Le procureur de la CPI Karim Khan relevé de ses fonctions pour "faute grave"

  • PubliĂ© le 25 juillet 2026 Ă  08:46
Le procureur général de la CPI Karim Khan à Paris le 7 février 2024 ( AFP / Dimitar DILKOFF )

L'AssemblĂ©e des 125 États membres de la Cour pĂ©nale internationale (CPI) a relevĂ© vendredi de ses fonctions le procureur gĂ©nĂ©ral Karim Khan, visĂ© par des allĂ©gations d'agression sexuelle contre une membre de son Ă©quipe, accusations qu'il rejette.

Lors d'un vote à bulletin secret pendant une réunion exceptionnelle et à huis clos au siÚge de l'ONU à New York, 82 Etats membres - alors que 63 voix étaient nécessaires - ont voté pour mettre un terme au mandat du Britannique pour "faute grave" et "manquement grave aux devoirs de sa charge", a annoncé l'Assemblée.

Seuls 13 Etats ont voté pour le maintenir à son poste et 15 se sont abstenus, selon des sources diplomatiques.

L'un des avocats du procureur déchu a immédiatement dénoncé cette décision. "M. Khan va contester la légalité et l'équité de la décision par tous les mécanismes juridiques disponibles", a écrit Tayab Ali sur X, répétant que son client avait toujours nié les accusations.

La Cour, basée à la Haye, a elle "pris acte" de son renvoi, notant que ses adjoints poursuivraient le travail du Bureau du procureur comme c'était le cas depuis sa mise en retrait, il y a plus d'un an.

- "Déséquilibre de pouvoir" -

En mai 2025, le Britannique avait en effet quittĂ© temporairement ses fonctions en attendant le rĂ©sultat d'une enquĂȘte lancĂ©e l'annĂ©e prĂ©cĂ©dente Ă  la suite d'accusations d'une collaboratrice.

Il a ensuite été suspendu en juin par les 21 membres du Bureau de l'Assemblée, qui a convoqué cette réunion exceptionnelle vendredi à New York.

L'accusatrice de Karim Khan, présentée comme une avocate originaire de Malaisie appelée Sarah, a décrit la semaine derniÚre sur CNN "une escalade des tentatives".

"Il est impossible qu'il y ait consentement quand il existe un tel déséquilibre de pouvoir. Ce que beaucoup de gens ne comprennent pas est que M. Khan n'était pas seulement mon patron, mais le patron de tout le monde", a-t-elle déclaré.

Karim Khan, ùgé de 56 ans et en poste depuis 2021, a toujours rejeté toutes les accusations.

Ses avocats ont également accusé l'Assemblée de n'avoir pas respecté les rÚgles, ne permettant notamment pas à leur client de se défendre devant elle.

Vendredi, Tayab Ali a d'autre part mis en garde sur les conséquences de cette décision sur l'indépendance de la Cour, qui subit selon lui "une pression politique immense".

Une allusion aux dossiers trÚs médiatiques traités par leur client.

- CPI "corrompue" -

Karim Khan avait notamment fait les gros titres en 2024 en obtenant des mandats d'arrĂȘt contre le Premier ministre israĂ©lien Benjamin Netanyahu et son ex-ministre de la DĂ©fense Yoav Gallant, dans le cadre de la guerre Ă  Gaza.

La CPI avait Ă©galement dĂ©livrĂ© des mandats d'arrĂȘt contre des hauts responsables du Hamas palestinien, tuĂ©s depuis.

En raison du dossier contre les responsables israéliens, Karim Khan a été sanctionné par les Etats-Unis, tout comme plusieurs magistrats impliqués.

"Karim Khan est un exemple emblĂ©matique d'une CPI corrompue et de l'abus de l'autoritĂ© qu'elle prĂ©tend dĂ©tenir. C’est une bonne chose qu'il soit parti, mais il n'Ă©tait qu'un rouage mineur dans cette institution irrĂ©mĂ©diablement corrompue," a commentĂ© sur X Tommy Pigott, porte-parole du dĂ©partement d'Etat amĂ©ricain.

Gideon Saar, le ministre des Affaires Ă©trangĂšres d'IsraĂ«l, qui comme les Etats-Unis n'est pas membre de la CPI, a Ă©galement saluĂ© sur X ce renvoi "longtemps attendu" d'un procureur "corrompu" qui avait rĂ©clamĂ© des "mandats d'arrĂȘt scandaleux" contre des responsables israĂ©liens "pour tenter de dĂ©tourner l'attention".

"Deux points tout aussi importants mĂ©ritent d’ĂȘtre soulignĂ©s", a notĂ© de son cĂŽtĂ© Liz Evenson, de l'organisation de dĂ©fense des droits de humains Human Rights Watch, insistant sur l'importance de la CPI comme "juridiction de dernier ressort".

"Les gouvernements doivent protĂ©ger son indĂ©pendance et veiller Ă  ce que son travail se poursuive, dans tous les dossiers," mais dans le mĂȘme temps, la CPI doit "assurer un environnement de travail sĂ»r avec des mĂ©canismes crĂ©dibles et efficaces pour les employĂ©s et d'autres victimes d'abus, y compris violence sexuelle ou harcĂšlement", a-t-elle ajoutĂ©.

AFP

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