Il a pris la fuite

Le président Ashraf Ghani, symbole de la faillite de l'Afghanistan

  • PubliĂ© le 15 aoĂ»t 2021 Ă  19:00
  • ActualisĂ© le 16 aoĂ»t 2021 Ă  05:37
Le président afghan Ashraf Ghani lors de sa visite au CongrÚs américain à Washington le 25 juin 2021

Le prĂ©sident afghan, Ashraf Ghani, que l'on a dit en fuite dimanche face Ă  l'avancĂ©e des talibans, est un Ă©conomiste longtemps prĂ©sentĂ© comme un expert en États faillis, mais qui sera devenu en quelques annĂ©es l'image mĂȘme de la faillite de son pays malgrĂ© l'aide internationale.

L'ancien vice-prĂ©sident Abdullah Abdullah a affirmĂ© dimanche qu'Ashraf Ghani avait quittĂ© l'Afghanistan, oĂč les talibans sont sur le point de prendre le pouvoir. AprĂšs avoir Ă©tĂ© Ă©lu en 2014 sur la promesse de redresser l'Afghanistan et d'en finir avec la corruption qui gangrĂ©nait le pays, il n'aura finalement tenu aucune de ces deux promesses et aura Ă©tĂ© contraint de quitter le pouvoir alors que les talibans encerclaient la capitale.

ÂgĂ© de 72 ans, M. Ghani grandit en Afghanistan, avant de s'exiler en 1977 aux États-Unis, oĂč il Ă©tudie Ă  l'universitĂ© Columbia de New York, pour devenir professeur de sciences politiques et d'anthropologie dans les annĂ©es 1980. Il entre ensuite Ă  la Banque Mondiale en 1991.

Il revient en Afghanistan juste aprÚs la chute des talibans à la fin 2001, d'abord comme conseiller spécial de l'ONU avant de devenir un des architectes du gouvernement d'intérim. Entre 2002 et 2004, il est le trÚs actif ministre des Finances du président Hamid Karzaï, installant une nouvelle monnaie, réformant la fiscalité, encourageant la diaspora afghane à revenir au pays et assurant le lien avec les bailleurs de fonds internationaux qui financent le gouvernement. Il y fait également campagne contre la corruption qui gangrÚne déjà les nouvelles institutions du pays, et gagne une réputation d'homme inflexible mais aussi parfois caractériel.

- Reclus dans son palais -

"Il n'a jamais laissé personne l'approcher de trop prÚs", a écrit l'essayiste pakistanais Ahmed Rashid qui le connaßt depuis prÚs de trente ans. Malheureusement, ses fréquentes explosions de colÚre et son arrogance vis-à-vis de ses compatriotes afghans ont fait de lui un personnage détesté".

AprĂšs avoir largement Ă©chouĂ© lors de l'Ă©lection prĂ©sidentielle de 2009, oĂč il n'arrive que quatriĂšme avec moins de 3% des voix, Ashraf Ghani fait campagne en 2014 sur fond de polĂ©mique. Il choisit parmi ses deux colistiers le trĂšs controversĂ© Abdul Rashid Dostom, chef de guerre accusĂ© d'avoir fait massacrer de centaines de prisonniers talibans en 2001. Loin d'ĂȘtre donnĂ© gagnant aprĂšs le premier tour, oĂč il n'obtient que 31,6% des voix, loin derriĂšre les 45% rĂ©unis par son adversaire Abdullah Abdullah, il sort finalement largement vainqueur du second tour (55% des votes) d'un scrutin entachĂ© d'irrĂ©gularitĂ©s.

Son accession au pouvoir se fera via un accord de partage du pouvoir avec M. Abdullah, devenu chef d'un gouvernement d'unité nationale sous l'égide de Washington, et qui conteste déjà sa réélection.
Avant de se lancer dans la course prĂ©sidentielle, M. Ghani supervisait le transfert de responsabilitĂ© des troupes de la coalition de l'Otan aux forces afghanes. Ses relations avec Washington, qui promettaient d'ĂȘtre bonnes, se sont envenimĂ©es aprĂšs que les États-Unis ont dĂ©cidĂ© d'entamer des nĂ©gociations bilatĂ©rales avec les talibans Ă  Doha.

L'allié américain l'a exclu de ces pourparlers en raison du refus des talibans de le voir y prendre part, avant de le forcer à libérer 5.000 insurgés dans le cadre de ces négociations de paix qui n'auront jamais abouti. Toutes ses offres de paix, à l'exception d'un éphémÚre cessez-le-feu en juin 2018, marquant la fin du ramadan, ont été refusées par les rebelles, qui qualifient son gouvernement de "marionnette" de Washington.

Ghani avait appelĂ© Ă  combattre les talibans "pendant des gĂ©nĂ©rations" si les pourparlers de paix devaient Ă©chouer, dans un pays entrĂ© en guerre il y a plus de quarante ans. MariĂ© Ă  Rula, rencontrĂ©e alors qu'il Ă©tudiait Ă  l'universitĂ© amĂ©ricaine de Beyrouth et avec qui il a eu deux enfants, Ghani avait rĂ©cemment vaincu un cancer de l'estomac. "Je ne compte pas mener une vie isolĂ©e", avait-il dit Ă  l'AFP avant de devenir prĂ©sident. Mais il aura finalement fait le contraire, restant de plus en plus reclus dans son palais, oĂč il ne faisait plus confiance qu'Ă  une poignĂ©e de collaborateurs.

AFP

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