Attaque contre l'Arabie Saoudite

Le pétrole s'affole, les tensions diplomatiques montent

  • PubliĂ© le 16 septembre 2019 Ă  16:40
  • ActualisĂ© le 16 septembre 2019 Ă  16:44
COMBO montrant le président américain Donald Trump le 18 juillet 2018 à Washington et le président iranien Hassa Rouhani à Téhéran le 2 mai 2018

Le cours du pétrole s'est envolé lundi aprÚs l'attaque contre des installations pétroliÚres saoudiennes, qui a réduit brutalement l'approvisionnement du monde en or noir, et réveillé la crainte d'une escalade militaire entre Etats-Unis et Iran.

La Chine comme l'Union europĂ©enne ont appelĂ© Ă  la "retenue" lundi, aprĂšs que Washington a accusĂ© TĂ©hĂ©ran d'ĂȘtre Ă  l'origine de cette attaque, revendiquĂ©e par des rebelles yĂ©mĂ©nites. La Russie a de son cĂŽtĂ© demandĂ© Ă  la communautĂ© internationale de "ne pas tirer de conclusions hĂątives". Le marchĂ© de son cĂŽtĂ© encaissait "la plus grande perturbation ponctuelle de l'offre de pĂ©trole de toute l'histoire", affirme Ipek Ozkardeskaya, analyste pour London Capital Group. Vers 11H30 GMT, le pĂ©trole bondissait de 10% Ă  66,24 dollars Ă  Londres, oĂč est cotĂ© le baril de Brent de la mer du Nord, et de 8,50% Ă  59,51 dollars Ă  New York pour le "light sweet crude", rĂ©fĂ©rence amĂ©ricaine du brut.

 - +20% -

A l'ouverture, les cours avaient bondi de 20% à Londres, le plus fort mouvement en cours de séance depuis 1991 et la guerre du Golfe. "L'attaque a annulé environ la moitié de la production saoudienne, soit quelque 5% de la production mondiale", remarque Craig Erlam, de la maison de courtage Oanda. Les explosions de samedi ont déclenché des incendies dans l'usine d'Abqaiq, la plus grande pour le traitement de pétrole au monde, et sur le champ pétrolier de Khurais.

Les autoritĂ©s saoudiennes ont rapidement dit qu'il n'y avait pas eu de victimes. Mais le flou persiste sur la capacitĂ© du premier exportateur de brut du monde Ă  rĂ©tablir le fonctionnement normal de Saudi Aramco, son empire pĂ©trolier qu'il espĂšre introduire bientĂŽt en Bourse. Selon des experts, Ryad devrait pouvoir rĂ©tablir lundi un tiers de sa production. Le royaume a aussi dĂ©jĂ  promis de mobiliser ses vastes rĂ©serves pour amortir le choc, et le prĂ©sident amĂ©ricain Donald Trump s'est dit prĂȘt Ă  faire de mĂȘme aux Etats-Unis, pour amortir le choc pĂ©trolier. Il y a "plein de pĂ©trole !", a-t-il twittĂ©.

"Pour le moment, les marchés sont bien approvisionnés avec de nombreuses réserves commerciales", a confirmé lundi matin l'Agence internationale de l'énergie (AIE). L'Opep, cartel mondial d'exportateurs d'or noir dominé par l'Arabie Saoudite, restait pour sa part muette lundi matin. Le Wall Street Journal croit savoir que l'organisation n'a pas l'intention dans l'immédiat de pomper davantage pour compenser la perte de production saoudienne, pas plus que la Russie, autre grande puissance des hydrocarbures.

 - Escalade entre Washington et Téhéran -

Si le monde n'apparaĂźt pas menacĂ© dans l'immĂ©diat d'une pĂ©nurie d'or noir, les marchĂ©s manifestent aussi lundi par leur coup de sang la crainte d'une escalade militaire entre Washington et TĂ©hĂ©ran. Les Etats-Unis se sont dits "prĂȘts Ă  riposter" aux attaques de drones, aprĂšs que le secrĂ©taire d'Etat amĂ©ricain Mike Pompeo a accusĂ© samedi l'Iran d'ĂȘtre Ă  l'origine de l'attaque. Les rebelles yĂ©mĂ©nites Houthis, soutenus par l'Iran et qui font face depuis cinq ans Ă  une coalition militaire menĂ©e par Ryad, ont revendiquĂ© ces attaques contre les installations du gĂ©ant public Aramco. Il n'y a aucune preuve que cette "attaque sans prĂ©cĂ©dent contre l'approvisionnement Ă©nergĂ©tique mondial" soit venue du YĂ©men, avait commentĂ© samedi Mike Pompeo.

TĂ©hĂ©ran a jugĂ© ces accusations "insensĂ©es" et "incomprĂ©hensibles", par la voix du porte-parole du ministĂšre des Affaires Ă©trangĂšres, Abbas Moussavi, qui a laissĂ© entendre qu'elles avaient pour but de justifier "des actions futures" contre l'Iran. La Chine a appelĂ© les Etats-Unis et l'Iran Ă  la "retenue" et Ă  Ă©viter toute "escalade des tensions dans la rĂ©gion". "En l'absence d'une enquĂȘte incontestable qui permette de tirer des conclusions, il n'est peut-ĂȘtre pas responsable d'imaginer qui doit ĂȘtre tenu pour responsable" de cet incident, a dĂ©clarĂ© Hua Chunying, une porte-parole du ministĂšre chinois des Affaires Ă©trangĂšres.

Le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane, dont le pays est le grand rival régional de l'Iran, a assuré que Ryad était "disposé et capable" de réagir à cette "agression terroriste". Mais James Dorsey, expert du Moyen-Orient à la S. Rajaratnam School of International Studies à Singapour, a estimé des représailles directes peu probables: "Les Saoudiens ne veulent pas d'un conflit ouvert avec l'Iran (...) Ils aimeraient que d'autres se battent pour eux, mais les autres sont réticents".

Ce regain de tension entre AmĂ©ricains et Iraniens intervient aprĂšs des mois de tension diplomatique entre les deux pays. Avant d'accuser TĂ©hĂ©ran d'ĂȘtre Ă  l'origine des attaques de drones contre les installations pĂ©troliĂšres saoudiennes, Washington avait dĂ©jĂ  rendu l'Iran responsable en mai et juin d'attaques et d'actes de sabotage contre des pĂ©troliers dans le golfe.

AFP

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