'Assemblée nationale. Le vote de la haute assemblée vaudra donc adoption définitive.

Ce projet de loi est "celui de la reconnaissance par la Nation d'une profonde déchirure et d'une tragédie française, d'une page sombre de notre Histoire", fait valoir la ministre chargée de la Mémoire et des Anciens Combattants GeneviÚve Darrieussecq.

Le texte reconnaßt "les conditions indignes de l'accueil" réservé aux 90.000 harkis et à leurs familles, qui ont fui l'Algérie aprÚs l'indépendance.
PrÚs de la moitié d'entre eux ont été relégués dans des camps et des "hameaux de forestage". "Ces lieux furent des lieux de bannissement, qui ont meurtri, traumatisé et parfois tué", selon la ministre.

Pour ceux-ci, le projet de loi prévoit "réparation" du préjudice avec, à la clef, une somme forfaitaire tenant compte de la durée du séjour dans ces structures, de 2.000 à 15.000 euros. Le nombre de bénéficiaires potentiels est estimé par le gouvernement à 50.000, pour un coût global de 302 millions d'euros sur environ six ans.
Si le niveau d'indemnisation Ă©tĂ© jugĂ© "faible", voire "ridicule" par certains, les dĂ©ceptions se sont cristallisĂ©es sur les quelque 40.000 rapatriĂ©s exclus de la rĂ©paration parce qu'ils ont sĂ©journĂ© dans des "citĂ©s urbaines", oĂč il n'Ă©taient pas privĂ©s de libertĂ© de circulation, mĂȘme s'ils ont connu des conditions de vie prĂ©caires.

- "Mémoire composite" -

Jusqu'à 200.000 harkis avaient été recrutés comme auxiliaires de l'armée française pendant le conflit entre 1954 et 1962. Une journée d'hommage de la Nation leur est consacrée chaque 25 septembre, depuis un décret de 2003. Symboliquement, cette date sera inscrite dans la loi.

Le texte crée une commission nationale de reconnaissance et de réparation, qui statuera sur les demandes de réparation et contribuera au travail de mémoire. Deux missions supplémentaires lui ont été assignées lors des débats dans l'hémicycle du Sénat. La commission pourra ainsi proposer pour les harkis combattants qui en font la demande "toute mesure de reconnaissance et de réparation" appropriée. Elle pourra aussi proposer au gouvernement des évolutions des dispositifs.
"Histoire complexe", "mémoire composite" : Emmanuel Macron s'est engagé dans une série d'actes forts pour "apaiser" les mémoires de la guerre d'Algérie qui continue à diviser les Français.

Dans un discours Ă  l'ElysĂ©e fin janvier, le chef de l'Etat a fait un geste envers les pieds-noirs en qualifiant d'"impardonnable pour la RĂ©publique" la fusillade de la rue d'Isly Ă  Alger en mars 1962, dans laquelle des dizaines de partisans de l'AlgĂ©rie française furent tuĂ©s par des soldats de l'armĂ©e française, et en estimant que le "massacre du 5 juillet 1962" Ă  Oran devait ĂȘtre "reconnu".

Mardi dernier, il a rendu hommage aux neuf victimes mortes au métro Charonne, à Paris, lors d'une manifestation pour la paix en Algérie le 8 février 1962, violemment réprimée par la police française sous autorité du préfet Maurice Papon.

Le travail mémoriel se poursuivra par la commémoration des Accords d'Evian le 19 mars, soit 20 jours avant le premier tour de la présidentielle. L'Elysée a indiqué préparer avec attention cet anniversaire pour qu'il "ne soit pas pris en otage" par la politique.

AFP

guest
1 Commentaires
HULK
HULK
4 ans

Çà leur fait une belle jambe!. La honte de la FRANCE de les avoir traitĂ©s de cette façon.